Patineuse artistique depuis l'âge de quatre ans, ancienne concurrente de Survivor Québec et maintenant journaliste communautaire à l'émission Le Réveil ÎPÉ, diffusée sur les ondes de Radio-Canada, Kelly-Ann Peterson mène de front plusieurs vies. Dans une entrevue accordée à La Voix acadienne, elle revient sur son parcours sportif, son passage remarqué à la télévision et son rôle grandissant au sein de la communauté francophone de l'Île.
Tout a commencé par un problème bien simple : Kelly-Ann Peterson ne tenait pas en place. Née à Montréal, elle déménage au Nouveau-Brunswick dès l'âge de deux ans, puis grandit un peu partout dans la province au gré des déplacements liés au patinage. Renvoyée du karaté et du ballet parce qu'elle refusait d'écouter les consignes et préférait tourner seule dans son coin, la petite fille de quatre ans s'est retrouvée sur la glace presque par élimination. Sa mère avait misé juste : sur des patins, impossible d'avancer sans apprendre les bases. Kelly-Ann s'est d'abord mise à courir sur la glace, faute de savoir comment pousser, avant de tomber peu à peu amoureuse du sport.
Vers l'âge de sept ou huit ans, la passion est devenue sérieuse. Les compétitions se sont multipliées, d'abord au Québec, puis un peu partout au pays, alors que sa mère l'envoyait s'entraîner dans d'autres provinces. Parmi ses fiertés : avoir été choisie, enfant, pour ramasser les fleurs lors d'une compétition internationale à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, et avoir décroché une troisième place au championnat de l'Atlantique. Une qualification pour les Jeux du Canada lui a toutefois échappé à la suite d'une blessure.
Cette discipline sportive s'est installée tôt dans sa vie. Dès 11 ans, elle partait seule au Québec pour s'entraîner, apprenant à prendre l'autobus, à se réveiller et à s'organiser sans ses parents. Les sorties entre amis ont cédé la place aux heures passées à l'aréna. « Un enfant occupé, c'est un enfant loin des problèmes », aimait répéter sa mère.
Survivor Québec : un plongeon dans l'inconnu
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce n'est pas Kelly-Ann qui a posé sa candidature pour Survivor Québec, mais sa mère, qui rêvait elle même de participer à ce genre d'émissions mais que des problèmes de santé l'empêchaient d'y aller. Résultat surprenant : la jeune femme, qui n'avait jamais regardé l'émission de sa vie a été sélectionnée parmi une avalanche de candidatures.
L'expérience s'est avérée exigeante, autant physiquement que mentalement. La saison, plus courte que les précédentes avec seulement 18 concurrents, imposait un rythme rapide dès les premières heures. Ce qui inquiétait le plus Kelly-Ann n'était pas l'effort physique, mais son anxiété de performance, un défi qui l'avait déjà limitée dans son parcours sportif et scolaire. Le premier défi du jeu, où les participants ont été réveillés en pleine nuit sans savoir ce qui les attendait, reste un souvenir marquant : malgré la confusion, son groupe a rapidement appris à travailler en équipe.
Avec le recul, Kelly-Ann affirme que Survivor l'a transformée. « J'étais capable de rester dans le moment présent », dit-elle, plutôt que de se laisser envahir par le stress comme auparavant. Après le tournage, elle a d'ailleurs voulu se remettre à la compétition en patinage artistique pour vérifier si ce changement était bien réel, et le constat a été concluant.
Une nouvelle voix pour la communauté francophone
Depuis son retour de l'aventure télévisée, Kelly-Ann a réalisé un rêve de longue date en se joignant au Réveil ÎPÉ à titre de journaliste communautaire et culturelle. Son rôle : donner une voix aux francophones de l'Île-du-Prince-Édouard, qu'il s'agisse de mettre en lumière des associations, des événements ou des parcours inspirants, comme celui d'une athlète francophone ayant participé aux Jeux olympiques spéciaux du Canada.
Encore nouvelle dans la province, elle continue d'apprivoiser les gens et les enjeux qui façonnent la communauté. Elle souhaite poursuivre une série de rencontres informelles dans des cafés locaux, où les gens peuvent partager leurs expériences, notamment sur l'évolution du rapport au français à l'Île au fil des décennies. Elle espère aussi se lancer dans de petites enquêtes journalistiques.
Côté patinage, Kelly-Ann vise maintenant les championnats nationaux dans la catégorie sénior, la plus élevée du sport, sous les couleurs de l'Île-du- Prince-Édouard, une première si elle réussit. Elle garde également un oeil sur la cause de l'alopécie, qui l'a marquée depuis l'enfance, et cherche à offrir des cours de patinage artistique adaptés aux jeunes ayant des besoins particuliers, en collaboration avec les Jeux olympiques spéciaux.

Kelly-Ann Peterson en pleine performance de patinage artistique.
Quant à son avenir professionnel, elle voit encore grand : « J'aimerais éventuellement faire de la télé avec Radio-Canada. » Entre la glace, les plateaux de télévision et le micro du Réveil ÎPÉ, Kelly-Ann Peterson n'a pas fini de faire parler d'elle.