Société
17 Septembre 2026 Par Eric Bergeron – La Voix acadienne – IJL – ATL
Emmanuelle Billaux, directrice générale d’Actions Femmes ÎPÉ, estime que le partenariat avec le COPA permet à son organisme de s’appuyer sur une expertise spécialisée auprès des jeunes, tout en mettant à profit sa propre connaissance du milieu insulaire et des ressources locales. (Photo : Eric Bergeron)

Le programme Construire des ponts permet à Actions Femmes ÎPÉ d’aborder la prévention de la violence directement auprès des élèves de 7e et 8e année, un public qui se situe normalement hors de son champ d’intervention. Pour sa directrice générale, Emmanuelle Billaux, le partenariat avec le Centre d’orientation de prévention des agressions (COPA) apporte une expertise essentielle pour parler de sujets délicats avec les jeunes.

Actions Femmes travaille principalement auprès des femmes et des personnes qui s’identifient comme femmes. Intervenir auprès d’enfants exige une autre expertise, reconnaît Emmanuelle Billaux.

« Chez Actions Femmes, nous ne sommes pas spécialistes de l’intervention auprès des enfants. Travailler avec les jeunes en milieu scolaire demande une expertise que nous n’avons pas. »

C’est là que le COPA entre en jeu. L’organisme se spécialise dans la prévention de la violence, de l’intimidation et des agressions auprès des enfants.

« Ce sont des sujets difficiles à aborder avec des adultes, et encore davantage avec des enfants. Nous n’aurions pas pu le faire sans l’expertise du COPA. »

De son côté, Actions Femmes apporte sa connaissance du terrain insulaire : les contacts avec la Commission scolaire de langue française, le gouvernement et les centres communautaires, les ressources vers lesquelles diriger un jeune après une intervention.

« C’est une belle complémentarité. Le COPA apporte son expertise de l’animation en milieu scolaire, tandis qu’Actions Femmes apporte sa connaissance du terrain à l’Île-du- Prince-Édouard. »

Donner des outils aux jeunes

Construire des ponts utilise notamment les discussions, les mises en situation et les jeux de rôle pour aborder la prévention de la violence et le consentement. Les rencontres se déroulent autant que possible en cercle et parfois hors de la salle de classe. Les enseignants peuvent y assister, mais sont invités à demeurer observateurs.

« On cherche à créer un espace différent du cadre scolaire habituel, où les jeunes se sentent plus libres de discuter. »

L’intervention ne s’arrête toutefois pas lorsque le COPA quitte l’école. Une personne de confiance est donc identifiée dans chaque école afin que les jeunes sachent vers qui se tourner.

Les deux côtés d’une petite communauté

Cette continuité prend une dimension particulière dans le réseau francophone insulaire.

« Ce qui est particulier à l’Île, c’est qu’on se connaît tous. Ça peut être une force comme un désavantage. Un jeune peut trouver un adulte de confiance en 7e année et garder cette personne dans son entourage jusqu’à la fin de ses études. Il sait qu’elle sera là et qu’il pourra se tourner vers elle au besoin. »

Mais les mêmes liens peuvent devenir un désavantage lorsqu’un jeune subit de l’intimidation.

« Les élèves vont aussi te suivre jusqu’en 12e année. Les problèmes peuvent être plus gros et durer plus longtemps parce qu’on ne change pas d’école et on ne change pas d’élèves. »

Dans certains cas, dit-elle, des jeunes francophones choisissent le réseau anglophone afin de pouvoir repartir dans un autre milieu.

Peu importe qui le porte

Actions Femmes souhaite avant tout que Construire des ponts se poursuive, peu importe l’organisme qui en assurera éventuellement la responsabilité. Le programme pourrait continuer avec Actions Femmes, être porté par le COPA ou par un autre organisme insulaire, comme la Jeunesse acadienne et francophone de l’Î.-P.-É. (JAFLIPE), ou encore être intégré par la Commission scolaire, explique Emmanuelle Billaux.

« Ce qui compte, c’est que le programme demeure en place longtemps, que les jeunes aient accès à quelqu’un avec qui parler de ces notions et qu’ils sachent vers qui se tourner par la suite s’il y a un problème. »

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