Depuis plusieurs années, la question de la sécurité dans les gymnases scolaires refait surface à l’Île-du-Prince-Édouard. En cause : une présence limitée de matelas protecteurs le long des murs, généralement concentrés sous les paniers de basketball, alors que l’ensemble des murs demeure exposé lors d’activités sportives.
À l’origine de la démarche actuelle se trouve Johanne Waite, de Stratford, dont deux fils fréquentent l’École François-Buote, à Charlottetown, et pratiquent des sports scolaires. Après qu’un de ses garçons ait été projeté contre un mur de béton lors d’un match à Kensington, elle a entrepris une série de démarches auprès des autorités scolaires et gouvernementales, appuyées par des demandes d’accès à l’information.
Des chiffres obtenus par accès à l’information
Les réponses reçues dans le cadre de ces demandes permettent de dresser un portrait chiffré des blessures survenues dans les gymnases.
Du côté de la Commission scolaire de langue française, on indique que 40 incidents impliquant des élèves blessés après avoir heurté un mur ont été recensés entre 2015 et 2025 dans ses six écoles, soit une moyenne d’environ quatre incidents par année. La commission précise toutefois ne pas compiler les données relatives aux interventions médicales qui s’en sont suivies.
Dans le réseau anglophone, la Public School Branch a fourni des rapports d’incident couvrant une période de deux ans, de 2023 à 2025, pour les écoles intermédiaires et secondaires. Au total, 17 élèves y ont été blessés après avoir frappé un mur de gymnase, ce qui représente environ huit incidents par année.
Les formulaires d’incident consultés décrivent des situations variées : chutes lors d’activités de course, collisions entre élèves, glissades en poursuivant un ballon ou pertes d’équilibre lors de jeux comme le basketball, le football intérieur ou le hockey cosom. Plusieurs mentions font état de contacts directs entre la tête de l’élève et un mur de béton.
Des normes existantes, mais limitées
Le ministère de l’Éducation et de la Petite enfance rappelleque des directives provinciales encadrent déjà la sécurité dans les gymnases scolaires. Ces normes sont regroupées dans le document «Physical Education Safety Guidelines K-12», applicable tant au réseau anglophone qu’au réseau francophone.
Selon ces directives, des matelas protecteurs doivent être installés sous les paniers de basketball, dans les zones où un élan ou un saut pourrait mener à un contact avec un mur ou une estrade. Les normes actuelles ne prévoient toutefois pas un recouvrement des murs sur toute la longueur du terrain.
Le ministère précise également que ces lignes directrices ont fait l’objet d’une mise à jour en 2022.
Réactions et engagements des autorités
Dans une réponse transmise au député Gordon McNeilly, le ministre de l’Éducation et de la Petite enfance, Robin Croucher, indique que les deux autorités scolaires se sont engagées à vérifier que les gymnases respectent les normes de sécurité en vigueur.
«La PSB et la CSLF se sont engagées à vérifier les écoles afin de s’assurer que les matelas sont bien installés sous les paniers de basketball, conformément aux directives», écrit-il. Le ministère indique également travailler avec les conseils scolaires pour corriger les situations non conformes, tout en reconnaissant que ces ajustements pourraient nécessiter du temps et des ressources.
De son côté, Mike Connolly, coordonnateur de la PEI School Athletic Association, a indiqué à Johanne Waite que des rappels concernant les lignes directrices de sécurité seraient transmis aux directions et aux responsables sportifs lors de rencontres régulières.
Une inquiétude qui persiste
Pour Johanne Waite, ces réponses ne dissipent pas toutes les préoccupations. Elle soutient que, selon les données recueillies et les situations décrites dans les rapports d’incident, des blessures surviennent à différents endroits des gymnases, et pas uniquement sous les paniers de basketball.
«Les enfants courent à pleine vitesse, trébuchent parfois ou sont poussés. Ils ne peuvent pas toujours contrôler l’endroit où ils vont frapper un mur», écrit-elle dans une correspondance adressée aux élus et aux responsables scolaires.
Sans réclamer de mesures précises dans l’immédiat, elle souhaite que la question soit examinée de manière plus large, en tenant compte de la réalité actuelle des sports scolaires, où la vitesse et l’intensité de jeu ont évolué au fil des années.
Pour l’instant, le cadre réglementaire demeure inchangé. Les données obtenues par accès à l’information, désormais publiques, alimentent toutefois le débat sur la façon dont les normes actuelles répondent à la réalité des activités sportives dans les gymnases de l’Île.
