Éducation
08 octobre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Les 48 élèves et leurs enseignants forment un cœur orange en commémoration des enfants disparus et des survivants des pensionnats autochtones.

Le mercredi 29 septembre, les 48 élèves de l’École Saint-Augustin de Rustico, à l’Île-du-Prince-Édouard, ont participé à une cérémonie commémorative, à la veille de la journée nationale de la vérité et de la réconciliation.  L’établissement scolaire veut absolument sensibiliser les enfants aux questions autochtones. 

«Ça me fait mal au cœur de penser à tout ce qui s’est passé dans ces pensionnats pour Autochtones.  Tout le monde doit savoir ce qui est arrivé là-bas», partage Keira Dionne-Arsenault, en sixième année à l’École Saint-Augustin.  «C’est important de penser à toutes les victimes de ces écoles résidentielles», poursuit Aidan McTague, également en sixième année.  «Leur mémoire doit rester vivante», ajoute Molly McInnis, en cinquième année. 

Les trois jeunes adolescents arborent fièrement leur chandail orange sur lequel est inscrit «chaque enfant compte».  Ces t-shirts sont devenus le symbole de la dépossession de la culture dont ont été victimes les enfants autochtones pendant plusieurs générations.

Le mercredi 29 septembre, Keira, Aidan et Molly faisaient partie des 48 élèves qui ont participé à la cérémonie organisée par l’école française de Rustico, à la veille de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, commémorant l’histoire et les séquelles des pensionnats.  Si cette journée existe depuis 2013, pour la première fois cette année, c’est un jour férié.     

2 min 15 s de silence 

Vers 11 h, les cinquième et sixième années animent une présentation sur les arts de vivre et la culture de la communauté micmaque de l’Î.-P.-É. Élèves et personnel scolaire se rendent ensuite à l’extérieur de l’établissement.  Le drapeau micmac est alors abaissé à mi-hauteur et toutes les personnes présentes observent 2 min 15 s de silence, en référence à la découverte des ossements de 215 enfants enfouis dans des tombes non marquées sur le terrain d’un ancien pensionnat à Kamloops (Colombie-Britannique), le plus grand que le pays ait connu.

Depuis l’an dernier, l’École Saint-Augustin s’attelle à conscientiser les élèves aux questions autochtones.  En classe, ils lisent des livres sur les Premières Nations, regardent des vidéos, et participent à des voyages éducatifs, à Lennox Island notamment. 

«Ça fait partie de nos valeurs, les Acadiens et les Micmacs ont une histoire commune, c’est important que les deux communautés apprennent à se connaître et rebâtissent des liens», explique Julie Gagnon, la directrice adjointe. 

Lutter contre le racisme 

Si ces activités ne font pas encore partie du curriculum officiel du ministère de l’Éducation provincial, «c’est de la pédagogie sociale», insiste celle qui est aussi enseignante de la cinquième et la sixième année.  «Notre but est de développer leur esprit critique», poursuit-elle. 

L’enseignement s’adapte à chaque tranche d’âge : les plus âgés sont chargés d’organiser les cérémonies tandis que les plus petits compatissent à la tristesse d’une jeune autochtone dont le chandail orange a été volé.

Julie Gagnon veut également sensibiliser les parents : «Il y a tant d’années à rattraper, il faut que le cheminement continue au-delà de l’école».  Elle espère que la «graine semée» en chaque enfant donnera de «beaux arbres qui lutteront contre le racisme» à l’âge adulte.  «J’espère qu’ils feront entendre leur voix», souligne-t-elle. 

En attendant, peu avant midi, sur la vaste étendue d’herbe à l’arrière de l’École Saint-Augustin, les 48 élèves et leurs enseignants forment un cœur orange.

Julie Gagnon, directrice adjointe de l’École Saint-Augustin, et Andréa Deveau, directrice générale du Conseil acadien de Rustico (de g. à d.), arborent leur chandail orange avec les drapeaux acadien et micmac, le bâton de parole pour encourager le dialogue, et les plumes qui représentent l’union entre les deux peuples. 

Tous les élèves de l’École Saint-Augustin assistent à la présentation de la cinquième et la sixième année sur la culture micmaque.

Pour Aidan McTague, Keira Dionne-Arsenault et Molly McInnis (de g. à d.), il est très important de rendre hommage aux victimes des pensionnats.  (Photos : Marine Ernoult)

Les 48 élèves et le personnel scolaire observent 2 min 15 s de silence.

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