Une heure à peine après avoir annoncé sa candidature à la chefferie du Parti libéral de l’Île-du-Prince-Édouard, Dan Kutcher s’est entretenu avec La Voix acadienne. Désormais ex-maire de Summerside, il dit vouloir appliquer à l’échelle provinciale une approche fondée sur une direction claire, le travail d’équipe et la capacité d’agir. Selon lui, l’Île a besoin de changement.
Dan Kutcher n’aura pas attendu longtemps avant de tourner la page sur ses quatre années à la mairie de Summerside.
Lundi 31 août, il a annoncé que sa candidature à la chefferie du Parti libéral de l’Île-du- Prince-Édouard avait été officiellement approuvée. Du même coup, il a quitté ses fonctions de maire et confirmé qu’il sollicitera l’investiture libérale dans la circonscription 21 lors des prochaines élections provinciales, peu importe l’issue de la course à la chefferie.
Une heure environ après cette annonce, il expliquait à La Voix acadienne les raisons de ce passage de la politique municipale à la politique provinciale.
« Il y a certainement un besoin de changement à l’Île-du- Prince-Édouard et une occasion de faire mieux, de redonner et d’apporter ce changement », affirme-t-il.
Une province qui « s’est un peu perdue »
Le nom de Dan Kutcher circulait depuis un certain temps lorsque venait la question d’un éventuel candidat à la direction du Parti libéral. Les spéculations s’étaient intensifiées au cours des dernières semaines après le départ de Robert Mitchell de la chefferie.
Interrogé sur ce qui, dans son administration de Summerside, a pu attirer l’attention au-delà des limites de la ville, Dan Kutcher revient d’abord à sa manière de gouverner.
« J’essaie vraiment de bâtir une vision et de tracer une voie avec l’équipe, avec la contribution des personnes qui devront la mettre en oeuvre, puis de présenter quelque chose de cohérent et de clair et de m’y tenir. »
Cette recherche de clarté devient d’autant plus importante, selon lui, dans un contexte où les gouvernements doivent composer avec de nombreux enjeux simultanément.
« Il y a tellement d’éléments en mouvement, tellement de défis et tellement de distractions. Il devient encore plus important d’avoir de la cohésion et de savoir clairement ce qu’on cherche à accomplir. C’est comme ça qu’on arrive à faire avancer les choses. »
C’est aussi ce qu’il souhaite maintenant proposer aux libéraux, ainsi qu’aux électeurs de la circonscription 21.
« Quand je regarde autour de la province, j’ai l’impression qu’elle s’est un peu perdue, qu’elle cherche une direction, un objectif et une façon claire d’expliquer tout cela aux gens. »
À ses yeux, le changement doit notamment toucher les politiques publiques, la prestation des soins de santé et la façon d’aborder la viabilité des finances publiques.
Pourquoi maintenant?
Le calendrier a également pesé dans sa décision. Après quatre années à la mairie et à l’approche des élections municipales,
Dan Kutcher estime être arrivé à un point naturel pour décider de la suite. La décision n’a toutefois pas été prise seul.
« J’ai eu des discussions très franches, personnelles et honnêtes avec ma famille. Il faut toute une famille pour faire les sacrifices nécessaires et se lancer dans quelque chose comme ça. Nous avons décidé que c’était la bonne décision, que c’était le bon moment et que ça valait la peine de se lancer. »
Pour lui, parler de changement ne signifie toutefois pas vouloir systématiquement défaire ce qui a été accompli par le gouvernement progressiste conservateur actuel.
« Quand les choses fonctionnent, on veut les laisser en place, s’assurer qu’elles sont soutenues et qu’elles continuent d’avoir du succès. »
Le changement qu’il souhaite incarner concerne d’abord la direction donnée au gouvernement et la façon d’exercer le leadership. Il estime que le Parti libéral lui-même doit accepter cette nécessité.
« Le changement n’est pas un mauvais mot. C’est une réalité inévitable. »
Mais le terme, reconnaît-il, peut facilement devenir un slogan politique vide de contenu.
