Communauté
04 Juillet 2026 Par Eric Bergeron

Le Musée acadien de l’Île-du-Prince-Édouard a accueilli une foule nombreuse le 28 juin dernier à l’occasion du vernissage soulignant le 50e anniversaire de La Voix acadienne. L’exposition propose un retour sur un demisiècle d’histoire acadienne et francophone à l’Île à travers les pages du journal.

Pour ouvrir l’activité, la directrice du Musée acadien, Noëlla Richard, a rappelé les liens particuliers qui l’unissent au journal. Ancienne correspondante étudiante pour l’École Évangéline puis employée à la chambre noire, elle a expliqué que l’idée de l’exposition lui est venue dès qu’elle a appris que La Voix acadienne célébrait ses 50 ans.

« Quand j’ai su que La Voix acadienne fêtait ses 50 ans, c’était : wow, il faut faire une grosse célébration. », a-t-elle expliqué.

« À travers le journal j’ai vraiment pu voir l’évolution de notre communauté. Comment on a ramassé l’argent pour nos édifices, comment les organismes communautaires sontnés et comment les gens ont travaillé fort pour conserver notre langue et notre culture », a-t-elle souligné avant de présenter l’invitée d’honneur, la directrice de La Voix acadienne, Marcia Enman.

2

Les invités ont ensuite été conviés à revisiter les 50 dernières années du journal en compagnie de la directrice. À quelques mois de son départ à la retraite après près d’un demi-siècle à La Voix acadienne, celle-ci a guidé le groupe à travers l’exposition, racontant avec humour, émotion et franchise les dessous de la production d’un journal communautaire avant l’arrivée du numérique.

« Il y a des centaines de personnes qui ont contribué au journal », a-t-elle rappelé en présentant un panneau de photographies regroupant des personnes qui ont travaillé comme employés et participé à la vie du journal depuis 1975 en mentionnant que la grande image ne représente pas tous les visages.

Devant ce véritable album de famille de La Voix acadienne, Marcia s’arrêtait régulièrement pour reconnaître un visage, raconter un souvenir ou saluer d’anciens collègues présents dans la salle. Les anecdotes, accompagnées de rires et de commentaires souvent lancés par les visiteurs eux-mêmes, ont fait de ces retrouvailles un moment particulièrement apprécié.

Comment on s’y prenait

Devant un présentoir regroupant d’anciens outils de production, Marcia a raconté comment les textes étaient d’abord tapés puis imprimés en longues colonnes. Chaque article devait ensuite être découpé et collé sur des planches de montage. Une correction de dernière minute signifiait parfois découper une ligne entière et en recoller une autre par-dessus.

« Des fois ça tombait à l’envers, puis il fallait recommencer », racontait-elle en comparant cette méthode artisanale aux outils numériques utilisés aujourd’hui. 

Plusieurs objets rappelaient également l’époque de la chambre noire. Les visiteurs ont appris que les photographies étaient développées manuellement et qu’une simple ouverture de porte pouvait compromettre tout le travail de la semaine.

« Si quelqu’un ouvrait la porte et qu’une lumière entrait, il n’y aurait plus de photos pour le journal de cette semaine», a-t-elle expliqué.

3

En parlant des premières années d’impression, elle a raconté que certains travailleurs de l’imprimerie n’étaient pas toujours tendres envers le journal francophone. « Les gars qui roulaient la presse étaient cranky. »

Ils appelaient parfois les employés du journal les « frogs » et Marcia avait déjà dû intervenir auprès du patron. Avec le recul, elle nuance toutefois le souvenir en expliquant que leur frustration visait surtout la vieille presse et ses problèmes mécaniques plutôt que le journal francophone lui-même.

La révolution informatique

Parmi les souvenirs qui ont suscité les rires, Mme Enman a raconté l’arrivée des premiers ordinateurs offerts grâce à un projet financé par la France.

À l’époque, l’équipe avait même reçu plusieurs mois de formation pour apprendre à utiliser les nouveaux outils. Malgré tout, la confiance n’était pas immédiate. Chargée de transférer les listes d’abonnés dans le système informatique, Marcia a continué pendant près de deux ans à tenir une copie complète sur fiches cartonnées.

« Je gardais encore mes petites cartes parce que je ne faisais pas confiance à l’ordinateur », a-t-elle raconté sous les rires des visiteurs.

Les nuits de production

La visite a aussi permis de retracer l’évolution des lieux de production du journal, depuis les premiers bureaux voisins Capital Theater, au Centre J.-Henri Blanchard et jusqu’au Centre Belle-Alliance aujourd’hui.

Mme Enman a notamment rappelé qu’à une certaine époque, les pages complètes du journal étaient transportées à pied jusqu’à l’imprimerie du Journal-Pioneer après une nuit entière de travail.

« On partait avec la boîte puis on marchait jusqu’à l’imprimerie après une semaine et une nuit presque complète du lundi soir à monter le journal», s’est elle souvenue.

4

Un autre arrêt devant un grand panneau consacré à la Fondation Jean-H.-Doiron a permis d’expliquer la création de cet organisme mis sur pied afin de contribuer à assurer l’avenir du journal. Marcia a également présenté plusieurs récompenses reçues au fil des décennies.

En désignant le présentoir consacré aux distinctions, elle l’a décrit en riant comme son « bragging board », tout en précisant que ces honneurs appartiennent à l’ensemble des personnes qui ont fait vivre le journal au fil des ans.

Reflet de la communauté

Au fil de la visite, un thème revenait constamment : celui du journal comme mémoire collective de la communauté acadienne et francophone de l’Île.

« La Voix acadienne, c’est notre seule mémoire des 50 dernières années qui peut vraiment représenter ce qui s’est passé dans la communauté », a affirmé Marcia Enman.

5

En parcourant les anciennes photographies, les premières éditions, les outils aujourd’hui disparus et les nombreux souvenirs évoqués, les visiteurs ont pu replonger dans cinquante ans de vie communautaire racontés dans les pages de leur journal.

L’exposition est présentée au Musée acadien de l’ÎPÉ à Miscouche pour toute la saison estivale et pourrait être prolongée au-delà de l’été.

6

Abonnez-vous à La Voix acadienne pour recevoir votre copie électronique ou la version papier

Communauté