Après près de deux ans à essuyer les contrecoups des maladies MSX et Dermo, l’industrie ostréicole de l’Île-du-Prince-Édouard voit finalement le gouvernement fédéral présenter les grandes lignes d’un plan d’aide destiné à soutenir producteurs, pêcheurs et transformateurs touchés par la crise. Mais l’incertitude persiste toujours.
L’Île-du-Prince-Édouard peut-elle finalement pousser un soupir de soulagement avec cette annonce tant attendue? Pas complètement. Car si Ottawa promet enfin du soutien concret à l’industrie ostréicole, plusieurs détails importants demeurent encore inconnus.
Ce qu’on sait pour l’instant :
Ottawa promet plus de 4,2 millions $ afin d’aider les ostréiculteurs de l’Île à acheter du naissain résistant aux maladies. Le gouvernement fédéral permettra l’importation de géniteurs et éventuellement de naissains provenant de lignées américaines sélectionnées pour mieux résister au MSX et au Dermo.
Le gouvernement fédéral affirme aussi vouloir mettre sur pied un programme pouvant atteindre 6 millions $ pour permettre à certains détenteurs de permis d’huîtres sauvages de quitter l’industrie grâce à un rachat de permis. Une somme supplémentaire de 130 000 $ serait consacrée à l’élaboration d’une stratégie à plus long terme pour l’industrie ostréicole de l’Atlantique.
De son côté, Financement agricole Canada promet davantage de flexibilité concernant certains prêts et paiements liés au secteur. Ottawa n’a toutefois pas encore précisé à quoi pourraient ressembler ces assouplissements.
Le gouvernement rappelle également que les maladies MSX et Dermo ne présentent aucun danger pour la santé humaine, mais causent une forte mortalité chez les huîtres. Ottawa soutient enfin que les lignées dites résistantes ne sont pas génétiquement modifiées, mais plutôt issues de plusieurs générations de sélection naturelle et de reproduction contrôlée.
Ce qui reste à préciser :
Le gouvernement fédéraln’a toujours pas indiqué quand les programmes entreront officiellement en vigueur ni quels pêcheurs ou producteurs seront admissibles. Plusieurs détails entourant l’application réelle des mesures restent toutefois à préciser.
Bien qu’il salue cette première annonce, le chef du NPD de l’Île et gestionnaire dans le secteur de la transformation des produits coquilliers, Thomas Burleigh, estime que certains aspects du plan demeurent beaucoup trop vagues.
«Le gouvernement fédéral arrive très tard avec cette aide et ce n’est toujours pas suffisant pour assurer la relance de cette industrie vitale», affirme-t-il.
Il soutient également que le programme de rachat de permis soulève de nombreuses inquiétudes chez les pêcheurs d’huîtres sauvages.
«Bien des gens ont l’impression qu’on leur dit : prenez un peu d’argent, abandonnez vos permis et passez à autre chose. Mais plusieurs veulent encore faire partie de l’industrie et aider à la rebâtir», explique-t-il.
Des questions persistent aussi concernant l’approvisionnement en naissain résistant, les coûts d’importation, la capacité des écloseries locales ainsi que la possibilité pour l’Île de développer éventuellement ses propres lignées adaptées à ses eaux.

Joanne Thompson, ministre fédérale des Pêches, a participé à l’annonce du plan d’aide fédéral dévoilé le 8 mai dernier pour soutenir l’industrie ostréicole de l’ÎPÉ. Elle supervise notamment les volets touchant les pêcheurs d’huîtres sauvages, incluant le programme volontaire de rachat de permis proposé par le fédéral dans le contexte de la crise du MSX et du Dermo. (Photo : Courtoisie)