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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Femmes des premières lignes

Le 27 mai 2020

- Par Marine Ernoult

 

NDLR : Actions Femmes Î.-P.-É., vous présente les chroniques «Femmes des premières lignes», des portraits de femmes qui occupent des emplois essentiels pendant la pandémie.  Des chroniques pour mettre des visages sur ces métiers de l’ombre, bien souvent peu reconnus, parfois même très précaires et principalement occupés par des femmes.  En donnant la parole à ces travailleuses, nous souhaitons valoriser ces métiers afin d’apporter un peu plus de reconnaissance à ces femmes essentielles, que ce soit pendant la pandémie ou en temps normal.

 

Jenny Melanson fait partie des cinq traductrices de la province qui se cachent derrière les communiqués de presse et les pages internet sur la COVID-19 en français.  Un métier de l’ombre grâce auquel la communauté acadienne et francophone peut avoir accès aux informations essentielles dans sa langue maternelle.

 

Derrière son ordinateur, Jenny Melanson s’immerge dans les mots entre sept et huit heures par jour.  Depuis le début de la pandémie, elle traduit sans relâche les communiqués de presse du gouvernement et les pages du site internet de la province consacrées à la COVID-19.  Quotidiennement, elle traduit environ mille mots de l’anglais vers le français.  «Mais ce nombre peut doubler si les demandes urgentes se multiplient, ajoute Jenny Melanson, chargée habituellement de traduire le guide touristique de l’Île.  Ça peut être un seul document ou des dizaines de petites demandes». 

 

Les deux premières semaines de la crise, hors de question d’éteindre son ordinateur et de penser à autre chose.  «La transition a été difficile, les choses ont changé tellement vite, il m’arrivait de travailler jusqu’à 23 h», raconte la trentenaire.  Elle doit également assurer les permanences en fin de semaine, à tour de rôle avec ses quatre autres collègues.  En avril, le service de traduction a traité 43 communiqués.

 

Mot à mot, phrase à phrase

 

Chaque matin, dès 7 h 30, la traductrice pèse le moindre terme, s’attache à la moindre lettre.  Elle passe au crible toutes les phrases, les combine, les construit, les corrige pour restituer le ton, le sens des messages officiels.  Le défi, c’est le lexique, la terminologie.  «Il faut savoir quel est le bon terme à employer, savoir si on dit “éloignement” ou “distanciation” physique, “le” ou “la” COVID-19», explique Jenny Melanson, en discussion constante avec les autres traductrices.  Un travail de patience et de précision qu’elle effectue depuis onze ans au sein des services provinciaux de l’Î.-P.-É. 

 

«C’est une passion, une vocation même, j’adore jouer avec les mots», confie la jeune femme qui a toujours baigné dans les deux langues.  Originaire d’une famille acadienne du Nouveau-Brunswick, elle a eu son baccalauréat en traduction à l’Université francophone de Moncton.  «Dès le premier cours, j’ai su que c’était pour moi, j’ai eu le déclic», se souvient-elle dans un sourire.  Au fil des années, Jenny Melanson a développé une méthodologie très précise : traduction le matin, révision, relecture et correction l’après-midi.  «On applique ce processus même en temps de crise, détaille-t-elle.  Il faut que la traduction reste fidèle, soit de qualité».

 

«Lourde responsabilité» 

 

Aux yeux de Jenny Melanson, le métier de traductrice est plus que jamais essentiel en cette période de COVID-19.  «Cela rassure la communauté acadienne et francophone d’avoir des informations bien traduites dans sa langue maternelle pour connaître exactement la situation, savoir quoi faire, insiste la traductrice.  C’est d’autant plus important que si quelqu’un ne comprend pas certaines choses comme l’éloignement physique, ça peut avoir des conséquences graves.» Avant d’ajouter : «La traduction peut sauver des vies».  Elle parle notamment des aspects médicaux, juridiques et a bien conscience de la «lourde responsabilité» qui lui incombe. 

 

Elle évoque aussi le stress, la fatigue des débuts.  Avec son mari, employé à Santé Î.-P.-É., la jeune femme a dû s’adapter à une «nouvelle routine confinée» de travail à la maison.  Le couple a réussi à s’accorder sur la répartition des tâches ménagères, entre la préparation des repas, la vaisselle et le ménage.  «Nous n’avons pas d’enfant donc c’est plus facile», reconnaît Jenny Melanson qui essaye de passer le plus de temps possible à l’extérieur, «pour se changer les idées». 

 

Alors que l’Île se déconfine doucement, un lent retour à la normale s’amorce.  «Les demandes diminuent progressivement et on va plus vite, on devient expertes dans le domaine, les mêmes mots, les mêmes directives reviennent», affirme Jenny Melanson. 

 

 

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