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09 Septembre 2026 Par ERIC BERGERON
De gauche à droite : Alexandre Roy, Marcia Enman et Anne-Françoise Boulay. Alexandre Roy prendra officiellement la relève à la direction générale de La Voix acadienne le 14 septembre, tandis que la réorganisation permettra à Anne-Françoise Boulay d’assumer davantage de responsabilités liées au Web, aux médias sociaux et à l’administration. (Photo : Eric Bergeron)

Après 48 ans avec La Voix acadienne, dont environ une quarantaine à la direction, Marcia Enman prendra officiellement sa retraite le 11 septembre. Alexandre Roy, graphiste du journal de longue date et visage bien connu de l'équipe, lui succédera à la direction générale.

Lorsque Marcia Enman a accepté la direction de La Voix acadienne en 1987, elle connaissait déjà bien le journal. Elle y travaillait depuis 1978, notamment à la mise en page et à la chambre noire. Mais diriger l’entreprise représentait tout de même un saut dans l’inconnu.

« J’avais peur », se rappelle t- elle. La rédaction de lettres, de projets et de documents administratifs faisait notamment partie des nouvelles responsabilités qu’elle connaissait peu. Elle avait accepté le poste à condition de pouvoir compter sur l’appui du rédacteur Raymond J. Arsenault pour lui enseigner les ficelles.

Une quarantaine d'années plus tard, l’histoire se répète un peu.

Alexandre Roy connaît lui aussi déjà les rouages de La Voix acadienne. Comme graphiste, il a travaillé étroitement avec Marcia Enman et a été associé à tous les dossiers et projets du journal, même s’il n’était pas jusqu’ici responsable de préparer lui-même les demandes de projets et les documents administratifs qui accompagnent la direction générale.

« On travaillait déjà beaucoup ensemble, explique-t-il. Marcia me demandait souvent mon avis et j’étais au courant des projets en cours. Ce que je n’ai jamais fait, par contre, c’est préparer les deman des moi-même. Ça, ce sera un nouvel apprentissage. »

Une succession préparée

La retraite de Marcia Enman n’est pas une décision prise du jour au lendemain.

C’est lorsqu’elle a atteint 65 ans que Marcia Enman a commencé à réfléchir sérieusement à sa relève. « Je ne pouvais pas simplement quitter La Voix acadienne sans penser à la suite. Je voulais aider à trouver une relève et m’assurer que le journal était entre de bonnes mains. »

Un projet a alors permis au journal d’analyser ses opérations et ses besoins, de revoir certaines politiques et, éventuellement, de réfléchir à la succession de deux postes jugés essentiels : la direction générale et la rédaction.

La relève à la rédaction a d’abord été assurée. Restait celle de Marcia Enman.

Une première tentative de recrutement externe à la direction n’ayant pas fonctionné, l’équipe et le conseil d’administration ont réévalué leurs options. Alexandre Roy a alors commencé à envisager sérieusement la possibilité de prendre la relève.

« Je me suis rendu compte que je connaissais déjà très bien le fonctionnement du journal et que j’avais tous les contacts nécessaires. »

La stabilité de l’équipe actuelle a également pesé dans sa décision. Plutôt que de devoir reconstruire simultanément plusieurs fonctions essentielles du journal, il pouvait envisager la direction en sachant que la rédaction et une bonne partie des activités courantes étaient déjà assurées.

Les responsabilités seront donc redistribuées. Alexandre Roy conservera notamment son travail de graphiste, tandis qu’Anne-Françoise Boulay prendra en charge plusieurs tâches liées au Web, aux médias sociaux et à l’administration, en plus de pouvoir contribuer occasionnellement au travail journalistique.

Marcia Enman demeurera disponible environ une journée par semaine pour accompagner son successeur.

De la colle au numérique

Le changement de garde permet aussi de mesurer le chemin parcouru par le journal.

Lorsque Marcia Enman y a commencé en 1978, les pages étaient littéralement assemblées à la main. Les textes sortaient en colonnes d’une machine avant d’être découpés et collés sur des feuilles de montage éclairées par-dessous. Les pages terminées étaient ensuite apportées à l’imprimerie afin de préparer les plaques nécessaires à l’impression.

La technologie n’est cependant pas la seule chose à avoir changé.

« Notre mandat s’est élargi. Avec le développement des six centres scolaires communautaires, il fallait être beaucoup plus présents dans les différentes régions et représenter l’ensemble de la communauté acadienne et francophone de l’Île. »

Le modèle financier du journal s’est également transformé.

« Avant, les revenus publicitaires occupaient une place beaucoup plus importante. Aujourd’hui, on dépend davantage des projets grâce aux programmes de financement », explique-t-elle. Les demandes de financement de projets sont ainsi devenues une part importante du travail de direction.

Un parcours inattendu

L’arrivée d’Alexandre Roy à la direction générale marque en quelque sorte un retour à ses premières études.

Formé en administration et en biologie, il est arrivé à l’Île-du- Prince-Édouard lorsque sa conjointe a obtenu un emploi à l’École-sur-Mer de Summerside. Il avait alors accepté un poste temporaire de graphiste, pensant y travailler environ six mois avant de chercher un emploi en biologie.

Il n’est jamais parti.

Il a découvert qu’il aimait le graphisme et a finalement bâti sa carrière dans ce domaine. Aujourd’hui, sa formation en administration, longtemps demeurée en arrière-plan, refait surface avec ses nouvelles responsabilités.

« Après 25 ans, la boucle est bouclée », constate-t-il.

Continuer avant de transformer

Alexandre Roy n’arrive pas à la direction avec l’intention de bouleverser La Voix acadienne. « Je veux poursuivre dans la même direction que Marcia. »

Cela ne signifie toutefois pas que le journal restera figé.

La Voix acadienne a déjà dû s’adapter à plusieurs transformations de l’industrie. Il y a plusieurs années, rappelle Marcia Enman, des études prédisaient même la disparition prochaine du journal imprimé. La transition ne s’est finalement jamais produite comme prévu.

« On nous disait que tout allait passer au numérique, mais ce n’est pas ce que nous avons constaté. Les gens de la communauté nous disent encore que le journal papier est très important pour eux », souligne Alexandre Roy.

Il n’en écarte pas pour autant de futurs changements.

« Il faut rester ouverts et s’adapter à ce que les lecteurs veulent. On ne sait pas ce que le journal sera dans quelques années. Si les besoins changent, il faudra être prêts à changer avec eux. »

Au moment de partir, Marcia Enman tient surtout à la pérennité du journal et à la Fondation Jean-H.-Doiron, qu’elle a contribué à mettre sur pied pour en assurer l’avenir. Elle se dit rassurée de savoir qu'Alexandre Roy est conscient de son importance.

Après environ 40 années à la direction, elle lui cède un journal qui a beaucoup changé, qui est en bonne situation financière, mais dont la mission demeure. À son tour maintenant d'en assurer la suite.

2. une page se tourne

Marcia Enman à l’oeuvre dans les bureaux de La Voix acadienne, bien avant l’arrivée des outils numériques qui ont profondément transformé la production du journal au cours de ses 48 années au journal. (Photo : Archives)

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