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10 octobre 2023 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Après le passage de Fiona, les dunes de la plage de Brackley étaient complètement érodées. Gracieuseté, Chris Houser. (Photo : Gracieuseté de Chris Houser)

Un an après le passage dévastateur de Fiona, les dunes du Parc national de l’Île-du-Prince-Édouard commencent à récupérer. Les scientifiques s’inquiètent néanmoins de l’impact des futures tempêtes hivernales.

Lentement mais sûrement, les dunes du Parc national de l’Île-du-Prince-Édouard se rétablissent après le passage de Fiona. 

«Depuis l’an dernier, des bébés dunes se forment au pied des dunes mères, de petites quantités de sable en provenance du golfe du Saint-Laurent s’accumulent à leur base», constate Louis Charron, agent de gestion des ressources et spécialiste des changements climatiques au sein de Parcs Canada. 

Les énormes quantités de sable que la tempête post-tropicale a charriées au large semblent reprendre le chemin des dunes.

«Le cordon dunaire avait reculé de 15 mètres à certains endroits sur la côte nord. Cette érosion spectaculaire du littoral avait transformé les dunes en pentes escarpées, rappelle Chris Houser, doyen de la Faculté des sciences et professeur au département des sciences de la terre et de l’environnement de l’Université de Waterloo, en Ontario. Aujourd’hui, le sable s’est affaissé et les pentes s’adoucissent.»

Brackley aujourdhui

Après un an, les dunes de Brackley se reconstituent doucement. (Photo : Gracieuseté de Chris Houser)

Une absence de glace problématique

De nouvelles plantes, à l’instar de l’herbe de Marram ou de l’armoise bleu-vert, peuvent ainsi repousser. «C’est essentiel au processus de reconstruction. Les systèmes racinaires aident à piéger le sable et à le stabiliser», explique Louis Charron. 

Mais les scientifiques préviennent, il faudra des années pour retrouver des dunes telles que nous les connaissions avant Fiona. 

«Au minimum dix ans sans événements météorologiques majeurs», avance Chris Houser, qui a mené plusieurs études sur le sujet en Floride. 

Les géomorphologistes du parc tablent eux sur trois à dix ans, selon la zone, sa géographie et son état naturel.

La communauté scientifique ne s’inquiète pas seulement des ouragans venus du golfe du Mexique. À l’heure du réchauffement climatique, les tempêtes hivernales les préoccupent aussi. 

«On a de plus en plus souvent d’hivers sans glace. Les dunes se retrouvent alors sans protection naturelle face aux ondes de tempêtes» détaille Chris Houser. 

«En temps normal, la glace joue un rôle d’armure. Sans elle, les vagues, poussées par les grands vents, frappent directement les plages et les dunes s’érodent davantage», poursuit Louis Charron. 

dunesCavendish

Évolution de l’état des dunes à Cavendish.  (Photo : Gracieuseté de Chris Houser)

Besoin d’une protection à plus grande échelle

De nombreux doutes perdurent. Entre les tempêtes post-tropicales comme Fiona et les tempêtes hivernales, plus petites, mais plus fréquentes, les scientifiques ne savent pas encore lesquelles sont les plus dommageables. 

La reconstruction dépend également du comportement des visiteurs et de leur respect des règles. Il est notamment interdit de marcher sur les dunes afin de préserver la végétation.

Seule certitude, le littoral n’aura plus jamais le même visage. «C’est un environnement dynamique qui change en permanence, les dunes se déplacent, reculent, grandissent, leur végétation change», confirme Louis Charron. 

L’employé de Parcs Canada veut rester optimiste : «L’érosion reste un phénomène hivernal normal et les bancs de sable au large vont continuer à migrer vers les côtes dans le futur.»

Pour mettre toutes les chances du côté des dunes, Chris Houser appelle, lui, à la mise en place d’un plan de protection à grande échelle. 

«Avec la multiplication des tempêtes et l’élévation du niveau de la mer, les dunes se déplacent lentement vers l’intérieur des terres. Il faut mieux protéger ces espaces de retraite en arrière de la côte», plaide le chercheur.

Louis Charron

Louis Charron est agent de gestion des ressources et spécialiste des changements climatiques au sein de Parcs Canada.  (Photo : Parcs Canada)

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