De retour à l’Île-du-Prince-Édouard à la fin mai, le COPA national, organisme de prévention de la violence et des agressions chez les jeunes, poursuit sa mission. Rencontre avec sa directrice, Marie-Claude Rioux.
Née au Nouveau-Brunswick et ayant grandi en Nouvelle-Écosse, Marie-Claude Rioux a d’abord été enseignante, tant dans le réseau public qu’à la Défense nationale. Elle s’est ensuite engagée dans la défense des services en français, avant de prendre la direction de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, poste qu’elle a occupé pendant une dizaine d’années.
«Moi, je suis une fille de mandat. Ce qui m’allume, ce sont des causes. Et la plus belle cause pour moi, c’est la prévention des agressions à l’endroit des enfants», souligne Marie-Claude Rioux
L’impact de l’intimidation se fait sentir tout au long de la vie des victimes, explique la directrice. Cette forme de violence, souvent mal comprise, est à l’origine de plusieurs enjeux
sociaux — dépendance, violence, troubles de comportement.
«Pour plusieurs, ça atteint leur estime de soi, et ça influence des choix de vie qu’ils n’auraient peut-être pas faits autrement. Ça peut créer des personnes qui ont toujours peur d’aller de l’avant. »
En revanche, souligne-t-elle, les gestes de violence sont aussi des cris à l’aide, posés par des personnes qui n’ont pas d’autres moyens d’exprimer ce qu’elles vivent.
Ne parle pas aux inconnus
«Moi aussi, comme parent, j’ai déjà dit à mon enfant : “Tu ne parles pas aux inconnus.” Mais ça, c’est l’erreur numéro un.
Car la très grande majorité des agressions sont commises par des personnes que l’on connaît. On parle de 75 % et plus.
Quand on dit aux enfants de se méfier des inconnus, ça crée de la peur, de la gêne, et ça leur donne l’impression que c’est leur faute s’il leur arrive quelque chose. Alors qu’en réalité, ce n’est jamais la faute de la personne qui subit. C’est 100 % la responsabilité de la personne qui choisit de poser le geste. »
Les trois droits
La sécurité, la force et la liberté sont au cœur de l’enseignement du Centre d’orientation de prévention des agressions. Parmi les jeux de rôle proposés, celui d’une enfant qui ne souhaite pas «donner un bisou» à son oncle revient souvent.
Les jeunes comprennent rapidement que l’enfant ne se sent pas en sécurité, qu’elle ne se sent pas forte et qu’elle ne se sent pas libre.
«Quand ces trois éléments ne sont pas là, on est en situation d’agression. Déjà là, les jeunes comprennent que ce n’est pas acceptable, et surtout que ce n’est pas de leur faute. »
Stratégies et consentement
L’affirmation, dire non et dire «arrête» comptent parmi les outils enseignés par le COPA. Se retirer de la situation et aller chercher l’appui d’un adulte de confiance font aussi partie des stratégies mises de l’avant. L’objectif n’est pas de répondre à la violence par la violence, mais plutôt de s’affirmer et de se protéger. Les jeunes apprennent également qu’ils ne sont pas seuls et que des témoins ou des adultes peuvent intervenir pour leur venir en aide.
Marie-Claude Rioux insiste aussi sur la notion de consentement, qu’elle résume autour des «trois oui» : un oui authentique, un oui informé et un oui libre. Une définition qui, dit-elle, fait souvent réagir et ouvre des discussions.
«On entend encore des réflexions du genre : “Oui, mais c’est ma femme…”», raconte-t-elle. «Et là, il y a un déclic. Les gens réalisent qu’ils n’avaient pas compris ça comme ça.»
Déploiement à l’Île
De retour à l’Île-du-Prince-Édouard à la fin mai, le COPA entend poursuivre son travail en misant cette fois sur une nouvelle cohorte de jeunes adultes.
«On va former des étudiants universitaires et collégiaux pour donner les ateliers. Ils sont plus disponibles, et ça peut même être crédité dans leur parcours», explique Marie-Clau-de Rioux.
Ces ateliers seront offerts dans les écoles, notamment auprès des élèves de 7e et 8e année, avec une approche structurée en plusieurs rencontres. L’organisme travaille en collaboration avec des partenaires locaux, dont Actions Femmes ÎPÉ, afin d’adapter ses interventions à la réalité de l’Île.
Malgré les avancées, la directrice ne cache pas une certaine frustration face à l’ampleur persistante du problème.
«Les statistiques sont encore extrêmement alarmantes. La violence est partout — dans les familles, sur les réseaux sociaux, dans les relations. »
Elle insiste toutefois sur l’importance de poursuivre le travail de prévention, même si les résultats ne sont pas toujours visibles à court terme.
«Quand on part, c’est comme si on leur avait donné un trousseau de clés. Après, c’est à eux de s’en servir.»
À ses yeux, le travail est loin d’être terminé. «L’éducation, ça ne finit jamais.»
