Communauté
23 Octobre 2026 Par ERIC BERGERON
Arrivé de la République centrafricaine il y a près de trois ans, le père Firmin Dildom a découvert dans la communauté acadienne de la région Évangéline un esprit de solidarité qui lui rappelle son pays d’origine. Une générosité dont il a lui-même bénéficié lors de moments difficiles. (Photo : Eric Bergeron)

Originaire de la République centrafricaine, le père Firmin Dildom est arrivé à l’Île-du-Prince-Édouard en décembre 2023 pour prendre la responsabilité de deux paroisses de la région Évangéline. Près de trois ans plus tard, il raconte son adaptation à la vie acadienne, les défis que pose la baisse de fréquentation des églises et sa conviction qu’un prêtre doit avant tout être présent dans sa communauté.

Lorsque le père Firmin Dildom a quitté Bangui, capitale de la République centrafricaine, il faisait 28 degrés. À son arrivée à l’aéroport de Charlottetown, le thermomètre affichait moins trois.

« C’était un choc pour moi! Heureusement, la personne qui était venue me chercher avait apporté un manteau et tout le nécessaire. Elle savait à quoi s’attendre! »

Arrivé le 7 décembre 2023, il a commencé son ministère le 1er janvier suivant à Notre- Dame-du-Mont-Carmel et à Saint-Philippe-et-Saint-Jacques, à Baie-Egmont. Le diocèse recherchait alors un prêtre francophone pour desservir les deux communautés.

Son arrivée à l’Île découle d'une rencontre indirecte. Pendant un séjour à Buffalo, aux États-Unis, où il était en congé, son intérêt pour un ministère en Amérique du Nord est parvenu aux oreilles de l’évêque de Charlottetown, qui cherchait justement un prêtre. Les démarches se sont ensuite organisées depuis son pays natal.

Deux cultures, deux façons de vivre

Au-delà de la différence de température, le père Firmin a rapidement découvert une autre manière d’entretenir les relations sociales.

« En Afrique, nous sommes beaucoup plus habitués à vivre ensemble, à nous fréquenter régulièrement. Tu peux aller chez ton voisin à n’importe quel moment de la journée, sans l’avertir. Ici, les gens aiment davantage leur intimité et leur tranquillité. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont moins accueillants. »

Il a appris à respecter cette réalité tout en conservant son désir de proximité avec les paroissiens.

« Je leur dis que je suis disponible. S’ils ont besoin de parler ou de poser des questions, ils peuvent m’inviter. Je vais toujours trouver du temps pour eux. Plusieurs m’ont accueilli chez eux. Nous avons partagé des repas et prié ensemble. »

Cette disponibilité constitue aujourd’hui une dimension essentielle de son ministère.

Un prêtre qui refuse de rester à l’écart

Le père Firmin constate que la pratique religieuse est bien différente de celle qu’il connaissait en Afrique, où les églises sont généralement pleines et où les jeunes sont nombreux à participer aux célébrations.

« Ici, je constate un désintéressement des jeunes. Dans les églises, on retrouve surtout des personnes âgées. Les familles ont d’autres activités, les enfants jouent au hockey, les gens occupent leur temps libre autrement. Ce n’est pas mauvais en soi, mais je crois qu’il ne faut pas oublier la place de Dieu dans notre vie. »

Pour autant, il ne considère pas que l’absence à la messe empêche nécessairement quelqu’un d’être un bon catholique.

« On peut être un bon catholique sans venir à l’église. Ce qui compte aussi, c’est de vivre selon sa conscience, de respecter les autres, de les aimer et de les servir. Le plus grand commandement, c’est l’amour de Dieu et du prochain. En servant les autres, on sert aussi Dieu. »

Il demeure toutefois convaincu de l’importance de la prière communautaire.

Pour encourager un retour à l’église, il mise principalement sur la proximité. Il participe aux événements communautaires et cherche à rendre la figure du prêtre moins intimidante.

« Il faut démystifier la figure du prêtre. Ce n’est pas un extraterrestre! C’est un homme appelé à servir ses frères et soeurs. Il ne peut pas accomplir cette mission en restant à l’écart. Il doit être avec les jeunes, participer aux événements et comprendre ce que les gens vivent. »

Selon lui, cette présence permet aussi de mieux saisir les difficultés personnelles et familiales auxquelles font face les paroissiens.

« Quand je suis avec eux, j’écoute leurs histoires et leurs inquiétudes. Ça m’aide à comprendre leur réalité et à adapter mes prédications. Si je ne comprends pas ce qu’ils vivent, comment puis-je leur transmettre une parole qui les rejoint? »

Une prédication qui se prépare toute la semaine

C’est d’ailleurs la préparation de ses homélies qui lui procure l’une de ses plus grandes satisfactions.

« Chaque dimanche, les gens m’écoutent. Ce n’est pas facile de toujours apporter quelque chose de nouveau. Dès le lundi, je commence à lire les textes du dimanche suivant et à méditer. Ça travaille en moi toute la semaine. »

Il cherche ainsi à établir un lien entre les enseignements religieux et les préoccupations quotidiennes des fidèles. Cette approche se retrouve également dans sa manière d’administrer les paroisses. À son arrivée, il a remis en place un conseil paroissial afin que les décisions soient prises collectivement.

« Je ne travaille pas seul et je ne veux pas m’imposer comme un dictateur. Avant de prendre une décision, nous étudions le dossier ensemble. Le prêtre doit écouter sa communauté. »

Une solidarité qui traverse les frontières

S’il a dû s’adapter à certaines habitudes locales, le père Firmin reconnaît chez les Acadiens une qualité qui lui rappelle son pays d’origine : la solidarité.

Il en a personnellement fait l’expérience lorsqu’il a perdu son père, puis son frère. Les deux communautés paroissiales se sont mobilisées pour l’aider à financer ses déplacements vers la République centrafricaine afin qu’il puisse retrouver sa famille.

« Ça m’a énormément touché. J’ai aussi vu des collectes de fonds pour aider des personnes qui doivent subir une opération. La communauté acadienne est vraiment solidaire. »

Cette générosité a renforcé son attachement à la région, où il souhaite poursuivre son travail pendant les deux années qui restent à son contrat de cinq ans.

À ceux qui songeraient à retourner à l’église, il lance une invitation toute simple.

« Venez goûter à ce que nous avons à offrir, à la parole de Dieu et à notre manière de célébrer. J’essaie de transmettre cette parole simplement, d’une façon qui touche la vie des gens. Venez voir, vous ne serez pas déçus. »

Et lorsqu’on lui demande s’il regrette sa décision d’avoir quitté l’Afrique pour s’installer à l’Île-du-Prince-Édouard, sa réponse ne laisse planer aucun doute.

« Je suis en paix avec moi-même. Je suis dans une communauté qui m’accueille bien et qui m’aime. Cet amour me donne encore plus d’enthousiasme pour continuer mon travail. Je suis vraiment heureux d’être ici. »