Communauté
27 Août 2026 Par ERIC BERGERON
Stéphane Blanchard, directeur général du RDÉE Île-du-Prince-Édouard, Dr Christian Lacroix, représentant de l’Île-du-Prince-Édouard au conseil d’administration de RDÉE Canada, Marcia Enman, directrice sortante de La Voix acadienne, Terry Couture, président du conseil d’administration et Raymond Arsenault, gestionnaire de communication du RDÉE Île-du-Prince-Édouard et Gestionnaire de la Chambre de commerce acadienne et francophone de l’ÎPÉ.

Du haut de ses 50 ans, La Voix acadienne a reçu une reconnaissance qui souligne autant le chemin parcouru que sa capacité à traverser les moments difficiles où la survie du journal était loin d’être assurée. Le journal s’est vu remettre, le 19 août, le prix national Lauriers de la PME 2026 dans la catégorie Entreprise d’économie sociale.

La cérémonie, qui a eu lieu dans la grande salle abritant l’exposition consacrée aux 50 ans du journal au Musée acadien de l’Île-du- Prince-Édouard, à Miscouche, a réuni amis, invités, anciens du journal et membres de l’équipe actuelle venus célébrer l’importance qu’a prise ce journal communautaire au sein de la francophonie insulaire.

La candidature de La Voix acadienne avait été soumise par RDÉE Île-du-Prince-Édouard dans le cadre du concours national des Lauriers de la PME, organisé par RDÉE Canada. Quatre candidatures de l’Île avaient été présentées dans différentes catégories. La Voix acadienne est finalement devenue l’une des huit organisations récompensées cette année à l’échelle nationale.

« Ce journal, c’est la voix de notre peuple. Il reflète notre communauté acadienne et francophone de l’Île », a souligné Stéphane Blanchard, directeur général de RDÉE Île-du-Prince-Édouard.

Une survie jamais acquise

Il a également décrit le journal comme une « archive vivante » de la francophonie et de l’identité acadienne de la province, rappelant que sa longévité n’a toutefois jamais été acquise. La disparition d’une grande partie des revenus publicitaires provenant notamment des concessionnaires automo- biles et des gouvernements a obligé l’organisation à trouver de nouvelles façons d’assurer sa survie.

La directrice générale de La Voix acadienne, Marcia Enman, a rappelé que ces années difficiles avaient aussi forcé l’organisation à se réinventer, notamment par la création de projets et la production de publications permettant de diversifier ses sources de revenus.

« On a dû trouver d’autres façons. Et ça nous a forcés à être créatifs », a-t-elle expliqué.

Le travail d’une équipe

Pour elle, le prix reçu mercredi soir appartient toutefois à l’ensemble des personnes qui ont permis au journal de poursuivre son travail au fil des décennies.

« Quand on reçoit un prix, on ne reçoit pas le prix Marcia Enman, on reçoit un prix pour l’équipe, pour l’ensemble du travail de l’équipe », a-t-elle dit à la salle qui a apprécié son sens de l’humour bien connu.

Les contributions à long terme des membres de cette équipe en témoignent. Alexandre Roy signe la mise en page du journal depuis sa sortie de l’université, il y a maintenant 25 ans. Jacinthe Laforest, qui en assurait la rédaction en plus de son travail de journaliste, a pris sa retraite l’an dernier après une carrière de 37 ans. Et après de modestes débuts à vendre des abonnements à bicyclette, de porte en porte, Marcia Enman tirera à son tour sa révérence en septembre, après 48 ans de dévouement à La Voix acadienne.

« Une mini-déportation »

Le président du conseil d’administration, Terry Couture, a pour sa part ramené la survie du journal à une question plus large, celle de la transmission de l’identité acadienne. Il a raconté une phrase que répétait sa grand-mère, originaire de l’île de Lamèque, au Nouveau- Brunswick : « Faut pas que ça soit une autre déportation. »

Une phrase dont le sens lui est apparu avec les années. Pour sa grand-mère, chaque fois qu’une personne francophone ou acadienne cessait de s’identifier comme telle, il s’agissait en quelque sorte d’une « minidéportation ».

C’est dans cet esprit qu’il voit aujourd’hui le rôle de La Voix acadienne et l’importance de préserver un journal qui raconte et l’importance de préserver un journal qui raconte la communauté dans sa propre langue.

« Il ne faudrait absolument pas que le journal disparaisse parce que ça serait, selon moi, les yeux, le coeur et le cerveau de notre communauté acadienne et francophone qui finiraient par disparaître. »

Terry Couture a également rappelé que cette responsabilité ne repose pas uniquement sur les épaules de l’équipe du journal. « Vous êtes tous les ambassadeurs de La Voix acadienne », a-t-il lancé aux personnes réunies, les invitant autant à célébrer ses réussites qu’à assurer son avenir.

Une place dans la vie des lecteurs

Plusieurs personnes présetes ont d’ailleurs profité de la soirée pour témoigner spontanément de la place qu’a occupée le journal dans leur propre vie. Elva Arsenault a raconté avoir longtemps utilisé ses pages en classe pour enrichir le vocabulaire français de ses élèves. Pendant la pandémie, elle demandait également à une personne qui souhaitait améliorer son français de lire chaque semaine un article de La Voix acadienne.

L’historien Georges Arsenault a pour sa part rappelé les pionniers qui ont jeté les bases du journal dans les années 1970, avant d’évoquer sa propre collaboration à ses pages, notamment avec ses chroniques Images du passé et On m’a raconté.

2. La Voix acadienne

Réunis au milieu des souvenirs, photographies et anciennes éditions retraçant un demi-siècle de La Voix acadienne, les invités écoutent Stéphane Blanchard, directeur général du RDÉE Île-du- Prince-Édouard, lors de la cérémonie. La soirée avait des airs de retrouvailles pour plusieurs anciens employés et collaborateurs du journal. (Photo : Eric Bergeron)

Des souvenirs personnels aux archives conservées depuis maintenant un demi-siècle, les témoignages entendus mercredi soir ont ainsi rappelé que La Voix acadienne n’a pas seulement raconté la communauté pendant 50 ans. Pour plusieurs générations de lecteurs, elle en est devenue une partie.

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