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07 Juillet 2026 Par ERIC BERGERON
À gauche, Trissa Ford, étudiante d'été à Hospice PEI, tient le châle bleu tricoté par Juanita Arsenault, au centre. À droite, Shelly Robinson, directrice des finances de l'organisme, présente une paire de pantoufles également offerte en don afin d'apporter chaleur et réconfort aux bénéficiaires

Certains objets entreprennent un voyage que leurs créateurs n'auraient jamais pu imaginer. C'est le cas d'un simple châle tricoté à Tignish par Juanita Arsenault. Remis à Hospice PEI, il sera bientôt confié à une personne en fin de vie pour lui apporter chaleur et réconfort. Un jour, il pourrait même devenir l'un des derniers liens tangibles qu'une famille conservera d'un être cher.

Une pelote de coton bleu roule doucement dans le panier à tricot de Juanita Arsenault. Assise devant la télévision, elle compte ses mailles tout en suivant les rebondissements d'un épisode de Law & Order ou de CSI. Rangée après rangée, un châle prend forme sur ses genoux. Ces soirées de tricot sont devenues une habitude.

« J'aime tricoter, mais je n'aime pas vraiment faire des chandails. J'aime plutôt les projets simples que je peux réaliser en regardant mes émissions préférées sans avoir à trop me concentrer », raconte-t-elle.

Juanita Arsenault, qui a appris l'art du tricot dans l'enfance auprès de sa grand-mère, est loin de se douter du parcours qu'entreprendra bientôt la pièce qu’elle assemble au fil des soirées froides d’hiver

« J'ai vu passer une annonce de Hospice PEI sur Facebook. Ils cherchaient des bénévoles pour tricoter ou crocheter des châles. Je me suis dit : "Moi, je tricote. Je pourrais faire ça." »

Son père et l'une de ses tantes figurent parmi les proches de Juanita Arsenault qui ont bénéficié des services de Hospice PEI. Retraitée de la fonction publique fédérale, elle se dit aujourd'hui privilégiée de pouvoir redonner à sa communauté.

Le tricot lui procure un moment de calme, mais la perspective de contribuer au bien-être d'une personne en fin de vie donne une dimension supplémentaire à chacune des mailles qu'elle assemble.

« Je peux prendre du temps pour moi tout en sachant que ce que je fais va servir à quelqu'un. »

La mère de Juanita Arsenault confectionnait autrefois ce qu'elle appelait des « prayer shawls ». Lorsqu'elle apprenait qu'une personne était malade ou traversait une période difficile, elle lui tricotait un châle tout en l'accompagnant de ses prières.
Cette tradition a laissé sa trace chez Juanita, même si elle admet vivre sa spiritualité différemment.

« Moi, je ne suis pas vraiment une prieuse comme maman, mais des fois j'y pense. Pas trop souvent parce que ça devient profond. »

Une fois le châle bleu terminé, le rôle de Juanita Arsenault dans sa réalisation tire à sa fin. Celui du morceau toutefois, ne fait que commencer.

En route vers la destination

Remis à Hospice PEI, l’ouvrage entreprend alors un nouveau chapitre de son voyage. Il intègre un réseau de bénévoles, de coordonnateurs et de donateurs. Leur mission est d’apporter un peu de chaleur, de réconfort et de présence humaine aux personnes en fin de vie partout à l’Île-du-Prince-Édouard.

Pour Raquel Burrows, coordonnatrice des médias sociaux et des événements de l'organisme, les châles font partie d'une longue liste d'objets offerts par la communauté qui trouvent ensuite leur chemin vers ceux qui en ont besoin.

« Des gens nous donnent des bas, des couvertures, des châles et toutes sortes d'articles que nous redistribuons à nos bénéficiaires », explique-t-elle.

Derrière chacun de ces gestes se trouve un réseau de bénévoles dont le renouvellement demeure essentiel au maintien des services offerts par l'organisme.

« Plusieurs de nos bénévoles vieillissent, bien entendu, et nous cherchons constamment à recruter une nouvelle génération de personnes prêtes à nous prêter main-forte », ajoute t-elle. Elle souligne toutefois que les signes sont encourageants, alors qu'un nombre grandissant de jeunes choisissent de s'impliquer auprès de l'organisme.

