Société
09 novembre 2021 Par Marine Ernoult / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Les masques jetables se retrouvent dans les ordures ménagères et les sites d’enfouissement.

Avec la pandémie, les fameux masques bleus chirurgicaux à usage unique font désormais partie de notre quotidien.  Trop souvent jetés par terre, dans les rues ou dans la nature, ils bouchent les canalisations d’eaux usées ou finissent leur course dans les océans.  Source importante de déchets, la question de leur fin de vie et de leur impact sur l’environnement se pose avec acuité.

• Quel impact sur l’écologie? 

Les masques jetables sont assez trompeurs.  Ils ressemblent à du papier, mais en réalité, sont confectionnés à partir de polypropylène, un dérivé du pétrole, classé dans la catégorie des matières thermoplastiques.  Au même titre que les couches jetables, les serviettes hygiéniques ou encore les sacs plastiques, ils ne sont pas biodégradables, et sont peu recyclés. 

Selon Denis Rodrigue, professeur en génie chimique et spécialiste du recyclage à l’Université Laval, ce type de plastique peut mettre plus d’une centaine d’années à se désagréger lorsqu’il se retrouve dans la nature, le chiffre variant selon l’environnement. 

Le chercheur précise que les matériaux utilisés dans les emballages alimentaires et pour fabriquer les pare-chocs et les coques de batterie des voitures, est extrêmement résistant.  «Disposé en fine couche dans les masques, le polypropylène se décompose en microparticules, voire en nano-particules, qui s’accumulent partout dans l’environnement et se retrouvent dans la chaîne alimentaire», explique-t-il.

Selon une étude publiée par l’Université Concordia, un seul masque facial jetable peut libérer plus de 1,5 million de microparticules de plastique dans l’eau après avoir été altéré pendant plusieurs heures par des rayons UV. 

• Comment ces déchets sont-ils traités?

Le gouvernement du Canada recommande de jeter les masques à usage unique dans les poubelles ordinaires.  Ces déchets sont alors détruits par incinération ou enfouissement.  «Une fois de plus, on a mis sur le marché un produit jetable, sans prévoir un système de collecte responsable», regrette Bruno Massé, géographe et auteur du livre La lutte pour le territoire québécois.  Entre extractivisme et écocitoyenneté. 

De plus en plus d’associations réclament ainsi que les recherches s’intensifient pour trouver un moyen de recycler les masques.  Certaines avancent l’idée d’un modèle de consigne, avec une contribution restituée au retour de l’objet.

• Pourrait-on recycler ces déchets?

Si le polypropylène peut théoriquement se recycler, les masques jetables sont inadaptés aux filières de tri classiques en raison de leur caractère potentiellement infectieux lié à la COVID-19.  «Ils doivent être traités dans des filières séparées, mais les entreprises sont pour le moment assez réticentes à cause du risque de contamination», observe Denis Rodrigue. 

L’entreprise Vitacore, située dans le Grand Vancouver, est pour l’instant l’une des seules au Canada à offrir une seconde vie aux masques à usage unique.  Après les avoir collectés et désinfectés, elle les transforme en pastilles de plastique qui sont utilisées comme matériaux de construction. 

Une étude française parue lundi 11 octobre, dans la revue scientifique Chemosphere, vient par ailleurs de confirmer que les masques en polypropylène conservent leur pouvoir filtrant et leur respirabilité après dix passages en machine à laver.  Leur performance reste même supérieure à celle des masques en tissu de catégorie 1, avec une capacité de filtration bactérienne supérieure à 98 % contre 90 %.  Ils ne devraient donc plus être jetés après une unique utilisation. 

Bruno Massé est géographe et auteur du livre : La lutte pour le territoire québécois.  Entre extractivisme et écocitoyenneté.  (Photo : Gracieuseté)

Denis Rodrigue est professeur en génie chimique et spécialiste du recyclage à l’Université Laval.  (Photo : Gracieuseté)

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