Société
10 novembre 2021 Par Propos recueillis par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Ghayda Hassan est professeure en psychologie à l’Université du Québec à Montréal. (Photo : Gracieuseté)

À l’occasion de la semaine nationale de l’immigration francophone, la professeure en psychologie à l’Université du Québec à Montréal, Ghayda Hassan, nous parle de la fragilité psychologique des nouveaux arrivants et des réfugiés.

Détresse psychologique, difficultés d’accès aux soins, manque de ressources des organismes communautaires, Ghayda Hassan, professeure en psychologie à l’Université du Québec à Montréal, nous parle de la santé mentale des immigrants et des réfugiés, à l’occasion de la semaine nationale de l’immigration francophone. 

Les immigrants et les réfugiés ont-ils plus de risque de développer des problèmes psychologiques? 

Les nouveaux arrivants ont généralement une meilleure santé mentale que le reste de la population canadienne.  Cela s’explique notamment par les démarches d’immigration : seules les personnes les plus résilientes, qui ont le plus de ressources, réussissent à passer le processus de sélection et à émigrer avec succès au Canada. 

Mais la santé mentale des immigrants se détériore après leur arrivée au pays.  Ils peuvent se retrouver plus isolés et éprouver des difficultés à accéder aux services de soins dans leur langue maternelle, en particulier en milieu francophone minoritaire.  Tout dépend bien sûr de leurs conditions d’accueil.  S’ils vivent des expériences négatives, ou sont victimes d’exclusion, de discriminations, ou encore de déqualification professionnelle, le risque qu’ils développent des problèmes psychologiques est accru. 

Pour les réfugiés qui ont vécu des guerres ou des persécutions, c’est encore différent.  Ils sont plus vulnérables et clairement plus à risque d’avoir des problèmes de santé mentale. 

La COVID-19 a-t-elle aggravé ce risque de détresse psychologique? 

La pandémie a fragilisé tout le monde, y compris ceux qui avaient une bonne santé mentale.  Les nouveaux arrivants ont pu connaître de grandes détresses, amplifiées par la distance avec leur pays d’origine.  Ils ont pu vivre des expériences de deuil douloureuses avec des proches décédés à l’autre bout du monde.  Là encore, le non-accès aux soins a pu aggraver ces situations.  Parmi les réfugiés, la crise sanitaire, associée à l’isolement, et à un sentiment ambiant de peur et de danger, a pu réactiver des traumas vécus dans le passé.  L’anxiété et l’incompréhension ont également été grandes chez les jeunes, surtout s’ils étaient fraîchement arrivés au Canada.  La pandémie a mis à mal le développement social des adolescents : toutes leurs activités de sociabilisation, les rencontres avec les amis, les sports, leur ont été enlevées. 

Comment aider les immigrants et les réfugiés dont la santé mentale est fragilisée?

Je suis tout d’abord inquiète du manque d’aide en santé mentale.  Il y a encore trop de résistances, trop peu de ressources humaines et financières accordées à ce secteur.  Cela étant dit, la téléthérapie est un bon moyen pour soutenir les immigrants en souffrance.  En cette période troublée, où il peut être compliqué de se déplacer, elle facilite l’accès à l’aide pour celles et ceux qui ont une bonne connexion internet.

Si le problème de santé mentale s’avère important, le soutien psychologique à distance est en revanche insuffisant.  La communication non verbale et les signaux émotionnels, fondamentaux dans le processus de guérison se perdent en effet dans la télé-thérapie. 

Les organismes communautaires doivent aussi se mobiliser pour rester en contact avec leurs clients et accompagner ceux qui en ont le plus besoin.  Ils doivent à tout prix éviter que les nouveaux arrivants ne s’isolent.  Je sais qu’ils n’ont pas toujours le temps et les moyens adéquats, mais c’est essentiel de maintenir les liens. 

Faut-il former les professionnels pour intervenir en santé mentale auprès des nouveaux arrivants? 

C’est primordial de les former à la réalité des populations immigrantes et réfugiées, mais aussi de leur donner des formations en sensibilité culturelle et sécurité interculturelle.  Dans les organismes communautaires, il y a souvent des agents qui ont une bonne sensibilité culturelle, mais qui manquent de connaissances dans le domaine du travail social et de la psychologie.  À l’inverse, dans les milieux médicaux, les professionnels ne maitrisent pas toujours la réalité des populations immigrantes et réfugiées.  À mon sens, la collaboration entre ces deux sphères doit être améliorée.

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