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19 Janvier 2026 Par Eric Bergeron
Allan et James Jeffrey perpétuent une pratique hivernale : la pêche à l’éperlan sur glace.

La pratique d’un passe-temps hivernal se résume souvent à la raquette, au ski, au patin ou même au vélo sur neige. La baie de Bedeque à Summerside accueille pourtant, chaque hiver, son lot de passionnés d’une activité plus discrète. Vous l’avez sans doute déjà constaté, ne serait-ce que par les cabanes qui ponctuent la glace. Rencontre avec deux de ces fervents amateurs de la pêche sur glace.

Situées à une centaine de mètres de la rive, deux petites cabanes d’environ huit par dix pieds sont déposées sur la glace de façon semi-permanente pour la saison. Ces bâtisses de bois sont revêtues de vinyle et leur toiture est en tôle. Un amoncellement de glace les entoure afin de prévenir l’infiltration du vent et de la neige. Pesant entre 700 et 1 000 livres, ces structures étonnent par le simple fait qu’elles ne se retrouvent pas au fond de l’eau. Le fait de les rejoindre à pied est stressant. La glace tiendra-t-elle? Mais une fois sur place, l’accueil en vaut largement la peine. À l’intérieur, l’atmosphère est agréable, humide, chaude et accueillante.

Allan Jeffrey est assis sur un banc de bois, face à une tranchée qu’il a découpée dans la glace. Elle fait environ cinq pieds de long et un pied et demi de large. On constate que la glace atteint une épaisseur d’une dizaine de pouces en cette journée venteuse et très froide.

Une petite radio, posée sur une tablette, joue en sourdine, tandis que le chauffage est assuré par un brûleur au propane qui sert aussi à cuire les repas. Allan s’y retrouve quotidiennement.

«J’arrive vers 10 h le matin et je quitte habituellement vers 16 heures l’après-midi», explique-t-il. Il fait aller sa ligne de haut en bas. Elle s’enroule autour d’un petit bâton, semblable à ceux que l’on utilise pour mélanger la peinture. Le fond de la baie est clairement visible. Il est étonnant de constater à quel point l’eau est lumineuse et peu profonde.

« C’est normal, la neige agit comme un diffuseur, explique Allan. On croirait qu’elle bloque la lumière, mais c’est le contraire. Au fond, j’ai déposé une tôle blanche de la taille du trou. Voyez, elle reste en place grâce aux briques que j’ai laissées tomber dessus. Le but est d’attirer le poisson avec la lumière qui en est réfléchie. La profondeur de l’eau n’est que d’environ quatre pieds. »  Surprenant de constater qu’aussi loin du rivage, l’eau n’est pas plus profonde.

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Les éperlans se font plus rares

«Autrefois, on retrouvait une quarantaine de cabanes ici, raconte le pêcheur. On pêchait l’éperlan comme ça ne se pouvait pas. Aujourd’hui, il n’y a plus que mon frère James dans la cabane d’à côté. Un peu plus loin, il y a deux autres abris. Mais c’est tout », explique Allan Jeffrey.

Visiblement, l’achalandage a diminué au fil du temps. Le nombre d’éperlans aussi. «À l’époque, on atteignait notre quota quotidien de 60 poissons en seulement quelques heures. En plus, on était preque une centaine à pêcher. C’était fantastique. Mais aujourd’hui, ça s’peut pas comment les choses ont changé.» Malgré plus de cinq heures passées sur son banc ce jour-là, Allan n’a récolté que quatre éperlans.

La porte s’ouvre. James entre. Les deux frères échangent un regard. L’un baisse la tête, l’autre hoche la sienne. « J’en ai attrapé juste un », dit James après un court silence. Selon eux, la présence accrue du bar rayé y est pour quelque chose. Comme la loi prévoit des restrictions sévères quant à sa pêche, ils sont nombreux. Et ils ont faim.  Ils raffolent de l’éperlan», ajoute Allan. «Et les phoques aussi.»

À côté de lui, plusieurs appâts ont été prévus afin de multiplier les chances : de l’avoine, des pommes de terre et de la morue. «Rien ne marche. En plus, il y a les filets commerciaux installés près du Yacht Club, qui capturent eux aussi l’éperlan. »

Malgré la frustration, les deux frères s’entendent sur un point : ils ne peuvent s’arrêter de pêcher de cette façon. Pour eux, ce n’est pas qu’un sport. C’est une pratique héritée d’une génération qui a appris à apprivoiser l’hiver.

«On s’y nourrissait. On vivait bien. Le plaisir y est encore, malgré tout. Après presque quarante ans, on ne va pas arrêter de faire ce qu’on aime juste parce que c’est plus difficile. On est faits plus forts que ça. »

Le retour vers la berge se fait dans le silence. Le soleil a fait fondre les deux premiers pouces de glace, et la sloche éclabousse sous les pas. Rien d’inquiétant toutefois, rappelle-t-on, puisque le fond n’est qu’à quatre pieds. Et le poisson lui, y sera peut-être demain.

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