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03 Septembre 2026 Par Eric Bergeron – La Voix acadienne – IJL
Spencer Corcoran, gérant de Corcoran Farm Supply à Miscouche, estime que l’incertitude domine actuellement dans le milieu agricole, alors que les nouvelles contre-mesures tarifaires canadiennes entreront en vigueur le 8 septembre.

Des droits de 50 % sur certains produits d’acier, mais aucun nouveau tarif sur les tracteurs : la riposte commerciale d’Ottawa ne touchera pas tous les secteurs de l’Île de la même façon. Dans le milieu agricole, fortement lié au marché américain, la nouvelle liste alimente néanmoins une incertitude déjà bien présente.

À compter du 8 septembre, le Canada imposera des droits de 15 %, 25 % ou 50 % sur 27,6 milliards de dollars d’importations américaines. Ottawa présente l’équipement agricole parmi les secteurs visés, mais la liste publiée montre que seule une partie relativement restreinte de la machinerie utilisée dans les fermes sera touchée.

Les tracteurs et la machinerie servant à préparer ou travaillerle sol, par exemple, ne figurent pas parmi les nouveaux produits ciblés. Certaines faucheuses et pièces de machinerie de récolte seront toutefois frappées d’un droit de 15 %, tandis que certains wagons agricoles seront soumis à un droit de 25 %.

La portée de la riposte est beaucoup plus grande dans d’autres secteurs susceptibles de toucher l’économie insulaire.

Une vaste gamme de produits d’acier et d’aluminium améri-   cains sera notamment frappée de droits pouvant atteindre 50 %. Des matériaux de construction, des produits de bois, des remorques, des appareils électroménagers et de chauffage, ainsi que certains produits de papier et d’emballage figurent également sur la liste.

Ces droits ne signifient pas nécessairement une hausse équivalente des prix à l’Île.

Leur effet dépendra notamment de la provenance actuelle des produits utilisés par les entreprises insulaires et de leur capacité à se tourner vers des fournisseurs canadiens ou d’autres pays. Pour les entreprises qui dépendent de produits américains visés, les contre-tarifs pourraient toutefois augmenter les coûts d’importation à compter du 8 septembre.

Le secteur agricole

À Miscouche, Spencer Corcoran, gérant de Corcoran Farm Supply, observe néanmoins la nouvelle escalade commerciale avec inquiétude. Son entreprise, qui achète et revend de la machinerie agricole neuve et usagée, entretient depuis longtemps des liens commerciaux étroits avec les États-Unis.

Il estime qu’historiquement, environ 60 % du volume vedu par l’entreprise prenait la direction des États-Unis, tandis qu’environ 70 % de ses achats en provenaient.

« On faisait beaucoup d’échanges entre les États-Unis et le Canada », explique-t-il.

Ce va-et-vient est devenu beaucoup moins fluide au cours des dernières années.

La hausse du coût de la vie

Pour Spencer Corcoran, le ralentissement ne s’explique toutefois pas uniquement par les tensions commerciales. Il décrit 2026 comme une année plutôt tranquille à l’échelle de l’Île et estime que le coût de la vie laisse moins de marge de manoeuvre aux ménages comme aux entreprises. Dans le secteur agricole, où l’achat d’une nouvelle machine représente un investissement considérable, cette pression se fait particulièrement sentir.

Les nouveaux contre-tarifs ne toucheront toutefois pas automatiquement toute machine achetée au sud de la frontière.

Ottawa précise qu’ils s’appliqueront uniquement aux marchandises considérées comme étant d’origine américaine en vertu des règles de l’ACEUM. Selon lui, cette nouvelle ronde de tarifs s’ajoute surtout à un climat déjà difficile. Le prix de la machinerie a fortement augmenté depuis la pandémie.

Il évoque des tracteurs pouvant maintenant atteindre 400 000 $, ainsi que des équipements de travail du sol pouvant grimper jusqu’à 800 000 $, soit le double d’il y a seulement quelques années.

À cela s’ajoutent le prix des pièces et les coûts de réparation.

Les mécaniciens qualifiés sont peu nombreux, constate t - il, et ceux qui offrent leurs services sont déjà très sollicités.

Pour décrire l’état d’esprit actuel du milieu agricole, il choisit un mot : « incertitude ».

Pour Spencer Corcoran, cette incertitude dépasse d’ailleurs le prix de la machinerie. Il demeure optimiste quant au rendement des pommes de terre cette année, mais estime que la véritable question sera le prix que les producteurs réussiront à obtenir.

« C’est une chose de les arracher, dit-il. C’en est une autre de les vendre. »

2. riposte dOttawa

Corcoran Farm Supply, à Miscouche, achète et revend de la machinerie agricole usagée des deux côtés de la frontière. Environ 70 % du volume acheté par l’entreprise provient historiquement des États-Unis. (Photos : Eric Bergeron)

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