Un webinaire présenté par la Commission des services financiers et des services aux consommateurs du Nouveau-Brunswick (FCNB) a permis de lever le voile sur une réalité préoccupante : les fraudes en ligne sont de plus en plus convaincantes, et tout le monde peut en être victime.
Présentée dans le cadre du Mois de la prévention de la fraude et animée par Marissa Sollows, spécialiste en éducation et prévention financière à la FCNB, la rencontre visait à outiller le public face à des stratagèmes en constante évolution. «La fraude a un nouveau visage. Elle est plus crédible que jamais», résume-t-elle.
La psychologie à l’œuvre
Contrairement à l’image du fraudeur technologique complexe, Mme Sollows insiste : la plupart des arnaques reposent avant tout sur la manipulation. «Ce n’est pas une question de technologie, c’est une question de psychologie. Les fraudeurs veulent vous faire réagir, pas réfléchir.» Aujourd’hui, les messages frauduleux sont souvent difficiles à distinguer des communications légitimes. Courriels soignés, logos officiels, textos convaincants : les signes évidents d’autrefois disparaissent.
À cela s’ajoutent maintenant des outils d’intelligence artificielle capables d’imiter des voix et de créer des images réalistes. «Ce qui rend la fraude particulièrement préoccupante aujourd’hui, c’est la qualité du contenu généré. L’imitation peut être si convaincante qu’il devient extrêmement difficile de distinguer le vrai du faux», explique-t-elle. L’intelligence artificielle, qui s’appuie sur de grandes quantités de données, peut produire des réponses très crédibles.
Hypertrucages et nouvelles techniques
Les fraudeurs exploitent ces outils pour rendre leurs stratagèmes plus efficaces. Les hypertrucages, par exemple, permettent de diffuser de fausses vidéos de personnalités connues faisant la promotion de faux investissements. «Ces vidéos ont l’air authentiques et reposent sur la confiance que les gens accordent à un visage familier», souligne Mme Sollows. Dans certains cas, les fraudeurs prennent même le temps de bâtir une relation avec leur victime avant d’introduire une demande d’argent.
Le clonage vocal représente une autre évolution marquante. La voix d’un proche peut être reproduite avec une facilité déconcertante. Les appels téléphoniques demeurent un moyen de prédilection pour les fraudeurs, et l’utilisation de programmes automatisés permet de mener des conversations crédibles en temps réel, en utilisant la voix d’une personne de confiance. Ces techniques ouvrent la porte à des scénarios particulièrement convaincants, notamment les arnaques sentimentales ou les appels d’urgence familiale.
Le piège des faux investissements
Les faux investissements constituent également un piège courant. «Dans plusieurs cas, les victimes sont dirigées vers des plateformes qui semblent légitimes. Elles voient leur argent croître à l’écran, mais ces gains sont fictifs. On leur demandera ensuite d’envoyer encore plus d’argent pour retirer des profits qui n’existent pas.» Les promesses de rendements rapides et sans risque demeurent un signal d’alarme important. «Si c’est trop beau pour êtrevrai, c’est probablement le cas.»
Malgré l’évolution des technologies, les méthodes des fraudeurs reposent toujours sur les mêmes leviers : l’urgence, la peur et la confiance. Un message annonçant un compte bloqué, un appel d’un proche en détresse ou une offre à durée limitée sont autant de situations conçues pour provoquer une réaction immédiate.
Conseils pratiques pour se protéger
Face à ces risques, les conseils demeurent simples. Ne jamais cliquer sur un lien reçu par message et toujours vérifier l’information auprès de sources officielles. Prendre le temps de réfléchir avant d’agir. «Le meilleur réflexe, c’est de ralentir», insiste Mme Sollows. Elle recommande également de ne jamais partager de mots de passe ou de codes reçus par texto, et de se méfier des demandes de paiement en cartes-cadeaux, en cryptomonnaie ou par virement rapide.
Parler à un proche avant de prendre une décision peut aussi faire toute la différence. «Les fraudeurs essaient de vous isoler. Briser cet isolement, c’est déjà se protéger. »
Que faire en cas de fraude
En cas de fraude, il est essentiel d’agir rapidement : contacter sa banque, changer ses mots de passe et signaler l’incident au Centre antifraude du Canada. On estime d’ailleurs que seulement 5 à 10 % des fraudes sont signalées, ce qui laisse une grande partie des cas dans l’ombre.
La fraude évolue, mais les réflexes pour s’en protéger restent les mêmes. Prendre une pause, vérifier et ne pas céder à la pression est la clé. « Une fois que l’argent est envoyé, il est souvent impossible de le récupérer. La meilleure défense reste l’éducation et le partage d’information. »