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21 Février 2026 Par Eric Bergeron
Photo : Eric Bergeron

À l’aréna du Credit Union Place de Summeside, Amand Bernard enfile encore ses jambières chaque semaine. À 87 ans, le gardien de but n’a pas rangé ses patins. Il joue, comme il l’a toujours fait, par habitude, par plaisir, et pour rester en forme.

C’est dans le vestiaire numéro 9, au fond d’un corridor au prélart usé par des années de patins, qu’Amand enfile son nouveau jersey. Son coéquipier Jean Gascon le lui tend en expliquant qu’une couturière de Kensington l’a agrandi pour mieux accommoder son équipement de gardien. Amand l’enfile, bouge les épaules, puis sourit en testant la souplesse du chandail.

«Ça fait des années que je porte mon vieux jersey aux couleurs des Leafs Heureusement qu’ils m’en ont trouvé un avec le même logo. C’est pas à mon âge que je vais changer d’équipe favorite», dit-il.

Les copains se sont cotisés pour remplacer l’équipement d’Amand devenu, avec le temps, un peu usé à force d’arrêter les rondelles. Son casque a été repeint récemment et l’intérieur a été complètement refait. «Quand j’ai commencé à jouer, raconte-t-il, je n’avais pas de masque. On m’en avait offert un, c’était en 1959 ou 1960, mais le plastique me faisait trop suer. La transpiration me coulait dans les yeux, ça m’aveuglait.» Il en garde encore une cicatrice à la tête, souvenir d’une rondelle arrêtée au bon endroit. «J’ai fait ma job», dit-il simplement.

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On arrête bientôt?

À savoir s’il compte s’arrêter un jour, Amand réfléchit une seconde, brasse la tête et, d’un air taquin, explique qu’il va terminer la saison, puis on verra après. À l’entendre, ce ne serait pas la première fois qu’il décide de jouer encore une autre année. Juste une. «Je joue encore à chaque semaine. Tant que le corps suit, j’en profite.» Don Thompson, un coéquipier de longue date ajoute «Tirer contre Amand, ce n’est jamais facile, il faut attendre qu’il ferme les yeux pour avoir une chance de compter. »

Les rires éclatent dans le vestiaire alors que l’équipe se lève et se dirige vers la glace.

Tous s’entendent pour dire qu’Amand déborde d’énergie et qu’ils espèrent eux aussi pouvoir rester actifs aussi longtemps. «Je suis le plus vieux du groupe, alors les gars me taquinent un peu, mais je suis encore là», glisse Amand.

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Allez on bûche!

Cette énergie, Amand ne la doit pas qu’au hockey. Il explique qu’une fois la saison terminée, il ne reste pas assis. «Quand la saison de hockey finit, je travaille le bois. Je coupe, je fends, je fais des bûches. J’en vends aussi à des clients. Ça me tient occupé et ça me garde en forme. Depuis que je suis à la retraite, c’est ça que je fais. Quand je travaille dehors, je rentre à la maison fatigué, mais content.»

Aujourd’hui, la ligue dans laquelle il évolue est réservéeaux 55 ans et plus. L’ancienne dans laquelle il jouait jusqu’à récemment devenait trop rapide à son goût, et les joueurs jouaient un peu trop du coude.

«Ça me rappelle mes débuts à Mont-Carmel, dans l’ancienne grange. Il faisait froid et on jouait dur. La glace n’était pas toujours belle, mais on s’en occupait du mieux qu’on pouvait. C’était une autre époque. On ne se plaignait pas. On voulait juste jouer. Ça m’a appris à aimer le hockey pour vrai. Aujourd’hui, c’est différent. Les arénas sont beaux et bien équipés. Avant, c’était plus simple. »

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Sur la glace

C’est justement un Amand bien équipé qui monte sur la glace. Son nouveau bâton Sherwood, acheté en Ontario par l’équipe, et sa protection au cou qu’il a inaugurée la semaine dernière, lui donnent un nouvel élan.

Il prend la mesure du but derrière lui. Il patine de gauche à droite, vérifie du coin de l’œil les poteaux, comme pour s’assurer que les dimensions du filet sont bien ancrées dans sa mémoire. Après 65 années passées devant le but, Amand démontre une rigueur intacte.

Les premières envolées de l’équipe adverse ne tardent pas. Le premier tir est repoussé sans difficulté du bout du bâton. Le Sherwood, semblable à ceux qu’utilisait autrefois Ken Dryden, résonne comme un rappel d’une époque où le bois régnait encore sur la glace.

Amand n’hésite pas à plonger sur une rondelle vacillante pour arrêter le jeu. Les coéquipiers sourient en le voyant se jeter au sol, comme le jeune homme qu’il était à l’époque de la vieille grange.

Le jeu reprend à sa droite. Amand tape son bâton sur la glace. Prêt pour la prochaine échappée.

On verra plus tard ce qu’il lui restera comme énergie au retour à la maison. La pile de bûches peut sans doute attendre à demain avant d’êtrefendue.

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