Plus d’un an après son lancement, le système CHRIS (Climate Hazard and Risk Information) demeure un outil essentiel au travail du ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de l’action climatique de l’Île-du-Prince-Édouard.
En avril 2024, le gouvernement provincial s’est doté d’un système d’information sur les risques climatiques de l’ÎPÉ. Baptisée CHRIS (Climate Hazard and Risk Information System) et créée par un climatologue de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard (UPEI), cette carte interactive se divise en trois zones. «Premièrement, on peut regarder l’inondation et l’érosion côtière puis modeler pour voir où le risque est grand, moyen ou faible et où il va augmenter d’ici 2050 et 2100», présente le conseiller principal en politique climatique Bryan Martin. La deuxième zone du CHRIS se concentre sur l’inondation des régions intérieures. «Lorsqu’on a des systèmes pluviaux, pendant les grandes tempêtes, on voit où l’eau va se ramasser et entraîner des inondations à cause de la pluie», poursuit celui qui œuvre au sein du département de l’environnement, de l’énergie et de l’action climatique de l’Î.-P.-É. «Le troisième côté, c’est les événements historiques. On peut par exemple regarder le niveau d’eau pour l’ouragan Fiona ou la tempête tropicale Dorian ».
Un système intuitif
Publiquement accessible en ligne, CHRIS est particulièrement intuitif. «Si quelqu’un sait comment utiliser Google Earth,il pourrait utiliser le système», explique Bryan Martin. «On peut faire des mesures, descendre jusqu’à son propre terrain et cliquer dessus si un avion a pu prendre des photos. On peut visualiser la côte et comment l’érosion peut affecter la région. »
L’objectif du logiciel est de diminuer les risques et de protéger les infrastructures qui seront construites au cours des prochaines années. «Pour protéger la côte, il faut souvent déplacer des roches, révèle le conseiller. Cela peut dégrader l’habitat naturel ailleurs et causer plus de problèmes. Donc le but est d’empêcher de bâtir où il y a un risque». Dans leszones exposées, différentes politiques sont mises en place pour protéger le public. «Notre rôle est d’identifier le risque puis on travaille avec tous les autres départements pour les aider à les diminuer. Après la tempête Fiona, en 2023, on a travaillé avec l’UPEI pour le State of the Coast Report, sur l’état de la côte.» L’Université a donné 16 suggestions pour les politiques côtières du National Coastal Policy Recommendations. «Dans ce document, on peut voir les départements responsables des changements et des recommandations pour diminuer les risques côtiers.» Environnement Canada est généralement capable de prédire les tempêtes avec 7 jours d’avance. «Les plus grosses viennent de l’Atlantique, comme l’ouragan Melissa. On voyait vraiment comment ça bougeait, mais on n’a su ses impacts potentiels qu’avec quelques jours d’avance ».

Bryan Martin, conseiller en politique climatique, utilise régulièrement le système CHRIS. (Photo : Graiceuseté)
L’impact du réchauffement climatique
Historiquement, il y a 1 % de chance qu’une tempête survienne dans la province, soit une fois par siècle. Mais avec le changement climatique, les tempêtes arrivent de plus en plus souvent. «Le réchauffement entraîne moins de glace l’hiver donc plus d’érosion, décrypte Bryan Martin. Avec le système CHRIS, on peut voir que ça change les niveaux d’eau et que les risques augmenteront dans le futur. Avec plus de chaleur, l’air peut tenir plus d’eau et entraîner de fortes pluies.» C’est ce qui est arrivé fin octobre en Jamaïque, où il n’avait jamais fait aussi chaud avant l’arrivée des fortes pluies de l’ouragan Melissa. La durée de la tempête est un autre facteur déterminant face aux risques. «On voit que les tempêtes sont souvent plus longues maintenant et ont donc plus de chances d’arriver quand la marée est haute et faire plus de dégâts.» Les principales érosions arrivent pendant les grandes tempêtes. Sur une dizaine d’années, certains endroits ont perdu plusieurs mètres de terre. «Sur le système Chris, les gens peuvent voir exactement le niveau d’érosion depuis l’année 1900». Pour faciliter l’utilisation de toutes ses informations, la plateforme contient des vidéos explicatives.
En ce qui concerne les inondations à l’intérieur des terres, la gestion est plus accessible. «Si quelqu’un veut se bâtir une maison, il peut regarder le risque puis s’adapter assez facilement parce qu’on peut lever le niveau de l’édifice», expose le spécialiste. L’aménagement d’eau à l’échelle municipale et la texture des sols sont déterminants. La sécheresse ou les pavés sur les routes peuvent rendre l’évacuation difficile. «Plus la surface est dure, moins elle va absorber. Les canalisations sont aussi importantes. Si c’est nettoyé, ça peut affecter le niveau d’eau.»