Parallèlement, Hospice PEI multiplie les efforts pour faire connaître sa mission auprès du public. Que ce soit par l'entremise de son encan en ligne annuel, qui se déroulera du 3 au 17 août, de ses activités-bénéfice ou encore de son populaire événement Dancing with the Stars, l'organisme cherche à sensibiliser la population à son rôle au sein de la communauté.

Derrière chacune de ces initiatives demeure la même mission : offrir une présence humaine, du réconfort et de l'accompagnement aux personnes en fin de vie ainsi qu'à leurs proches.

Mais avant d'atteindre les épaules de la personne qui en bénéficiera, le châle doit encore franchir une dernière étape : trouver la bonne destinataire.

Le châle bleu tricoté par Juanita Arsenault entreprendra bientôt son voyage vers une personne en fin de vie accompagnée par Hospice PEI. (Photos : Eric Bergeron)

Entre de bonnes mains
C'est à ce moment qu'entre en scène Annie Rousseaux - Bridle, coordonnatrice des services d'hospice et de deuil pour Prince-Ouest. Son travail consiste à rencontrer les bénéficiaires, à comprendre leur réalité et à identifier les petites choses qui pourraient améliorer leur quotidien

« Je laisse les gens me raconter leur histoire de vie. Ensuite, je les jumelle avec un bénévole qui partage des intérêts ou un parcours semblable », explique Annie Rousseaux- Bridle. Cette proximité avec les bénéficiaires lui permet également de repérer les petits besoins qui peuvent avoir un grand impact au quotidien.

« Nous avons remarqué que certaines personnes dans les foyers de soins ou à l'hôpital avaient souvent froid aux épaules. Les couvertures sont merveilleuses, mais nous avons pensé qu'un châle serait parfois plus approprié. »

Lorsqu'elle reçoit un châle comme celui confectionné par Juanita Arsenault, elle sait généralement assez rapidement à qui il pourra apporter le plus de réconfort.

« Les personnes qui reçoivent ces objets ont déjà perdu tellement de choses et vivent tellement d'épreuves qu'un simple châle pour les garder au chaud devient quelque chose d'énorme. »

Cette philosophie guide l'ensemble du travail d'Hospice PEI. Un bénévole qui passe prendre un thé avec une personne seule. Une promenade en voiture. Des fleurs livrées à l'hôpital. Une boîte de biscuits Bear Paws pour un bénéficiaire qui en raffole. Même la visite d'un joueur de cornemuse pour un ancien musicien. « Ces petites choses deviennent en réalité de très grandes choses. »

La fin du voyage

Et pourtant, selon Annie Rousseaux-Bridle, le voyage du châle ne s'arrête pas nécessairement avec la personne qui le reçoit.
Après le décès d'un bénéficiaire, l'objet peut parfois acquérir une tout autre signification.

« Puis il devient un objet de mémoire.»

Elle raconte avoir déjà remis une couverture à une patiente hospitalisée. Après son décès, sa famille a communiqué avec elle pour lui dire qu'elle conservait précieusement cette couverture.

« C'était quelque chose qu'elle avait utilisé à la fin de sa vie et que sa famille pouvait maintenant garder comme souvenir. »

Le même destin attend peut-être le châle bleu tricoté dans le salon de Juanita Arsenault.

« Sans les tricoteuses, les crocheteuses et les quilteuses de notre communauté, nous ne pourrions pas offrir ces objets qui deviennent parfois une partie importante de l'histoire d'une famille. »

Le châle n'a pas encore atteint sa destination finale. Peut-être réchauffera-t-il bientôt les épaules d'une résidente de Wedgwood Manor ou d'une bénéficiaire recevant des soins à domicile.

Une chose est toutefois certaine : son voyage est loin d'être terminé.

La télévision éclaire la pièce d'une lumière vive et changeante. En sourdine, les dialogues d'une émission dont Juanita Arsenault connaît déjà le dénouement se mêlent au cliquetis régulier de ses aiguilles à tricoter.

Le châle bleu a quitté son panier à tricot pour entreprendre son propre voyage. Mais sur les genoux de Juanita, une nouvelle pelote de coton attend déjà son tour. Car si le voyage d'un châle s'achève un jour entre les mains d'une famille, une autre commence souvent, maille après maille, dans le calme d'un salon de Tignish.

Chale 3

Chargée d'identifier les besoins des bénéficiaires accompagnés par Hospice PEI, Annie Rousseaux-Bridle verra à ce que le châle confectionné par Juanita Arsenault trouve la personne qui en tirera le plus grand bénéfice.



 

 

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