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24 août 2023 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Le criocère du lis (en haut à gauche), le scarabée japonais (en haut à droite), et le papillon de nuit bombyx disparate, également appelé spongieuse sous sa forme de chenille (photos du bas). (Photos : Wikipedia)

Les forêts de l’Île-du-Prince-Édouard sont la proie de plusieurs insectes ravageurs, originaires d’Asie ou d’Europe. Deux coléoptères, particulièrement destructeurs, menacent également de faire leur entrée dans la province.

Presque invisibles, mais dévastateurs, les insectes envahissants s’attaquent inlassablement aux forêts de l’Île-du-Prince-Édouard. 

Le Conseil des espèces invasives de l’Î.-P.-É. dénombre trois ravageurs présents sur le territoire insulaire : un coléoptère nommé criocère du lis, originaire d’Asie, le scarabée japonais, originaire, comme son nom l’indique, du Japon et un papillon de nuit provenant d’Europe, le bombyx disparate, également appelé spongieuse sous sa forme de chenille. 

«Sa larve se nourrit des feuilles de chêne, d’érable et de peuplier à une telle vitesse que les arbres finissent par perdre tout leur feuillage et par mourir», explique Ron Neville, expert de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). 

Les hêtres de la province sont également victimes d’un autre ravageur, l’orchestre du hêtre. Lui aussi grignote sans relâche les feuilles des arbres. 

Le coléoptère a été observé pour la première fois en Nouvelle-Écosse. Des voyageurs en provenance d’Europe auraient ramené cette espèce dans leurs bagages, selon Ron Neville. 

«Depuis, chaque année, ils se déplacent un peu plus loin de quelques centaines de mètres, voire de quelques kilomètres et colonisent de nouvelles régions», alerte le spécialiste. 

Ron Neville est expert de l’Agence canadienne d’inspection des aliments.  (Photo : Gracieuseté)

Ne pas transporter de bois

Deux autres coléoptères sont aux portes de la province : le longicorne brun de l’épinette et l’agrile du frêne. Le premier sévit dans les forêts de Nouvelle-Écosse, tandis que le second s’en prend aux arbres du Nouveau-Brunswick et de la grande région d’Halifax. 

Originaire d’Asie, l’agrile du frêne est arrivé aux États-Unis par bateau dans les années 1990. Depuis, il cause d’immenses dégâts.

«Il tue 99 % des arbres qu’il attaque, il est responsable de la mort de millions d’arbres au Canada, souligne Timothy Work, entomologiste forestier à l’Université du Québec à Montréal. N’étant pas originaire de nos régions, il n’a pas d’ennemi naturel et les arbres n’ont pas eu le temps de développer de résistance.»

Pour éviter que ces ravageurs ne franchissent le détroit de Northumberland, Ron Neville conseille de ne pas rapporter de plantes ou de bois de chauffage de l’extérieur de l’île et d’inspecter systématiquement voitures, bateaux, caravanes et canoës. 

«Nous sommes tous responsables de prévenir une quelconque propagation, il ne faut absolument pas transporter du bois qui pourrait être infesté», insiste Timothy Work.

Ron Neville encourage également les insulaires à surveiller les arbres de leur voisinage. Il les invite à signaler à l’ACIA ou au Conseil des espèces envahissantes le moindre signe de dépérissement comme des feuilles tachées ou de l’écorce qui se décolle d’un tronc. 

«Quand l’agrile est là, c’est souvent trop tard»

Mais le longicorne brun de l’épinette et l’agrile du frêne pourraient déjouer toutes ces mesures de prévention et débarquer à l’île. 

Timothy Work explique que la province et les municipalités devront alors établir des zones de quarantaine autour des périmètres infestés. Autrement dit, couper les arbres pour tenter de circonscrire l’invasion. 

«Quand l’agrile est là, c’est souvent trop tard, il n’y a pas de bonnes méthodes d’éradication à un coût abordable, prévient Timothy Work. Les autorités vont simplement tenter de gérer le problème et de freiner la propagation.»

À terme, les arbres pourraient développer des résistances génétiques naturelles. «C’est possible, mais la priorité, c’est de revoir notre façon de faire du commerce international», estime Timothy Work. 

Chaque jour, des milliers de bateaux et d’avions de fret arrivent dans les ports et aéroports canadiens, surchargés de marchandises en provenance des quatre coins du monde. Des ravageurs se glissent facilement dans ces chargements, leurs larves nichant notamment dans les palettes de bois. 

«Tant que le fédéral ne met pas en place des systèmes de contrôle plus efficaces au départ et à l’arrivée ainsi qu’un suivi des marchandises dans le pays, le problème persistera et de nouveaux insectes continueront à envahir nos forêts», avertit Timothy Work. 

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