À l’occasion du Jour de la Terre, l’Office national du film du Canada met de l’avant une programmation en ligne. La chaîne « Zoom sur notre planète » rassemble des œuvres documentaires parmi les plus intéressantes de la collection portant sur l’environnement.
La Voix acadienne s’est entretenue avec Marc St-Pierre. Conservateur de collection à l’Office national du film du Canada, il se décrit lui-même comme «une mémoire» de l’institution. À l’ONF depuis 1998, il est responsable de la préservation, de la mise en valeur et du contexte des œuvres. Il veille aujourd’hui à faire vivre un catalogue de plus de 14 000 films.
De quoi s’agit-il ?
La chaîne «Zoom sur notre planète», c’est d’abord une tentative de rassembler des films qui abordent l’environnement sous différents angles, tout en conservant une certaine diversité. On y trouve autant de l’animation que du documentaire, des formats courts et des longs métrages, ainsi que des œuvres issues de différentes régions et époques. «L’idée, c’est de créer un ensemble qui reflète à la fois la richesse de la collection et la complexité des enjeux», soutient le conservateur.
En consultant cette sélection, un constat s’impose. Plusieurs films plus anciens demeurent d’une étonnante actualité. Des œuvres datant d’une vingtaine, voire d’une trentaine d’années abordent encore les mêmes problématiques. «Ça montre que ce sont des questions qui durent dans le temps, et que ça vaut la peine de les remettre en circulation. »
Évolution du discours sur l’environnement
Si l’on observe l’évolution des films environnementaux, différentes phases se présentent. Au début des années 1990 et jusqu’au début des années 2000, il était surtout question de constats.
«On montrait les problèmes, on tirait la sonnette d’alarme», explique Marc St-Pierre. «Depuis, le regard a changé. L’approche est devenue plus réfléchie, parfois même philosophique. La question se pose autrement : que faire maintenant? Comment vivre avec des transformations déjà en cours? »
Dans ce contexte, on voit apparaître des œuvres qui proposent des pistes plus concrètes, des façons de composer avec les changements, mais aussi des réflexions plus profondes sur notre rapport au monde. Il n’est plus seulement question d’observer ou de dénoncer.
«On entre dans une logique de réinvention. Certains films partent du principe que nous avons déjà dépassé un point de non-retour. Qu’il faut désormais apprendre à vivre autrement. Et pour y arriver, il devient nécessaire de repenser en profondeur notre manière d’habiter le monde.»
Espoir et urgence
Le discours environnemental, lui aussi, a changé de ton au fil des années. L’urgence, longtemps martelée, semble aujourd’hui s’être essoufflée.
«On en parle depuis si longtemps de l’urgence qu’elle s’est un peu banalisée. Les gens se sont fatigués de ce discours-là, de se faire dire constamment que tout va mal et que tout repose sur eux. Ça ne fonctionne plus de la même façon », observe Marc St-Pierre.
Face à ce constat, une autre façon de faire prend forme. Moins accusatrice, elle invite à réfléchir autrement. « Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est un besoin de renouveler le discours. Les films participent à ça. Ils cherchent d’autres façons d’aborder ces enjeux, de susciter une réflexion différente. »
À voir
Cet espoir se retrouve aussi dans certaines œuvres plus ancrées dans le territoire, notamment celles liées aux réalités insulaires et acadiennes. Marc St-Pierre souligne d’ailleurs la force évocatrice du film «L’Île verte», tourné à l’Île-du-Prince-Édouard, qu’il décrit comme une œuvre à la fois sensible et immersive.
«C’est un film vraiment magnifique, autant visuellement que dans sa narration. Il y a une dimension presque poétique qui fait qu’on le ressent autant qu’on le comprend. Ça donne envie de s’ancrer dans ce territoire-là, de revoir notre rapport à ce qu’on consomme, à la manière dont on habite un lieu.»

Le court documentaire «Une île verte» explore l’essor de l’agriculture biologique à l’Île-du-Prince-Édouard et les enjeux liés aux pratiques industrielles, en posant une question simple : et si l’Île devenait entièrement bio.
De son côté, «La dernière batture», tourné au Nouveau-Brunswick, aborde davantage les réalités économiques liées au territoire.
«On est ici dans quelque chose de plus concret, plus rattaché à une industrie, où il est question d’un mode de vie. Ça montre comment l’environnement, ce n’est pas seule-ment un enjeu abstrait, mais c’est aussi une question de travail, de subsistance, de quotidien. Une réalité partagée. »
Ces œuvres, explique Marc St-Pierre, ne se contentent pas de montrer le territoire. Elles cherchent à susciter une réflexion. En partant du quotidien, elles rappellent que nous ne sommes pas de simples spectateurs et que nos gestes ont des conséquences bien réelles. «Ce qui est intéressant avec ces films-là, c’est que, sans pointer du doigt qui que ce soit, certaines prises de conscience se font d’elles-mêmes pendant le visionnement et amènent les gens à réfléchir à leur propre rapport à l’environnement. »
La sélection proposée par l’ONF ne cherche pas à donner des réponses toutes faites, mais plutôt à faire réfléchir. Les façons de voir changent, les approches évoluent, mais les questions, elles, sont toujours là.
La chaîne « Zoom sur notre planète » est accessible gratuitement en ligne : www.onf.ca/chaines/espace_vert/.

La dernière batture suit des travailleurs des côtes du Nouveau-Brunswick et montre une réalité où l’environnement, le travail et la subsistance sont étroitement liés, révélant un mode de vie ancré dans le territoire. (Photos : Courtoisie de l’ONF)