Culture
09 Octobre 2026 Par Anne-Françoise Boulay
L'écrivain Ronald Boudreau et Dominique Chouinard ont partagé un beau moment lors de cette rencontre littéraire.

Pour sa deuxième édition, le Festival littéraire de Cavendish a ouvert la porte à la littérature francophone dans un volet intitulé « les voix franco ». Deux auteurs francophones, l’acadien Ronald Boudreau et la Québécoise Roxanne Bouchard étaient invités à se raconter au coeur de l’une des plus anciennes communautés acadiennes de l’Île-du-Prince-Édouard, à la Banque des fermiers de Rustico.

 À leur arrivée, une jolie table dressée avec café et viennoiseries attendait les visiteurs. Une attention particulière qui ajoutait une touche chaleureuse à cette rencontre littéraire animée par Dominique Chouinard, engagée depuis de nombreuses années auprès de la communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard.

Ronald Boudreau, une première aventure littéraire

La première causerie a commencé avec Ronald Boudreau. Originaire du Nouveau- Brunswick et engagé depuis de nombreuses années auprès de la francophonie canadienne, il a consacré une bonne partie de sa carrière à l’éducation française en contexte minoritaire et aux questions d’identité linguistique. Ce jour-là, il est venu présenter son tout premier roman, 10 petits tours et puis s’en vont. En janvier dernier, il s’était donné comme objectif de publier un livre. Son invitation au festival lui a alors donné une échéance concrète. « Ce festival a tout un sens pour moi parce que c’est un peu la raison pour laquelle j’ai publié si rapidement. »

Lors d’un déménagement, il a retrouvé de nombreux carnets remplis de notes, de petites histoires et de souvenirs. Cette découverte lui a fait prendre conscience de l’importance de ces écrits. Il a commencé à publier certains de ses textes en ligne. Les réactions positives des lecteurs l’ont encouragé à poursuivre et à aller jusqu’à la publication d’un livre qu’il a auto-publié. « Un peu dans la même optique que le refus de l’auto-correcteur ou de l’intelligence artificielle dans mon écriture, je voulais que ce soit simple. » Son rapport à l’écriture est aussi très personnel, il privilégie l’écriture manuscrite, qu’il considère comme une expérience à la fois créative et sensorielle.

Son livre est également profondément lié à ses souvenirs. Chaque texte trouve son origine dans un événement vécu ou dans une histoire qui l’a marqué. Il dit avoir toujours eu une perspective différente sur les choses et chercher à regarder au-delà de ce qu’il connaît. Même s’il a voulu, dans son roman, sortir de son cadre habituel et aborder d’autres thèmes, la langue et l’insécurité linguistique se sont malgré tout glissées dans son récit. Cette belle rencontre s’est conclue par une séance de dédicace.

Capture décran le 2026 10 09 à 09.22.20

Moment d’échange entre l’écrivain Ronald Boudreau et une des participantes, lors de la séance de dédicaces.

 

Roxanne Bouchard, une écriture nourrie par les rencontres

En deuxième partie d’après-midi, Dominique a accueilli Roxanne Bouchard, autrice depuis près de vingt ans. Connue notamment pour ses romans policiers qui se déroulent en Gaspésie et mettent en scène Joachim Morales, elle est venue parler de la place centrale des voix dans ses livres et de son inspiration maritime. « Ce qui m’a toujours fascinée, ce sont les échanges avec l’autre. Je pense que, si j’avais quelque chose à retenir de tout ce que j’ai fait, c’est le dialogue, le dialogue avec l’autre. »

Pour nourrir ses intrigues, elle part à la rencontre des pêcheurs, accumulant notes et photos pour saisir leur quotidien et transformer leurs confidences en fiction, mais toujours avec respect « Ce qui me fascine encore plus dans l’écriture, c’est comment on va vers l’autre, comment on traduit l’autre. » Pour elle, il s'agit de faire cohabiter harmonieusement la langue narrative, le vocabulaire des marins et les expressions québécoises authentiques. Cette réflexion sur le langage touche aussi la traduction et les nuances entre le français du Québec et celui de la France, notamment au sujet des expressions, du rythme et de certaines tournures de phrase. Cette question se pose lorsqu’un de ses romans est traduit. Sa maison d’édition relève les mots et les expressions qui pourraient être moins connus des lecteurs français pour pouvoir en discuter, plutôt que de les modifier automatiquement.

La mer occupe aussi un rôle majeur dans certaines de ses oeuvres. Navigatrice elle-même, elle parle de la mer comme d’une présence qui accompagne les personnages et leurs histoires. « La mer nous apprend nos fragilités, nos peurs. C’est un huis clos terrible où les gens se révèlent », ajoute-t-elle. Elle a, d’ailleurs, particulièrement apprécié les paysages et les villages maritimes de l'Île qu’elle découvrait pour la première fois.

Lorsqu’on lui demande ce que représente pour elle sa participation à ce festival, l’autrice se dit profondément touchée par la présence francophone dans le cadre d’un festival anglophone « Parce qu’au Québec aussi, on a à défendre la langue française. Alors, de pouvoir y rentrer, au coeur d’un festival anglophone c’est dire que la francophonie existe! ».

Capture décran le 2026 10 09 à 09.22.08

Roxanne Bouchard partage avec humour les pages de ses petits carnets d’écriture.

 

La francophonie trouve sa place

Riches et animées, les discussions auraient facilement pu se prolonger tout l’après-midi, tant elles ont suscité l’intérêt du public. « C’est vraiment magnifique que le Festival littéraire de Cavendish ait ajouté un volet francophone cette année. Et on espère que ça aura été une bonne expérience et qu’on va pouvoir en avoir une autre l'année prochaine. On a été choyés d’avoir ces deux auteurs », souligne Dominique Chouinard.

Linda Lowther, fondatrice et coordonnatrice du Festival littéraire de Cavendish pour Tourism Cavendish Beach et engagée depuis de nombreuses années auprès de la communauté francophone, notamment dans les domaines de l’éducation et du tourisme, a révélé avec beaucoup d’émotion que le nombre de visiteurs et les revenus provenant de la vente des billets ont plus que triplé depuis la première édition. Un résultat qui suscite beaucoup d’enthousiasme chez les organisateurs.

Capture décran le 2026 10 09 à 09.22.00

Linda Lowther accueille les participants avec quelques mots de bienvenue.

 

Pour sa deuxième année, le Festival littéraire de Cavendish a ouvert une nouvelle porte qui laisse entrevoir un bel avenir pour ce nouveau volet. La présence de Ronald Boudreau et de Roxanne Bouchard a illustré l’importance de faire entendre des voix francophones dans un festival anglophone et a permis de créer de belles rencontres autour des livres.

 

 

Abonnez-vous à La Voix acadienne pour recevoir votre copie électronique ou la version papier

Culture