« Il faut en comprendre la substance. Il faut reconnaître que ce changement doit être mérité et trouver les occasions où il peut réellement améliorer la vie des gens. Ça ne veut pas dire tout changer. »
L’influence plutôt que « la politique de la personne »
Lors d’une entrevue accordée à La Voix acadienne l’an dernier, Dan Kutcher avait résumé ainsi les limites du pouvoir d’un maire : un maire n’a pas tant du pouvoir que de l’influence.
Aujourd’hui, il ne renie pas cette conception du leadership. Au contraire.
« Je pense que l’influence est plus importante parce qu’il faut la gagner. Elle exige qu’on porte attention aux personnes avec lesquelles on travaille et aux personnes pour lesquelles on travaille. »
Il estime qu’on vit aujourd’hui à une époque marquée par « la politique de la personne », où le chef cherche à être au centre de chaque annonce et devant chaque microphone.
« La réalité, c’est qu’une seule personne ne peut pas faire avancer les choses pour les gens. Ça prend une équipe qui doit avoir les moyens d’agir et qui doit être soutenue. C’est mon approche du leadership. »
Pour ce faire, Dan Kutcher devra d’abord convaincre les membres de son propre parti.
« Ce sera au parti de décider qui il veut comme chef. Et la personne qu’il choisira sera le bon choix. De la même façon que, lors d’une élection, la personne choisie par les électeurs est le bon choix. Il faut respecter ce choix et se rappeler que les gens sont intelligents, engagés et conscients de ce qu’ils font. »
Il croit pouvoir donner un nouvel élan à la formation politique, mais refuse de considérer sa victoire comme acquise.
« J’espère présenter le meilleur de moi-même. Si je ne pensais pas pouvoir faire du bon travail, je ne me lancerais pas. Mais, au bout du compte, c’est le parti qui prendra cette décision. Il faut gagner ces votes et mériter ce respect. »
De Summerside à la circonscription 21
Dan Kutcher compte également se présenter dans la circonscription 21, Summerside- Wilmot, où il habite.
« Je pense que c’est important de se présenter là où on vit. »
Il insiste toutefois sur le fait qu’un éventuel rôle provincial lui imposerait de regarder bien au-delà de sa propre circonscription.
« Le but et la responsabilité du leadership, c’est de prendre des décisions cohérentes, avec l’équipe et au bon moment, qui reconnaissent et créent de la valeur pour tous les Insulaires. »
Il quitte par ailleurs la mairie avec confiance envers ceux qui assureront la suite.
« J’ai énormément confiance dans ce groupe de conseillers et dans les gens qui font fonctionner la ville », dit-il, citant notamment les employés des parcs et ceux du service d’électricité.
« Les gens qui font fonctionner la ville au quotidien sont excellents. Je sais que je la laisse entre de bonnes mains et j’ai hâte de voir ce qu’ils feront ensuite. »
« L’anglophone qui se bat pour les francophones »
Avant de conclure l’entretien, Dan Kutcher a lui-même tenu à revenir sur la place de la communauté francophone et acadienne dans la province.
« J’ai toujours essayé de la célébrer, de la promouvoir, d’en faire partie et d’être un peu l’anglophone qui essaie de se battre pour les francophones. »
Il dit trouver dans la communauté « tellement de passion, de vie, de sens de la communauté, d’art, de culture, de musique et d’entrepreneuriat ».
« Je suis inspiré chaque fois. »
Cet été, lors du Salon du livre de l’Île-du-Prince-Édouard, Dan Kutcher avait déjà établi un parallèle avec sa propre histoire familiale. Issu d’une famille canadienne-ukrainienne, il avait raconté avoir grandi sans apprendre l’ukrainien, contrairement à certains membres de sa famille, pour illustrer l’importance de préserver une langue et de la transmettre aux générations suivantes.
Quelques semaines plus tard, il revient sur cette réflexion en parlant de ses propres enfants.
« J’essaie d’avoir la même approche dans la vie qu’en politique : laisser les choses un peu meilleures qu’elles ne l’étaient à notre arrivée. J’espère qu’en donnant à mes enfants la possibilité d’être bilingues, je vais justement réussir à faire ça. »