Après près de six ans à porter le projet, la cinéaste Hélène Lebon vient de voir son documentaire À l’ombre de la flamme accepté pour un financement dans le cadre du programme Talent en vue de Téléfilm Canada.
Une semaine après avoir reçu la nouvelle, elle peine encore un peu à y croire. « Je pense que je n’ai plus assez de peau pour me pincer tellement je suis contente », lance-t-elle en riant. La cinéaste installée à l’Îledu- Prince-Édouard avait déposé sa demande au printemps. Sur 136 projets soumis au programme Talent en vue cette année, 16 ont été retenus, dont quatre documentaires. Dans l’Atlantique, deux projets de fiction et un documentaire — le sien — ont été sélectionnés. Elle croit également qu’À l’ombre de la flamme est le premier projet francophone de l’Île à obtenir un financement dans le cadre de ce programme.
Pour elle, l’importance de la nouvelle dépasse l’argent accordé à la production. « C’est vraiment une marche très importante dans ma carrière de cinéaste. J’accède non seulement à un fonds qui va me permettre de financer la production et la postproduction du documentaire, mais aussi à tout un réseau que, toute seule, je n’aurais jamais l’ampleur de développer. »
Le programme Talent en vue s’adresse notamment aux cinéastes émergents et en milieu de carrière. Hélène Lebonces y a présenté un projet déjà très avancé : synopsis, vision de réalisation, déroulement scène par scène et recherches préliminaires faisaient partie du dossier.
Le financement de Téléfilm permettra maintenant de débloquer d’autres sources de financement.
Une campagne de sociofinancement doit également être lancée afin de compléter l’enveloppe du projet. Le tournage doit commencer au printemps 2027.
Un musicien découvert au hasard d’une série
À l’ombre de la flamme suivra SUEMARR, musicien japonais qu’Hélène Lebon a découvert il y a environ six ans grâce à la série Midnight Diner: Tokyo Stories.
La musique entendue dans la série l’avait suffisamment marquée pour qu’elle parte à la recherche de celui qui se cachait derrière cette voix.
« J’ai cherché dans tous les forums possibles pour trouver qui était le chanteur derrière cette musique. Je l’ai finalement contacté et, quelques mois plus tard, il y avait des billets pas très chers pour aller au Japon. Je lui ai dit : si je viens, est-ce que je peux faire un court documentaire sur toi? Il a dit oui. »
Elle s’envole en février 2020. Quelques jours après son retour, les frontières ferment en raison de la pandémie. La relation entre la réalisatrice et le musicien, elle, se poursuit.
« On a gardé une amitié qu’on a continué de nourrir au fil de mes voyages au Japon. »
SUEMARR occupe une place singulière dans le paysage musical japonais. Ses concerts affichent régulièrement complet devant de petites salles, et il refuse les grandes plateformes d’écoute afin de conserver le contrôle de ses CD et vinyles.
« On est vraiment dans un rapport à l’analogique et à l’humain qui est super important. »
Sa musique est pourtant connue bien au-delà du Japon grâce à la série Midnight Diner. Cette tension entre reconnaissance internationale et démarche très artisanale nourrit le documentaire.
Une première et dernière tournée mondiale
À 60 ans, âge qui marque au Japon la fin d’un cycle du zodiaque et un possible nouveau départ, SUEMARR s’apprête à relever le défi lancé par Hélène Lebon : entreprendre sa première et dernière tournée mondiale.
« Et s’il n’y avait pas d’âge limite pour réaliser ses rêves? »
Le film s’intéressera aussi à la manière de demeurer fidèle à soi-même lorsqu’une plus grande notoriété arrive, ainsi qu’à la capacité de la musique à créer des liens entre des personnes, des langues et des cultures différentes.
Le tournage doit passer par le Japon, les États-Unis et possiblement l’Argentine. L’Île-du-Prince-Édouard devrait accueillir la fin de la tournée, avec un intérêt déjà manifesté par The East Pointers. Les admirateurs de SUEMARR seront aussi invités à raconter leur lien avec sa musique et pourraient devenir des participants au film.
Pour chaque destination, Hélène Lebon prévoit travailler avec de petites équipes capables de comprendre à la fois la langue et le contexte culturel. Jeremy Thornhill agit comme producteur exécutif et devrait notamment l’accompagner au Japon.
Le tournage doit commencer au printemps 2027. Une fois la production et la postproduction terminées, Hélène Lebon souhaite présenter le documentaire dans des festivals avant d’explorer d’autres voies de diffusion au Japon, au Canada ou sur une plateforme numérique.

Après six ans à porter le projet, elle savoure encore la confirmation de Téléfilm. « J’avais besoin de garder cette joie pour moi un moment avant de la partager. »Image tirée du court métrage SUEMARR, être original au Japon, réalisé par Hélène Lebon en 2020. Ce premier film consacré au musicien japonais a servi de point de départ au projet «À l’ombre de la flamme.»