Le 14 mai dernier, le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard a adopté une loi émanant du Parti vert pour augmenter les mesures pour protéger les élèves contre des inconduites sexuelles. «On a des protections… on ne dit jamais que c’est assez», dit Ghislain Bernard, directeur général de la Commission scolaire de langue française.
«Cette histoire a shaké notre monde… comment un prédateur a pu entrer dans le système. On a des protections, on ne dit jamais que c’est assez», dit Ghislain Bernard, à partir de son bureau dans l’édifice Holman à Summerside.
À l’origine de cette histoire qui a «shaké» le monde de l’éducation, il y a Matthew Craswell, un enseignant suppléant qui travaillait à la Public School Branch en 2024. En avril 2025, l’homme de 40 ans a plaidé coupable à des accusations en lien avec de la pornographie juvénile ainsi qu’aux accusations à la suite d’incidents de nature sexuelle survenus au printemps 2024 alors qu’il était suppléant à l’école Glen Stewart à Stratford.
«Dieu merci, on n’a jamais eu d’incidents comme cela dans nos écoles, mais ça a tout de même montré de grandes lacunes dans notre mur de protection. Il y a un trou dedans et on doit boucher ce trou», dit le directeur général de la CSLF.
Au fil de l’enquête sur l’accusé Craswell, il a été découvert qu’il avait un dossier peu recommandable en Corée du Sud, où il avait enseigné.
«On vérifie les antécédents judiciaires de toutes les personnes qu’on embauche, mais ça se limite aux incidents documentés en sol canadien. Cette situation nous montre qu’il y a une lacune là. On devra changer nos processus d’embauche.»
Pour le père de famille qui a grandi dans une région rurale où tout le monde connaissait tout le monde, c’était normal de connaître les enseignants et enseignantes et toute leur famille. «Ça ne marche plus comme cela maintenant. La nouvelle loi nous demande d’élaborer une politique spécifique sur les inconduites sexuelles, comment nous les définissons, et comment nous y répondons. Nous avons des politiques générales sur le maintien d’un environnement sécuritaire, propice à l’apprentissage. Il semble que ça ne suffise pas», admet le directeur général.
Le gouvernement provincial a accordé aux deux commissions scolaires de l’appui pour faire l’analyse de leurs politiques et voir ce qui doit être fait. Le juge à la retraite David H. Jenkins, conduira une analyse des politiques, procédures et processus des deux commissions scolaires ainsi que du ministère de l’Éducation et de la Petite enfance. «On ne nous a pas imposé d’échéancier pour avoir cette politique en place. Tout va dépendre des rapports du juge Jenkins», dit Ghislain Bernard.
Par ailleurs, la loi adoptée le 14 mai impose aux commissions scolaires de déclarer chaque année combien d’incidents de nature sexuelle ont été documentés. «Encore là, tout va dépendre de la définition qu’on donne à l’inconduite sexuelle. On a encore beaucoup de travail à faire. On a déjà fait de nombreuses rencontres et on va continuer. Ce qui complique la situation, c’est que nous sommes régis par des conventions d’emplois et de contrats. Nous devons tenir cela en compte dans nos démarches.»