Annoncé une première fois en mai, le programme fédéral de retrait volontaire des permis de pêche aux huîtres sauvages prend maintenant forme. Pêches et Océans Canada (MPO) en a dévoilé les modalités le 10 août : les pêcheurs admissibles pourront recevoir 40 000 $ pour remettre définitivement leur permis.
Le programme vise les pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. Les demandes seront acceptées à compter du 1er septembre et traitées selon le principe du premier arrivé, premier servi.
Lors de l’annonce initiale du 8 mai à Charlottetown, le gouvernement fédéral avait prévu jusqu’à 6 millions $ pour ce programme, sans encore en préciser les modalités. Il faisait partie d’un ensemble de mesures destinées à soutenir une industrie confrontée au parasite MSX et à la maladie Dermo.
« Les huîtres sont récoltées dans les provinces de l’Atlantique depuis plusieurs générations, et les maladies qui se propagent dans ces populations représentent une menace grave pour elles», souligne Joanne Thompson, ministre des Pêches de l’ÎPÉ. «Je sais que cette situation est difficile pour ceux et celles qui gagnent leur vie sur l’eau. Ce Programme est là pour appuyer les pêcheurs qui décident que le moment est propice pour le retrait définitif de leur permis ou licence. Parallèlement, cela réduit la pression sur les populations d’huîtres sauvages pendant que nos scientifiques continuent d’étudier les maladies. Ce sont de petites opérations dans de petites communautés, et elles ont besoin d’une voie à suivre », a conclu la ministre des Pêches.
L’enjeu touche particulièrement l’Île. Selon le MPO, la province produit plus de 90 % des huîtres sauvages du Canada atlantique. Cette pêche représente de 25 à 30 % du secteur ostréicole insulaire et la valeur de ses débarquements était estimée à 6,8 millions $ en 2024.
« La pêche aux huîtres fait vivre des familles d’ici depuis des générations. Les maladies ont durement frappé nos pêcheurs », affirme le député d’Egmont, Bobby Morrissey. Selon lui, le programme doit permettre à ceux qui souhaitent quitter la pêche de le faire, tout en contribuant à assurer un avenir plus stable à ceux qui en dépendent toujours.
Pour être admissible, un titulaire doit notamment avoir déclaré au moins 3 600 $ en débarquements d’huîtres au cours d’au moins une des années 2023, 2024 ou 2025. Pour l’année retenue, les huîtres doivent aussi avoir représenté au moins 50 % de ses revenus provenant de la pêche.
En échange des 40 000 $, le pêcheur renonce définitivement à son accès commercial aux huîtres sauvages et ne pourra en obtenir un nouveau pendant dix ans. Les pêcheurs qui détiennent plusieurs permis visant les huîtres doivent retirer l’ensemble de leur portefeuille pour participer.
Le programme survient deux ans après la confirmation du MSX à l’Île-du-Prince-Édouard, en juillet 2024. Le Dermo y a été confirmé en juillet 2025.
Pour certains pêcheurs, les 40 000 $ pourraient représenter une porte de sortie. Pour d’autres, accepter signifie renoncer à une pêche pratiquée parfois depuis des décennies et à la possibilité de profiter d’un éventuel rétablissement des stocks.