Culture
07 juillet 2021 Par Jacinthe Laforest  
À l’arrière, de gauche à droite :Melissa MacKenzie, Sheldon Elter et Brendan Wall. Au rang du milieu : Michelle Bouey etLindsay Kyte. Au premier rang : Kristi Hansen. À doite, on voit le guitariste, Chris Corrigan qui a été musicien de Rita pendant plusieurs années. (Photo : J.L.)

Rita MacNeil est décédée au Cap-Breton en 2013.  Bien que ses chansons ne tournent plus autant qu’auparavant, cette dame laisse un héritage musical et humain qui ne sera jamais oublié, entre autres grâce au nouveau spectacle Dear Rita, présenté en première mondiale  au Centre des arts de la Confédération jusqu’en septembre prochain.   

«It’s a working man I am», a écrit Rita MacNeil à propos des mineurs du Cap-Breton.  Dans cette chanson, Rita décrit la vie de ces gens qui travaillent sous terre, loin du soleil.  Et ce n’est pas surprenant qu’elle ait si bien saisi leur
vie, car elle-même a vécu une partie de sa vie sous terre, au sens figuré, et loin du soleil, jusqu’à ce qu’elle se donne la permission de faire ce pour quoi elle était née : chanter. 

Dear Rita raconte l’enfance de Rita, née avec une fente labio-palatine (un bec de lièvre comme on aurait dit à l’époque), les chirurgies pour corriger la malformation, la première danse où on l’a invitée à danser (avec beaucoup d’humour), son mariage, et la fin de celui-ci, dans lequel elle n’était pas heureuse, car elle ne pouvait pas être elle-même.  

Être elle-même n’était pas très facile non plus.  Même lorsque ses chansons avaient du succès et qu’elle était invitée dans des émissions de télévision, le seul sujet qui semblait intéresser les animateurs était son poids.  Ce numéro particulièrement cruel de Dear Rita permet toutefois d’apprécier à quel point il a fallu de la détermination à Rita MacNeil pour continuer.  Prête à sortir son 4e disque (les trois premiers ayant été indépendants) les maisons de disques refusaient de l’enregistrer à cause de son physique.  Elle a finalement créé sa propre maison de disques, Lupin Productions.  Dans les années 1985-1990, les maisons de disques étaient très puissantes.  Peu de gens, encore moins une femme du fin fond du Cap-Breton, ne pouvaient espérer faire carrière sans leur soutien.  C’est pourtant ce qu’elle a fait.  Son disque Flying on your own s’étant vendu à 22 000 exemplaires,Virgin Record Canada et A&M Records Canada ont repris les ventes en février 1987.  Les ventes ont atteint 40 000 (disque d’or) et 75 000 copies à la fin de 1987. 

Le piège du poids évité

On ne peut pas faire un spectacle sur Rita MacNeil sans que son poids ne soit évoqué.  Et on le fait très bien.  L’idée de distribuer le rôle à une artiste de forte stature a peut-être effleuré les producteurs mais, par chance, ce piège a été évité.  On a plutôt choisi de faire vivre l’esprit de Rita à travers six artistes de grand talent, hommes et femmes, qui se sont relayé la responsabilité d’incarner l’artiste plus grande que nature.  Cette façon de faire souligne qu’une personne n’est jamais complètement et seulement telle qu’on la voit, comme Rita elle-même le dit dans sa chanson de 1983 «I am not what I seem».  

Dear Rita est une célébration musicale de la vie, de la ténacité et du patrimoine de feue la chanteuse. La troupe se compose de comédiens musiciens qui chantent et jouent de divers instruments, faisant vivre ses histoires et son esprit au moyen de leurs propres identités plutôt que par une représentation littérale de l’icône canadienne elle-même.

Le spectacle Dear Rita se compose d’arrangements traditionnels et réinventés des chansons de Rita. La metteure en scène Mary Francis Moore, l’auteure Lindsay Kyte et le musicien Mike Ross ont apporté de nouveaux points de vue aux chansons de Rita, invitant son esprit à pénétrer
dans la salle et faisant vivre ses chansons par le biais des propres expériences du public.

Le hasard et peut-être autre chose!

Lindsay Kyte est une auteure primée.  Sa pièce de théâtre sur les mineurs du Cap-Breton incluait le guitariste Chris Corrigan qui a été producteur et musicien de Rita pendant quelques années.  Après le décès de la chanteuse, Wade Langham, le fils de Rita, a confié à Chris Corrigan qu’il aimerait qu’un spectacle soit créé autour du catalogue de 300 chansons de sa mère.  Chris a alors facilité la rencontre de Wade Langham avec l’auteure Lindsay Kyte.  Cette dernière, enthousiaste, a approché le Festival de Charlottetown, qui a, à son tour, fait le lien avec le compositeur Mike Ross.  Le résultat de cette association est ce qu’on voit sur la scène du Festival de Charlottetown pendant l’été 2021.  Cet automne, le spectacle sera présenté au Savoy Theatre, au Cap Breton.

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