Culture
05 Octobre 2026 Par ERIC BERGERON
Xavier Fitzgerald-Gallant, opérateur à RadioIPÉ, aborde son travail avec un enthousiasme évident. Il souhaite préserver ce qui fait déjà la force de la station tout en développant de nouvelles façons de rejoindre et de servir le public. (Photo : Eric Bergeron)

À 19 ans, Xavier Fitzgerald-Gallant ne pensait pas se retrouver derrière une console de radio. Après un séjour au collège suivi d’un avant-goût du monde du spectacle, il rejoint RadioIPÉ le printemps dernier. Quelques mois plus tard, le jeune opérateur participe déjà à une réflexion plus large sur l’avenir de la station : comment faire évoluer la radio communautaire, rejoindre de nouvelles générations et conserver ses racines acadiennes?

Vêtu d’un t-shirt du groupe musical britannique Gorillaz et coiffé d’une tuque, Xavier incarne une jeunesse débordante d’idées et d’énergie. Il accueille La Voix acadienne dans les studios de RadioIPÉ avec un charme naturel et une simplicité sincère.

La petite pièce regorge d’objets liés au monde de la radio, mais témoigne aussi des longues heures passées entre ses quatre murs. On y sent un lieu habité, façonné au fil des émissions, où Xavier travaille avec souplesse, curiosité et un plaisir évident.

« Je vais être honnête : je ne pourrais pas imaginer un emploi qui me plairait davantage. J’apprends constamment, souvent par essais et erreurs, et je touche à plusieurs aspects du travail, autant du côté technique que de la programmation et de la musique. »

Dès les prochaines semaines, les fruits de ses efforts commenceront à se faire entendre. RadioIPÉ prépare de nouvelles émissions, développe plusieurs initiatives et s’apprête à diversifier sa programmation autant que ses façons de rejoindre le public.

Un parcours qui aboutit

Diplômé de l’École-sur-Mer, à Summerside, Xavier Fitzgerald- Gallant s’est d’abord dirigé vers la technologie du génie électrique à Holland College. Une carrière de technicien spécialisé dans la réparation d’instruments musicaux semblait se dessiner à l’horizon. Or, le jeune homme n’y a pas trouvé son compte et s’est ensuite tourné vers le monde du spectacle. Son passage au Harbourfront Theatre lui a permis de découvrir un milieu qui faisait appel à plusieurs de ses champs d’intérêt.

L’occasion d'occuper un poste à la radio communautaire lui permet aujourd’hui de mettre à profit un bagage aussi varié que son parcours. Ses connaissances techniques, son intérêt pour la musique et son expérience pratique trouvent naturellement leur place dans une petite station où il faut savoir toucher à tout. Musicien lui-même, Xavier garde d’ailleurs guitare et basse à portée de main dans le studio.

On part de d’là

RadioIPÉ peut déjà compter sur un noyau d’auditeurs fidèles. Cela dit, Xavier part à la conquête d’un public qui, selon lui, contribuera à assurer la relève de la station. Par plusieurs moyens, il cherche à faire une place à RadioIPÉ dans les habitudes d’écoute d’un public plus jeune, habitué à consommer du contenu autrement et à choisir lui-même ce qu’il écoute, quand et où il le souhaite.

« Je veux que la radio demeure profondément liée au patrimoine acadien, mais pour moi, ce patrimoine, ce sont d’abord les gens. Si on veut que davantage de personnes écoutent la radio et découvrent la culture acadienne, on ne peut pas seulement s’adresser à ceux qui la connaissent déjà. Il faut aussi ouvrir la porte à d’autres publics. »

Cette volonté prend forme cet automne avec un projet qui rassemble la Jeunesse acadienne et francophone de l’Île-du- Prince-Édouard (JAFLIPE), la Commission scolaire de langue française (CSLF) et RadioIPÉ. Des élèves disposeront de matériel d’enregistrement pour créer eux-mêmes une émission d’environ 45 minutes. Celle-ci devrait être diffusée autour de l’heure du dîner et entendue dans les écoles pendant la pause du midi, d’où le titre provisoire « La Récré ».

En rappel

Une partie des efforts portera aussi sur l’écoute en différé. Jusqu’ici, explique Xavier, beaucoup d’émissions disparaissent essentiellement une fois diffusées.

« Il y a probablement des milliers d’heures de contenu qui sont simplement perdues. Ce sur quoi je travaille, c’est d’enregistrer les émissions et de les rendre accessibles sur notre site pour que les gens puissent les écouter quand ils le veulent. »

Punk.E.I. comme laboratoire

Sa propre émission, Punk.E.I. illustre bien l’approche qu’il souhaite développer.

Lancée au départ comme une émission punk assez libre, elle a récemment été revue avec l’arrivée de Johnny Rockwell comme coanimateur. L’objectif est maintenant d’élargir la formule vers le rock, le métal et la musique indépendante.

« Ce qu’on veut surtout, c’est présenter les groupes de l’Île et des Maritimes. On ne veut pas rester enfermés dans un seul genre. L’indie est quand même un terrain assez vaste et il s’y trouve de quoi satisfaire bien des goûts différents. »

Pour Xavier, préserver les racines acadiennes ne signifie donc pas figer la programmation dans une seule époque ou un seul style.

Aller chercher les jeunes

Reste un défi de taille : convaincre une génération qui a grandi avec un téléphone dans les mains de consacrer du temps à la radio. Xavier parle lui-même de la gratification immédiate créée par les réseaux sociaux, où quelques secondes suffisent pour décider de passer au contenu suivant.

La radio exige une autre forme d’attention : écouter ce qui est diffusé, découvrir une chanson qu’on n’a pas choisie et attendre la prochaine intervention.

Sa solution n’est pas d’attendre que les jeunes changent leurs habitudes.

« S’ils ne viennent pas écouter la radio, il faut amener le contenu là où ils sont déjà, dit-il. Courtes capsules sur les réseaux sociaux, émissions disponibles sur demande, nouveaux styles musicaux et participation directe des élèves font donc partie des pistes à l’étude. »

Le nouvel opérateur aura du pain sur la planche. Tant mieux : RadioIPÉ semble avoir confié une bonne partie de son prochain virage à quelqu’un qui a très envie de conduire.

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