Le 14 septembre, l'équipe du documentaire Garolou : aller-retour bouclait sa dernière journée de tournage à l'Île, transformant le Haviland Club de Charlottetown en véritable plateau. Entre décor d'époque, retrouvailles émouvantes et relève musicale, voici un tour d'horizon de ces heures chargées de mémoire.
Il est 14 h, le 14 septembre 2026, et le grand salon du Haviland Club de Charlottetown ne ressemble déjà plus à lui-même. Les hautes fenêtres laissent entrer la lumière du jour, mais c'est une lueur orangée, projetée par une rangée de projecteurs alignés contre le mur, qui donne le ton de la pièce. Des tables recouvertes de nappes à carreaux verts, garnies de chandelles et de petits bouquets de fleurs, ont remplacé le mobilier habituel. Perches à micros, caméras sur trépied et câbles au sol se faufilent entre les chaises : c'est ici que se joue la dernière journée de tournage du documentaire Garolou : aller-retour, une production de l'Office national du film du Canada (ONF) consacrée au 50e anniversaire du groupe.

De gauche à droite : Steven Naylor, Michel Lalonde, Réginald Guay, Gaston Gagnon, Bobby Lalonde et Marc Lalonde, réunis pour les besoins du documentaire, plusieurs ne s'étant pas revus depuis des années.
Une histoire de famille
Pour la réalisatrice Louise Lalonde, ce choix de lieu n'a rien d'un hasard. « L'Île même devient un personnage dans l'histoire », explique-t-elle, rappelant que c'est ici, au milieu des années 1970, que son frère Michel a développé l'idée de marier le rock et le traditionnel, l'ingrédient qui allait devenir la signature du groupe.
Soeur de Michel et Marc Lalonde, cofondateurs de Garolou, elle suit leur carrière depuis qu'elle est toute jeune et rêvait de ce documentaire depuis trois ans. C'est le 50e anniversaire de la toute première maquette du groupe, enregistrée en 1975, qui a fini par convaincre l'ONF de se lancer dans l'aventure avec elle.

Michel Lalonde et Steven Naylor échangent des souvenirs.
« Avec ce film, je souhaite raconter une histoire vraie, faite de persévérance, de talent, de prises de risque et de circonstances favorables, qui a permis de faire tomber des barrières linguistiques et de transmettre sur plusieurs générations, une musique enracinée et audacieuse », explique la réalisatrice.

Un aperçu du tournage de Garolou : aller-retour au Haviland Club de Charlottetown.
Un projet pancanadien pour l'ONF
Du côté de la production, Christine Aubé, productrice à l'ONF, a été séduite par l'angle familial du projet, mais aussi par sa portée nationale. Michel et Marc Lalonde ont grandi en Ontario français avant de fonder le groupe à l'Île-du-Prince-Édouard. Elle y voit une occasion de raconter une page méconnue de la francophonie canadienne hors Québec, et un film qui parlera à tout un pan du pays.

La productrice Christine Aubé, sur le plateau du Haviland Club.
L'ampleur du tournage a demandé une logistique inhabituelle pour un documentaire, où l'on tourne d'ordinaire avec de très petites équipes. Il fallait cette fois coordonner les déplacements de musiciens dispersés partout au pays, plusieurs ne s'étant pas revus depuis des années.
Des souvenirs qui remontent
Devant la caméra, Michel et Marc Lalonde replongent dans leurs débuts avec une bonne dose d'humour. Ils se rappellent leur toute première maquette, enregistrée en septembre 1975, puis le silence des maisons de disques sollicitées par la suite : tout le monde promettait de rappeler, mais personne ne le faisait jamais. Le duo raconte aussi comment leur amour pour les chansons traditionnelles acadiennes, découvertes dans des recueils de chansons de l'Île, s'est marié avec des arrangements rock et progressifs pour donner naissance à leur signature musicale.

Marc et Michel Lalonde, entourés des pochettes de leurs propres albums.
Le violoniste Bobby Lalonde, qui a rejoint le groupe en tournée dès l'âge de 17 ans, garde lui aussi des souvenirs vifs de cette époque, mais surtout une belle surprise en retrouvant ses anciens collègues pour les besoins du documentaire. « En dedans de cinq à dix minutes, les choses commençaient à se placer, puis en dedans de quinze minutes, les harmonies étaient revenues, les arrangements revenaient » raconte-t-il à propos d'un moment de jam improvisé avant le tournage. Un signe, selon lui, que la chimie du groupe n'a jamais vraiment disparu.
Une relève musicale
Plus loin, dans une pièce voisine, deux jeunes musiciens répètent des airs de Garolou à la guitare, assis devant l'enseigne du Haviland Club. Leur présence n'est pas anodine : elle illustre bien ce que la productrice Christine Aubé considère comme l'un des grands intérêts du projet. « Il va y avoir des jeunes dans la vingtaine qui sont ce qu'on appelle des superfans de Garolou », relève- t-elle, y voyant la preuve que la musique du groupe continue de se transmettre, bien au-delà de sa génération d'origine. Le tournage à l'Île étant maintenant terminé, l'équipe de Louise Lalonde s'attaque dès cet automne au long travail de montage. La sortie du documentaire est prévue pour 2027.

Un aperçu du tournage de «Garolou : aller-retour » au Haviland Club. Les frères Denis et Louis-Simon Dumont, admirateurs de longue date de Garolou, reprennent quelques airs du groupe comme musiciens invités du documentaire. (Photos : Amayes Hadj Amar)