Société
16 janvier 2021

Le 16 janvier 2021

- Marine Ernoult / Initiative de journalisme local - APF - Atlantique

 

À 70 ou 80 ans, elles sont considérées comme parmi les plus vulnérables à la COVID-19. À l’Île-du-Prince-Édouard, Yvette, Florence, Yvonne, Fréda et Aldena partagent leurs inquiétudes et leurs espoirs face à la pandémie. Si elles ressentent des moments de solitude, elles essaient de garder le moral.

 

«C’est plate de pas pouvoir vivre normalement, je me sens comme en prison», confie Yvette Arsenault qui a dû fêter Noël loin des siens. Depuis le début de la pandémie, la résidente de la Coopérative Le Chez-Nous, à Wellington ne sort presque plus, si ce n’est pour aller chez le médecin, et ne reçoit plus de visite. Sans contact physique avec le monde extérieur, il lui reste les coups de fil de ses frères et soeurs qui vivent au Nouveau-Brunswick. Cet isolement forcé lui pèse. «Je m’occupe comme je peux avec du bricolage, mais ce qui me fait vraiment du bien ce sont les personnes, c’est d’avoir de la compagnie», glisse pudiquement l’Acadienne de 72 ans, atteinte de la maladie de Parkinson.

 

Florence Bernard, elle, a des «journées pires que d’autres». En mars, quand la crise a éclaté, la femme de 76 ans qui vit seule se souvient de «l’inquiétude» et de «la peur» qu’elle a ressenties face à «la vie qui s’arrêtait». Comme de nombreuses personnes âgées, la résidante de Wellington a dû mettre sa vie sociale entre parenthèses. Ses enfants et petits-enfants ne venaient plus manger chez elle; ils restaient quelques minutes sur le pas
de la porte, à distance, ou restaient carrément dehors aux beaux jours. «Mais j’ai pas visité grand monde autre que la famille, ça manque», partage la septuagénaire. Pour fuir la monotonie de ses journées confinées, Florence a beaucoup cuisiné et, cet hiver, elle compte fabriquer des couvertures. «À la maison, je me sens bien, en sécurité», dit-elle.

 

«Sans le virtuel, ça serait terrible»

 

Encore aujourd’hui, Florence Bernard est effrayée d’aller faire son épicerie : «Je panique quand il y a trop de monde». Une crainte partagée par Fréda Bénard. «De 8 à 9 heures, c’est supposé être réservé aux aînés mais ce n’est pas toujours le cas, explique la présidente du Club des Cœurs Joyeux. Quand je prends la peine d’y aller, j’essaie de m’apporter assez de choses pour me faire deux semaines.» 

 

Aux yeux de Fréda, la «pire chose» a été de ne pas voir son fils, qui vit au Québec et vient d’habitude quelques mois en été chez elle. 

 

Après une année aussi éprouvante, le crève-cœur de Florence, c’est Noël. Sans sa fille qui réside au Nouveau-Brunswick, la grande fête familiale n’avait pas la même saveur. «Les échanges vidéo et l’ouverture des cadeaux en ligne, ce n’est pas la même chose. J’étais un peu déprimée», témoigne-t-elle. Avant d’ajouter : «Le virtuel, au bout d’un moment, c’est tannant».

 

En ligne : c’est ainsi qu’Yvonne Pitre rompt l’isolement. La résidante de Summerside n’a pas vu trois de ses enfants, éparpillés aux quatre coins du pays, depuis un an et demi. Elle les a au téléphone au moins une fois par semaine et, régulièrement, «toute la gang» organise des appels vidéo sur Zoom. «À Pâques et à Noël, on était 26 avec les petits et arrière-petits-enfants, se réjouit-elle. Sans le virtuel, ce serait terrible.» Yvonne, qui a perdu son mari en octobre dernier, ne sombre pas pour autant dans l’affliction. «C’est pas si pire, j’ai beaucoup de supports et d’activités. Je m’ennuie pas. La veille du Jour de l’An, j’ai mangé avec une dizaine d’amis», raconte-t-elle. En ce début d’année, elle espère surtout que ses enfants pourront venir à l’Île l’été prochain pour les funérailles de son mari.

 

Le vaccin, «une grande espérance»

 

À Saint-Gilbert, la pandémie n’a pas changé grand-chose dans la vie d’Aldena Gallant. «Ça nous a pas trop dérangés. On est une petite famille et on est tous à côté, on peut se voir», assure-t-elle. À 73 ans, l’aînée, qui habite avec son mari, apprécie particulièrement les dîners réguliers avec sa petite-fille.

 

Toutes restent optimistes et s’estiment chanceuses d’habiter à l’Î.-P.-É. Yvette et Florence ne veulent «rien lâcher», persuadées que la situation va s’améliorer «petit à petit», tandis qu’Yvonne essaye de penser uniquement aux changements positifs provoqués par la COVID-19 : «les gens qui cultivent plus leur jardin, se font plus à manger». De son côté, Aldena refuse de se décourager et prend «les choses comme elles viennent».

 

Leur espoir en 2021? Le vaccin. Dès que c’est possible, elles sont prêtes à se faire vacciner, «pour que la vie reprenne», «pour protéger» leur famille et leurs petits-enfants. «J’ai confiance dans la piqûre, c’est une grande espérance», insiste Florence. «Il faut rapidement vacciner les jeunes, ils ont encore tellement à vivre», poursuit Aldena. 

 

Au Chez-Nous, Yvette appelle quant à elle les jeunes à «créer un monde meilleur, avec plus de liens entre générations».  

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