Un webinaire organisé par Community Legal Information s’est penché sur une question qui préoccupe de nombreux parents : comment aborder avec les jeunes les réalités parfois difficiles du monde en ligne.
Animée par la formatrice Diane Arsenault et coordonnée par la gestionnaire de projet Malak Sherin Nassar, la séance visait à mieux outiller les parents et les adultes pour comprendre les phénomènes de cyberintimidation et de cyberviolence. «La cyberviolence fait désormais partie du quotidien des jeunes», a expliqué la formatrice en ouverture. Elle englobe plusieurs réalités : intimidation, harcèlement, diffusion d’informations privées, menaces ou encore extorsion en ligne. Une distinction importante a d’ailleurs été soulignée : la cyberintimidation correspond à l’action — utiliser la technologie pour humilier ou menacer quelqu’un — alors que la cybervictimisation désigne l’expérience vécue par la personne qui en subit les conséquences.
Le phénomène demeure répandu. Une enquête de Statistique Canada indique qu’environ un jeune sur quatre âgé de 12 à 17 ans a déjà été menacé ou harcelé en ligne, et que près de trois sur dix affirment avoir vécu de la cyberintimidation.
Reconnaître les signes
Les intervenantes ont aussi rappelé que certains changements de comportement peuvent parfois alerter les parents : anxiété lorsque le téléphone sonne, retrait social, perte d’intérêt pour l’école ou baisse de l’estime de soi. «Ces signes peuvent avoir plusieurs causes», a toutefois rappelé Diane Arsenault. «L’important est d’ouvrir la conversation plutôt que de tirer des conclusions trop rapidement. »
Une partie de l’atelier visait aussi à démystifier le vocabulaire associé au monde numérique. On y retrouvait notamment des termes comme le «doxing», soit la diffusion d’informations privées en ligne, le «sextage», l’échange d’images ou de messages sexuels consentis, ou encore le «cyberflashing», l’envoi d’images intimes non sollicitées.
Les intervenantes ont également présenté les plateformes où les jeunes passent le plus de temps, des réseaux sociaux comme Instagram ou Snapchat aux applications de messagerie et aux univers de jeux en ligne.
Le risque du leurre en ligne
Parmi les enjeux abordés figure le «leurre en ligne», lorsqu’un adulte tente de développer une relation avec un jeune par Internet, souvent en prétendant être du même âge. «Les prédateurs cherchent d’abord à créer un lien de confiance», a expliqué la formatrice. «La manipulation ne commence généralement pas tout de suite. Elle s’installe graduellement.» La sextorsion constitue un autre danger. Il s’agit d’une forme de chantage où une personne menace de diffuser des images intimes si la victime ne fournit pas d’argent ou d’autres contenus. Les tactiques utilisées peuvent inclure la flatterie, les promesses de cadeaux ou encore la création de faux profils pour exercer une pression.
Au Canada, plusieurs dispositions du Code criminel peuvent s’appliquer à ces situations, notamment celles liées aux menaces, au harcèlement criminel, au vol d’identité ou à la diffamation.
Parler plutôt que surveiller
Un message a été répété à plusieurs reprises pendant l’atelier : la technologie elle-même n’est pas le véritable problème. «Ce n’est pas la technologie qui est en cause. C’est un problème relationnel», a résumé Diane Arsenault. Les jeunes hésitent souvent à parler aux adultes de peur de perdre l’accès à leur téléphone ou à leurs réseaux sociaux. Les intervenantes recommandent donc d’instaurer un climat de confiance, en remplaçant des phrases accusatrices comme «Pourquoi as-tu fait ça?» par des questions plus ouvertes telles que «Je veux comprendre ce qui s’est passé» ou «Pourquoi était-ce important pour toi?» Le concept de consentement occupait aussi une place centrale dans la formation. Il doit être libre, réversible et spécifique — autrement dit, il ne peut jamais être présumé et peut être retiré à tout moment.
En conclusion, les organisatrices ont encouragé les parents à se familiariser avec les plateformes utilisées par leurs enfants et à maintenir un dialogue ouvert. «On ne peut pas accompagner les jeunes dans un monde qu’on ne comprend pas», a fait remarquer Diane Arsenault. «L’idée n’est pas de surveiller chaque geste, mais de rester présent et disponible.» Des ressources existent pour soutenir les familles, notamment des guides et des services d’aide consacrés à la cyberintimidation et à la sécurité en ligne.