Société
12 Mars 2023 Par Marine Ernoult 
Paul Manning est professeur adjoint au département des sciences végétales, alimentaires et environnementales au sein de la faculté d’agriculture de l’Université de Dalhousie en Nouvelle-Écosse.  (Photo : Gracieuseté)

De plus en plus de livres et d’études scientifiques s’inquiètent de l’effondrement des populations d’insectes un peu partout dans le monde.  L’entomologiste Paul Manning de l’Université de Dalhousie en Nouvelle-Écosse fait le point sur la situation dans les Maritimes. 

Dans son livre «Terre silencieuse.  Empêcher l’extinction des insectes» paru le 8 février dernier, le scientifique britannique Dave Goulson alerte sur le «déclin catastrophique» des populations d’insectes qui pourraient avoir chuté de 80 % depuis une trentaine d’années.  Mais qu’en est-il dans les Maritimes?  Les populations d’insectes sont-elles aussi en déclin?  Paul Manning, professeur adjoint au département des sciences végétales, alimentaires et environnementales à la faculté d’agriculture de l’Université de Dalhousie, apporte des éléments de réponse et explique aussi les causes du phénomène. 

Comment se portent les populations d’insectes dans les Maritimes?

Nous n’avons pas de données fiables.  Il y a d’importantes lacunes de connaissances.  C’est un défi d’obtenir des financements durables pour des études de suivi des populations sur plusieurs années.  On a pourtant besoin de ce genre d’informations pour prendre des décisions de conservation pertinentes.  

En attendant, on a assez de données du reste du monde pour dire que la grande majorité des insectes des Maritimes n’échappe pas au déclin rapide observé partout ailleurs. 

L’étude de la Krefeld Entomological Society [publiée en 2017 et portant sur une soixantaine de zones protégées d’Allemagne] est la plus souvent citée et indique un déclin de 76 % de la biomasse d’insectes volants entre 1989 et 2016.

Il est temps d’agir pour protéger les insectes, car nous avons besoin d’eux.  D’abord, ils constituent l’essentiel de la biodiversité avec plus de 70 % de toutes les espèces connues. 

Ensuite, ils permettent de garder notre écosystème en bonne santé.  Ils recyclent les nutriments dans les sols, ils pollinisent les plantes sauvages et les cultures. 

Enfin, ils servent de nourriture à une grande partie des oiseaux, des chauves-souris, des amphibiens, des reptiles, des poissons d’eau douce.  Si les insectes disparaissent, le reste disparaît avec eux. 

On observe déjà le déclin massif de certains oiseaux insectivores comme les passereaux, qui doivent travailler plus dur pour trouver leur nourriture quotidienne.

Comment une telle catastrophe a-t-elle pu passer inaperçue? 

Le problème avec les insectes c’est qu’ils sont petits et ne se voient pas vraiment.  Chaque année, il y a un peu moins de bourdons, un peu moins de papillons.  On ne le remarque pas vraiment.  La plupart des gens n’en sont pas conscients.

Quelles sont les causes de cet effondrement? 

Elles sont nombreuses.  Mais la perte d’habitat et l’agriculture intensive qui utilise de grandes quantités de pesticides sont deux facteurs majeurs.  On retrouve des pesticides partout dans l’environnement, c’est comme si on contaminait la nourriture des insectes.

À cela s’ajoute désormais le changement climatique, avec des conditions météorologiques très instables.  On a de plus en plus d’extrêmes de températures dans les Maritimes, avec des vagues de chaleur ou de froid inédites. 

Ce n’est pas bon pour les insectes, ils n’ont pas le temps de s’adapter.  Les chaleurs extrêmes entraînent notamment une sur-mortalité, mais aussi des problèmes de fertilité. 

Que peut-on faire à l’échelle individuelle pour aider les insectes?

À l’échelle de votre jardin, si vous aménagez des habitats favorables à la vie sauvage et que vous n’utilisez pas de pesticides, ça contribuera à soutenir la biodiversité.  Et, en plus, ça vous donnera le sentiment de pouvoir agir. 

Il s’agit de planter des fleurs, mais aussi certaines espèces d’arbres favorables aux insectes, comme par exemple l’érable, le chêne, le peuplier ou encore le cerisier.

Le système éducatif a-t-il un rôle à jouer?

Dès le plus jeune âge, les enfants doivent en apprendre davantage sur les insectes pour qu’ils n’en aient pas peur à ls’âge adulte.  C’est tellement important!

C’est notre responsabilité de leur expliquer comment le monde fonctionne et de leur montrer que les insectes sont essentiels à la vie sur terre.  Il faut les emmener dans une prairie et leur demander de rester à quatre pattes à regarder des sauterelles, des abeilles ou des papillons, ça changerait le monde.  

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