Société
26 Février 2026 Par Eric Bergeron / IJL – La Voix acadienne
Sanaa Laalou, Agente de liaison communautaire et chargée de projets spéciaux à l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne, N’fissa Hadji, coordinatrice de projets à l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne, Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne et Gabrielle B. Le Scelleur, Conseillère stratégique chez Convergence lors du déploiement de la Stratégie pancanadienne des femmes immigrantes francophones en milieu minoritaire au Credit Union Place à Summerside. (Photo : Eric Bergeron)

À première vue, la formation immersive «Repères», tenue le 18 février au Credit Union Place à Summerside, s’inscrivait dans le déploiement de la Stratégie pancanadienne des femmes immigrantes francophones en milieu minoritaire : Briser les barrières pour une intégration équitable. Pourtant, au fil de la matinée, il est devenu clair que la rencontre dépassait largement ce cadre.

Dès le mot d’accueil d’Adil Khallate, coordonnateur au Réseau en immigration francophone (RIF) de l’Île-du-Prince-Édouard, le ton était donné : appuyer concrètement la mise en œuvre de cette stratégie sur le terrain et travailler à lever les obstacles vécus par les femmes immigrantes francophones. 

Soukaina Boutiyeb, directrice générale de l’Alliance des femmes de la francophonie canadienne (AFFC), a présenté les constats tirés de la stratégie pancanadienne sur les femmes immigrantes francophones.

Première surprise : 72 % des femmes consultées ont affirmé être à l’origine du projet d’immigration et en avoir assuré la gestion. «On entend souvent que les femmes suivent leur conjoint. Complètement faux. Dans la majorité des cas, ce sont elles qui portent le projet.» Plus de la moitié sont mères. Plusieurs vivent une précarité financière. Les obstacles évoqués sont connus : barrière linguistique, accès au logement, emploi adapté, soins de santé en français, crédit à rebâtir.

Mais la rencontre ne s’est pas arrêtée là. Elle a rapidement abordé les solutions.

Passer du constat à l’outil

La deuxième partie, approfondie par Gabrielle B. Le Scelleur, Conseillère stratégique chez Convergence, a porté la discussion vers les méthodes à suivre. Son message était clair : si on veut que nos projets aient un impact réel, il faut arrêter d’improviser. «Une évaluation ne commence pas à la fin d’un projet. Elle commence avant même qu’il existe.» Derrière les termes comme «cadre logique» ou «indicateurs», l’idée reste simple : sa-voir ce qu’on fait et pourquoi on le fait.

Avant de lancer une initiative, quatre questions devraient guider la réflexion : quel problème précis veut-on régler, pour qui exactement, quel changement vise-t-on et comment saura-t-on que ça fonctionne? «Si on ne mesure pas, on ne peut pas juger», a-t-elle résumé. Compter les participants ne suffit pas. Il faut mesurer ce que ça change dans leur réalité.

Une approche qui concerne tout le monde

Un thème est revenu plusieurs fois lors de la rencontre : faire les projets «avec», et non pas «pour». «Avant de vouloir développer des projets pour nous, il faut que ce soit avec nous et par nous», a rappelé Mme Boutiyeb. Ce principe dépasse le dossier de l’immigration. Un club sportif peut se demander si les jeunes participent aux décisions qui les impliquent. Un organisme culturel peut voir si les membres sont autour de la table, pas seulement dans la salle. Une municipalité peut se demander si les citoyens concernés participent aux décisions.

Cette méthode permet d’atteindre ceux qu’on veut vraiment aider.

L’analyse comparative entre les sexes plus (ACS+) a aussi été présentée comme un outil pour éviter les angles morts. Un même projet n’a pas le même impact sur tout le monde. Connaître son public n’est pas une formalité administrative ; c’est une condition de réussite. Un exemple de l’importance de l’analyse comparative entre les sexes, est qu’un atelier offert le soir peut être parfait pour certains. Mais impossible pour une mère monoparentale sans garderie. 

Ce que ça révèle pour l’Île

Des données spécifiques à l’Île-du-Prince-Édouard ont été partagées. Certaines réalités sont encourageantes, notamment en matière de reconnaissance de l’expérience professionnelle étrangère. Mais d’autres chiffres soulèvent des questions. L’insécurité financière en entrepreneuriat est plus élevée ici que la moyenne nationale. 

«Plusieurs femmes nous disent qu’elles veulent se lancer, mais qu’elles vivent beaucoup d’insécurité financière», a souligné Soukaina Boutiyeb. «La culture professionnelle locale et la complexité administrative représentent également des freins importants pour celles qui souhaitent démarrer une entreprise.»

Ces constats dépassent donc le groupe visé. Si une femme immigrante réussit en affaires, elle embauche, elle consomme des produits et services locaux, elle s’implique, elle contribue à la vitalité francophone. Elle n’est pas simplement un dossier d’immigration à intégrer au minimum. Elle devient le point de départ d’une intégration qui profite à toute la communauté.

Des leçons pratiques pour nos organismes

Au-delà des statistiques, la formation a livré des conseils utiles pour n’importe quel organisme : impliquer les personnes concernées dès le départ, prendre quelques minutes pour demander aux participants ce qu’ils en ont retiré, choisir quelques repères simples pour savoir si ça fonctionne, ajuster en cours de route au lieu d’attendre la fin du projet, travailler avec les autres plutôt que refaire ce qui existe déjà. Rien de spectaculaire, mais une discipline qui peut éviter de perdre du temps et de l’énergie.

L’immigration était le point d’entrée de la discussion. La vraie leçon portait sur la façon de gérer nos projets. Dans un milieu minoritaire comme le nôtre, où les ressources sont limitées et les bénévoles déjà sollicités de toutes parts, apprendre à mieux structurer nos initiatives n’est pas un luxe. C’est une nécessité. 

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Adil Khallate, coordonnateur au Réseau en immigration francophone (RIF) de l’Île-du-Prince-Édouard souhaite la bienvenue aux nombreux participants venus en apprendre davantage sur l’intégration et les différentes méthodes pour y parvenir.  (Photo : Eric Bergeron)

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