Depuis le 1er avril, les consommateurs de l'Île-du-Prince-Édouard récupèrent désormais la totalité de la consigne versée lorsqu'ils rapportent leurs contenants à boisson vides. En ont-ils pour autant plus dans leurs poches?
Trois mois après l'entrée en vigueur du nouveau programme, La Voix acadienne a voulu comprendre ce qui a réellement changé : qui finance désormais le système, qui en assume la gestion et ce que représente concrètement le remboursement intégral de la consigne.
Nouvelle approche
« Après que l'Île-du-Prince-Édouard eut observé la transition vers la responsabilité élargie des producteurs au Nouveau-Brunswick, le gouvernement s'est intéressé à ce modèle. Ce qui a changé le 1er avril, c'est qu'on est passé d'un système où les gens recevaient seulement la moitié de leur consigne à un système où ils en reçoivent maintenant la totalité », explique Sheila Lagacé, directrice du marketing et des communications chez Encorp Atlantique.

Sheila Lagacé, directrice du marketing et des communications d’Encorp Atlantique, affirme que le nouveau programme de responsabilité élargie des producteurs vise à accroître la récupération des contenants à boisson tout en transférant aux producteurs la responsabilité de leur recyclage. (Photo : Courtoisie)
Le nouveau programme transfère aux producteurs, fabricants et distributeurs la responsabilité financière et opérationnelle de la récupération et du recyclage des contenants. Ceux-ci ont confié la gestion du système à Encorp Atlantique, un organisme à but non lucratif basé à Moncton.
Des concurrents à la même table Encorp Atlantique relève d'un conseil d'administration composé de représentants de l'industrie des boissons. Interrogée sur les risques de conflits d'intérêts, Sheila Lagacé affirme que les décisions courantes sont prises par une équipe de direction provenant de divers horizons professionnels.
« De mon expérience personnelle, je n'ai jamais vu des discussions tourner autour de ce qui serait mieux pour un producteur ou pour un autre. Tout le monde est engagé envers la même mission », affirme-t-elle.
Nouveaux frais
Si les consommateurs récupèrent désormais la totalité de leur consigne, le nouveau système prévoit aussi des frais de recyclage assumés par les producteurs. Ces frais varient selon le matériau utilisé et peuvent être absorbés par les entreprises ou apparaître séparément sur les reçus.
« Les frais de recyclage sont différents parce que chaque matériau entraîne des coûts différents de transport et de transformation. Ils vont varier de zéro à dix cents selon le type de matériau », explique Sheila Lagacé.
Lorsque La Voix acadienne lui demande si le consommateur sort réellement gagnant de ce nouvel arrangement, elle soutient que les frais demeurent généralement modestes.
« Pour la plupart des matériaux, les frais de recyclage ne sont pas plus que deux ou trois cents.
Malgré ça, en bout de ligne, le consommateur va recevoir plus qu'il recevait avant. »
Un lancement marqué par l'engouement Selon Sheila Lagacé, Encorp Atlantique s'attendait à une hausse importante des retours dès l'entrée en vigueur du programme.
« On savait que les gens gardaient leurs récipients parce qu'ils savaient que la pleine consigne s'en venait », explique-t-elle.
Les centres de remboursement avaient été préparés à cet afflux. Selon les données de l'organisme, environ 2,5 millions de contenants ont été retournés chaque semaine durant le mois d'avril, comparativement à 1,42 million lors de la dernière semaine de mars. Les volumes se sont ensuite graduellement stabilisés vers la mi-mai.
Et maintenant?
Encorp Atlantique mise maintenant sur la sensibilisation du public et l'amélioration du réseau existant. Une campagne d'information estivale est en cours, tandis que l'organisme poursuit son travail avec les centres de remboursement de l'Île.
À l'automne, Encorp Atlantique prévoit également de déployer son programme « Héros du recyclage » dans les écoles insulaires. Déjà implantée dans 105 écoles du Nouveau-Brunswick, l'initiative aurait permis de recycler plus d'un million de contenants au cours de la dernière année scolaire.
Trois mois après son lancement, la nouvelle consigne semble avoir trouvé son public. Les centres de remboursement ont vu affluer les contenants et les producteurs se retrouvent désormais au coeur du système. Reste à voir si les consommateurs auront, eux aussi, le sentiment d'y trouver leur compte.