Ils sont trois frères. Michel, Terrence et Maurice Richard. Ensemble, ils cumulent plus d’un siècle et demi de travail chez Cavendish Agri Services. La Voix acadienne les a rencontrés chez Maurice. Pour l’occasion, le poêle à bois avait été bien alimenté. Dehors, la soirée était froide. Dedans, la chaleur grimpait à mesure que les rires éclataient. Au menu : souvenirs, réflexions et fierté.
Quand on leur demande comment ils font pour travailler ensemble depuis si longtemps, les regards de Terrence et de Maurice se tournent vers Michel, qui lève légèrement les épaules et répond simplement : «on s’entend bien ensemble». Les deux autres frères confirment en hochant la tête simultanément. Assis autour de la table, les trois sont entourés de photos de famille accrochées au mur, que chacun regarde à l’occasion, comme pour réfléchir avant de répondre.
L’histoire commence alors que le jeune Michel est en compagnie de sa petite copine de l’époque. Le frère de sa copine ne filait vraiment pas bien. «Il me regarde et me demande si ça ne me tentait pas d’aller
le remplacer pour son quart de travail», explique-t-il. «J’ai réfléchi une minute, et comme je n’avais rien d’autre de prévu pour la journée, j’ai dit pourquoi pas. Finalement, je ne suis jamais reparti.» Embauché le jour même, Michel était loin de se douter qu’il venait d’écrire la première page de son aventure chez Cavendish Agri Services. Il y est depuis plus de 55 ans !
Quelques années plus tard, c’était au tour de Maurice d’accompagner Michel. Terrence a ensuite emboîté le pas, et les trois s’y trouvent toujours aujourd’hui.
Qu’est-ce qui les a fait rester au même emploi tout ce temps-ci? Les gens, en premier. «C’est du bien bon monde», affirme Terrence. À l’usine d’engrais, les journées passent vite et le travail est varié.
Le travail d’autrefois…
Michel explique qu’à l’époque, leur salaire d’un dollar de l’heure leur permettait de bien vivre. « Nous étions motivés. Il y avait beaucoup à apprendre pour bien mélanger les fertilisants. Ensemble, nous avons formé une équipe solide.» Ces mélanges autrefois concoctés à la main dans des sacs de 25 kilos sont aujourd’hui, heureusement, mécanisés. «Le fertilisant employé de nos jours est taillé sur mesure pour les besoins précis des fermiers et du champ même dans lequel l’épandage aura lieu. Son voisin peut avoir des conditions légèrement différentes et, nous, on lui mélange une recette uniquement selon ses exigences.» La fierté est palpable. Les frères ont le tour.
Les agriculteurs font aussi partie de l’héritage des frères Richard. Tous les connaissent depuis des générations. «On fait affaire avec les mêmes familles. Plusieurs y sont encore.», raconte Michel. Une continuité qui leur ressemble bien.
Le travail, lui, est dur. Les heures sont longues. En haute saison printanière, il n’est pas surprenant de voir les trois frères au poste sept jours par semaine. Et quand les bateaux, chargés de matériel brut, arrivent au port, les horaires s’étirent davantage. «Douze ou quatorze heures par jour, il faut ce qu’il faut pour s’assurer de bien faire. »
Changements et habitudes…
Les changements se sont graduellement imposés à l’usine d’engrais au fil des années. L’automatisation, l’informatisation et la spécialisation des produits font maintenant partie du quotidien. Michel note également un changement dans les habitudes des jeunes travailleurs. «Dès que la pause arrive, ils sont sur leur téléphone cellulaire», observe-t-il, précisant qu’à leur époque, c’était plutôt la cigarette.
Malgré ces évolutions, le travail consciencieux et la sécurité demeurent prioritaires à l’usine. Les erreurs peuvent survenir, mais les procédures sont claires. Lorsqu’un problème est détecté, la chaîne d’alimentation est arrêtée. «On y passe tous, à un moment donné ou à un autre», souligne Michel.
Interrogés sur les raisons qui les motivent à continuer après toutes ces années, les réponses sont directes. «Parce qu’on aime ça. La retraite viendra quand le temps viendra, mais pour l’instant, on préfère travailler», affirme Terrence. Michel partage le même point de vue. «Si je ne travaille pas, je vais tourner en rond à la maison. Je suis peut-être d’accord pour ralentir un peu dans l’avenir, mais pour l’instant, je continue. »
Maurice et Terrence confirment en hochant la tête en silence. Assis autour de la table, le poêle à bois s’est calmé un peu avec les heures, mais la détermination des frères Richard demeure toujours intacte.
Et l’entretien se conclut ainsi, car «demain, c’est jour de travail».
