Société
14 janvier 2022 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Gilbert Arsenault est très bon violoneux depuis un très jeune âge.

Qu’est-ce qu’être Acadien à l’Île-du-Prince-Édouard?  La Voix acadienne a posé la question à des Acadiens de tout âge, originaires de l’Île ou venus d’autres provinces, qui parlent le français ou l’ont perdu, mais aussi à de nouveaux arrivants francophones.  Cette semaine, Gilbert Arsenault, Acadien de 18 ans né en région Évangéline, étudiant à l’Université McGill de Montréal, partage la vision de son identité.

«Être Acadien, c’est une mémoire.  Avoir des ancêtres qui ont été déportés, c’est ce qui me définit comme Acadien», estime Gilbert Arsenault, qui est né et a grandi en région Évangéline.  Aux yeux du jeune homme, «l’Acadie, ce n’est pas seulement une histoire de gênes, ce sont aussi des traditions “en constante évolution”».  Il évoque pêle-mêle la musique, la gastronomie, et «l’esprit de générosité» qui souffle sur les grandes familles. 

À 18 ans, Gilbert défend également une culture acadienne inclusive, ouverte à tous les locuteurs francophones.  «Les comportements changent et les visages aussi, c’est la beauté de notre pays, mais la langue reste, immuable», ajoute celui qui étudie aujourd’hui à l’Université McGill de Montréal. 

L’amour du français a décidé Gilbert à poursuivre ses études dans la capitale économique du Québec.  «J’aurais pu avoir de grosses bourses pour étudier aux États-Unis, mais je ne voulais pas perdre ma langue maternelle, c’est trop important pour moi», partage l’étudiant en sciences. 

Des Québécois hermétiques aux accents

L’Acadien se souvient encore de son arrivée à Montréal en août dernier : «Quand j’ai emménagé, ma mère a pris un drapeau acadien pour le coller sur la fenêtre en me disant : «n’oublie pas d’où tu viens».

Depuis, Gilbert apprécie les charmes de la grande ville et la richesse de la scène musicale.  Le violoniste a même intégré un groupe avec lequel il joue régulièrement après les cours.  Surtout, il se réjouit de pouvoir vivre en français au quotidien.  «C’est tellement facile d’avoir accès à des services.  À l’Île, c’est toujours plus compliqué dès qu’on sort de la région Évangéline», témoigne-t-il. 

Gilbert se dit néanmoins «déçu» de l’ignorance de certains Québécois, hermétiques aux accents de la francophonie canadienne.  «Alors que je parle en français, on me répond parfois en anglais à cause de ma prononciation, regrette-t-il.  Mais ce n’est pas la fin du monde, et ça ne m’empêchera pas de m’exprimer comme mes ancêtres, avec le même accent que mes grands-parents!»

«Ça restera ma maison et j’y reviendrai toujours» 

Le Prince-Édouardien constate aussi que la plupart des Québécois qu’il rencontre ne soupçonnent pas l’existence des francophones en milieu minoritaire.  À chaque fois, l’étudiant met un point d’honneur à expliquer l’histoire de l’Acadie et la bataille pour le français. 

«Les gens sont d’abord surpris et puis ils finissent par trouver ça bien», assure-t-il.  Profondément attaché à ses racines, Gilbert garde le contact avec ses proches restés à l’Île, et continue à jouer du violon en ligne avec des amis musiciens.  «La paix et la liberté de la campagne me manquent», confie-t-il.  Le passionné de sciences, qui rêve de devenir chercheur en physique, espère pouvoir travailler à l’Île après ses études.  Si sa carrière le conduit ailleurs au pays, il assure qu’il maintiendra des liens forts avec l’Acadie : «Ça restera ma maison et j’y reviendrai toujours, peu importe le lieu où je me trouve.» Gilbert a été capable de rentrer chez lui pour Noël. 

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Diplômé de l’École Évangéline, Gilbert Arsenault poursuit ses études à l’Université McGill de Montréal. 

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