Société
27 Février 2026 Par Maxime Mainieri / IJL – La Voix acadienne 
Denis Desgagné, directeur général du RESDAC, veut créer une « force collective ». (Photo : Courtoisie)

Le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences (RESDAC) et le Chantier de l’économie sociale franchissent une étape importante avec la signature d’un mémorandum d’entente visant la création d’une coopérative de solidarité autour de l’initiative Francobadges. Ce projet vise à mieux reconnaître les compétences acquises en dehors des parcours scolaires traditionnels et à renforcer le développement des communautés francophones, partout au Canada.

Portée par le RESDAC, en collaboration avec l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICEA), l’initiative Francobadges repose sur une approche d’innovation sociale. Elle permettra de reconnaître officiellement des compétences acquises dans des contextes non formels, comme les formations offertes par des organismes communautaires, les milieux de travail ou la formation continue. «Le RESDAC est une organisation nationale qui travaille avec des intervenants dans toutes les provinces et territoires, particulièrement dans le domaine de l’apprentissage non formel», explique Denis Desgagné, directeur général de l’organisme. À l’Île-du-Prince-Édouard, il est représenté par le Collège de l’île.

Des badges numériques

Contrairement à l’apprentissage formel, qui mène à un diplôme, l’apprentissage non formel comprend des formations structurées, mais non créditées, comme celles offertes en littératie, en employabilité ou en compétences socio-émotionnelles. Des apprentissages jugés essentiels à l’intégration professionnelle et à l’épanouissement des individus. C’est là qu’interviennent les Francobadges. Il s’agit de badges numériques qui permettent de documenter et de reconnaître officiellement les compétences acquises. «Même dans le non formel ou l’informel, on peut faire un travail de reconnaissance des compétences des francophones au Canada», souligne Denis Desgagné. Cette reconnaissance peut avoir des retombées concrètes pour les travailleurs et les chercheurs d’emploi. Elle permet notamment de démontrer des compétences à un employeur ou de faciliter l’accès à des formations supplémentaires. Les organismes, les établissements d’enseignement et les employeurs peuvent aussi créer leurs propres badges, à condition de respecter un protocole de qualité défini par le RESDAC et basé sur des recherches internationales. 

Cette approche rejoint les priorités du Collège de l’Île. Son directeur par intérim, Robert Bullen, souligne que ce partenariat s’inscrit «au cœur de notre stratégie de développement des compétences». Il y voit une «occasion d’accélérer le transfert de connaissances et de renforcer nos pratiques professionnelles et d’offrir à nos équipes un accès privilégié à des ressources de formation de haute qualité». Selon lui, cette collaboration contribuera à mieux «structurer nos processus de formation, mais aussi à outiller les employés afin qu’ils puissent relever efficacementles défis actuels et futurs». L’appui du RESDAC permettra de renforcer la capacité d’innovation des organisations et d’améliorer la qualité des services offerts à la communauté francophone. 

Le projet Francobadges s’inscrit, quant à lui, dans une vision fédératrice. La future coopérative de solidarité permettra aux organisations francophones d’utiliser une plateforme commune et de mutualiser leurs ressources. «On veut créer une force collective pour s’assurer que les organisations travaillent ensemble plutôt que de se faire compétition», affirme Denis Desgagné. Pour le Collège de l’Île, cette initiative permet de consolider «une véritable culture d’apprentissage continue, soutenir la performance de nos équipes et assurer l’excellence de nos interventions». Cela s’inscrit dans les efforts visant à soutenir le développement de la main-d’œuvre francophone de la province.

Favoriser l’apprentissage tout au long de la vie

Le Chantier de l’économie sociale accompagnera le RESDAC dans la mise en place de cette coopérative, en offrant une expertise stratégique et un soutien indépendant. «Francobadges est une initiative d’envergure qui s’inscrit pleinement dans une logique d’impact collectif», souligne Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’économie sociale. 

Au-delà de la reconnaissance des compétences, le projet vise à contribuer à un enjeu majeur pour la francophonie canadienne. Selon une enquête publiée en 2022 par le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, 52 % des francophones vivant à l’extérieur du Québec ont un niveau de littératie inférieur au seuil jugé nécessaire pour s’épanouir pleinement sur les plans économique et social. Dans ce contexte, la reconnaissance des acquis et des compétences devient un levier essentiel pour favoriser l’apprentissage tout au long de la vie. Une priorité désormais reconnue dans les politiques publiques canadiennes. Avec la création de cette coopérative, le RESDAC espère offrir un outil durable pour soutenir les travailleurs, les organismes et les institutions francophones, tout en renforçant la vitalité économique et sociale des communautés

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