Société
23 novembre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Matthew Dubé est porte-parole de la campagne Movember qui sensibilise l’opinion publique sur le sujet des maladies masculines, notamment les cancers de la prostate et du testicule. (Photo : Gracieuseté)

Les hommes ont du mal à parler des cancers de leurs organes génitaux, voire à alerter sur d’éventuels symptômes.  Médecins et associations tentent de les sensibiliser.  Par exemple avec la campagne Movember, qui incite à se laisser pousser la moustache en novembre.

En 2011, un collègue de travail de Matthew Dubé décède d’un cancer de la prostate.  C’est un déclic pour cet ancien député néo-démocrate à la Chambre des communes du Canada.  L’homme politique québécois décide alors de se joindre à l’initiative Movember. 

Voilà désormais dix ans qu’il est engagé auprès de cette association australienne, qui sensibilise l’opinion publique sur le sujet des maladies masculines, notamment les cancers de la prostate et du testicule.  L’organisme lève des fonds pour la recherche, en invitant les hommes à se laisser pousser la moustache en novembre. 

L’an dernier, 24 millions de dollars ont été collectés au pays dans le cadre de la campagne.  «On ne se limite pas à collecter de l’argent, on travaille aussi à changer les mentalités et les habitudes, il reste du chemin à faire», souligne Matthew Dubé, aujourd’hui porte-parole de Movember. 

Le cancer du testicule touche les 25-30 ans

Les cancers masculins représentent encore un tabou.  «Les hommes ne parlent pas facilement de leur santé, à plus haute raison quand elle touche leur sexualité et leur virilité.  Ils sont gênés et ne consultent pas, à moins que les symptômes soient déjà très avancés et douloureux», constate Marc Hamel, directeur clinique en oncologie psychosociale au Centre universitaire de santé McGill à Montréal. 

D’autant plus que ces cancers apparaissent à des âges charnières.  De fait, celui du testicule touche majoritairement les jeunes âgés de 25 à 30 ans.  «Ils sont en pleine construction, ça les frappe à un moment de grande vulnérabilité, c’est traumatisant pour eux», résume Matthew Dubé. 

À 24 ans, Jamie Rousselle a ainsi dû subir une ablation du testicule en urgence. «J’ai ignoré que quelque chose n’allait pas jusqu’au jour où je ne pouvais plus marcher à cause de la douleur, raconte le jeune homme, originaire de la région Évangéline et aujourd’hui domicilié dans l’Ouest canadien. C’était grave, mon testicule était de la taille d’une balle de baseball».

Le cancer de la prostrate, quant à lui, s’attaque principalement aux seniors.  «Personne n’aime vieillir et les hommes ont peur d’avoir des problèmes de sexualité, de ne plus avoir d’érection», poursuit Marc Hamel. 

Résultat, c’est trop souvent le silence.  La Société canadienne du cancer estime pourtant que 24 000 nouveaux cas de cancer de la prostate (premier cancer masculin) et 1 150 pour le testicule ont été diagnostiqués en 2021 au Canada.

«Mettre fin aux vieux stéréotypes de masculinité» 

Alors que les femmes se sont depuis longtemps mobilisées autour du cancer du sein, les hommes résistent.  Souvent perdus, ils se tournent en dernier recours vers leur mère pour les plus jeunes ou leur épouse, qui les incitent à consulter un médecin afin de parler de leurs anomalies ou de leur inconfort.

«Il faut mettre fin aux vieux stéréotypes de masculinité, de l’homme fort qui n’a pas besoin d’aide, on doit accepter notre vulnérabilité face à la maladie, et arrêter de souffrir en silence», insiste Matthew Dubé. 

Un avis partagé par Marc Hamel : «Il est urgent de démystifier ces maladies, les hommes ne sont pas seulement définis par leur sexualité». Le psychologue appelle, plus que jamais, à aider les patients à s’exprimer.  «L’écoute est primordiale, les malades doivent pouvoir partager leurs angoisses intimes dans un cadre sécurisant», détaille-t-il. 

Aux yeux de Matthew Dubé, personne ne devrait mourir de pathologies qui se dépistent facilement et se soignent bien.  «Si le diagnostic est effectué suffisamment tôt, les taux de survie sont très élevés, de l’ordre de presque 100 %, et les complications liées à la sexualité sont évitées», affirme le porte-parole. 

Il rappelle que les hommes doivent apprendre à se palper les organes génitaux et se faire régulièrement examiner la prostate à partir de 50 ans. Dans l’Ouest, Jamie Rousselle invite également ses semblables à mieux prendre soin de leur santé : «N’attendez pas jusqu’au point où j’ai attendu, dans mon cas, j’ai été très chanceux». 

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Marc Hamel est directeur clinique en oncologie psychosociale au Centre universitaire de santé McGill à Montréal.  (Photo : Gracieuseté)

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