Communauté
11 Septembre 2025 Par Jacinthe Laforest
Même à la retraite, le père Albin Arsenault reste disponible en cas de besoin. Installé dans le presbytère de la paroisse St. Patrick de Grand River, il s’est entouré d’objets qui ont marqué son cheminement. (Photo : J.L.)

 

Le dernier prêtre acadien natif de l’Île-du-Prince-Édouard a pris sa retraite plus tôt cette année.  Maintenant installé au presbytère de Grand-River, le père Albin Arsenault entend continuer à servir, tout en consacrant plus de temps à ses activités préférées, comme la marche et la lecture. 

Au bel âge de 70 ans, après une carrière de 44 ans comme prêtre diocésain au cours de laquelle il a réparé et pour ainsi dire sauvé six églises, le père Albin Arsenault a décidé de prendre sa retraite. 

Le mot «retraite» est particulièrement mal adapté au programme qu’envisage le père Albin.  «Je reste prêtre et je vais continuer de servir.  Je vais remplacer des prêtres pour les messes de fin de semaine et de semaine, au besoin.  Je vais aussi, sans doute, célébrer des funérailles et des mariages.  J’ai aménagé un petit bureau pour accueillir les familles et les gens.  Je vais rester très actif, mais je vais aussi avoir plus de temps pour reprendre mes habitudes.  Depuis plus d’un an, je n’ai pas eu le temps de prendre mes longues marches», dit le prêtre.

Être le dernier prêtre acadien natif de l’Île n’est pas un titre qu’il veut conserver ad vitam aeternam.  «J’avais 6 ans lorsque j’ai reçu mon appel.  C’était clair et net.  Je ne pouvais pas ne pas répondre.  Je disais des messes en “latin“ les fins de semaine.  Ma tante Hélène Gallant m’avait fait une chasuble de prêtre pour mataille et je la portais.  Je sais qu’il y a encore des appels à la vocation.  On les entend moins, mais ils sont encore là.  Je ne perds pas espoir de voir un jeune, ou un moins jeune, répondre à un appel, comme moi je l’ai fait», dit le prêtre. 

Évidemment, les choses ont changé.  «Le célibat, ça me convenait, mais pour d’autres, c’est un obstacle.  Au fil de mes lectures, j’en suis venu à me ranger en faveur du mariage des prêtres.  L’église est aussi plus ouverte que dans le passé à inclure des femmes et des laïques.  Ça va se transformer, je ne perds pas espoir.»

Entouré d’objets chers à son cœur

Le père Albin Arsenault aime s’entourer de beauté et surtout, d’objets qui lui rappellent des étapes de son parcours et des personnes rencontrées sur sa route.  Cadeaux, achats, projets de restauration, chaque objet, en plus de sa valeur intrinsèque, symbolise son attachement à sa foi et à sa culture acadienne et l’attachement de ses paroissiens envers lui. 

«Ce sont les paroissiens de Rustico qui m’ont fait ce cadeau, à Noël 2024», dit-il, en montrant une magnifique courtepointe personnalisée où chaque carreau représente un morceau de la vie et des réalisations du prêtre.  La courte-pointe est pliée de manière à ce qu’une fois posée sur le garde d’escalier, les carreaux représentant les églises où il a servi soient bien visibles. 

«J’ai aimé toutes les paroisses où j’ai servi, mais il y en a trois où j’ai particulièrement apprécié le sens de la communauté : Tignish, Sainte-Anne/Hope River et Grand River.  D’ailleurs, quand j’ai su que le presbytère ici, à Grand River, était libre, j’ai demandé à venir l’habiter», dit le prêtre qui, de 2010 à 2014, avait réussi à sauver ce même presbytère d’une démolition quasi assurée.  «Quand je suis arrivé, j’ai tout de suite vu qu’il fallait faire quelque chose.  Les paroissiens hésitaient à investir, car il y a seulement 65 familles.  J’ai pris les choses en main, on a eu l’argent et on a, entre autres, repeint l’église dans des couleurs plus appropriées.  C’est la seconde plus vieille église en bois du diocèse, après Rustico.  Et le presbytère…»

«C’est à Tignish que je veux être enterré»

Le père Albin Arsenault a été curé de Tignish pendant 16 ans.  «J’ai aimé chaque instant. Les paroissiens m’ont enseigné tellement de leçons.  Je leur en serai toujours reconnaissant.  L’église de Tignish est la première que j’ai aidé à rénover à l’extérieur et à peindre à l’intérieur.  À l’extérieur, la brique était en très mauvais état sur tout un pan du mur.  J’ai été privilégié d’être curé pendant les fêtes du bicentenaire en 1999, et c’est en prévision de cet anniversaire que l’intérieur a été refait», précise le père Arsenault. 

En tout, le bâtisseur a redonné leur dignité à six églises : après Tignish, il y a eu Miscouche, Palmer-Road, Miminegash, Wellington et Grand-River, pas nécessairement en ordre chronologique. 

Il a de très nombreux amis à Tignish et tente, autant que possible, d’être là pour eux.  «Un cher ami de Tignish est décédé le 19 décembre 2022.  Ça me fait encore de la peine de ne pas avoir pu célébrer ses funérailles.  C’était la dernière chose que j’aurais pu faire pour lui et je n’ai pas été capable de me rendre», dit-il avec regret.  Il ajoute : «célébrer les funérailles de quelqu’un, ça me permet de l’accompagner jusqu’à la fin et ça m’aide à faire mon deuil.  J’ai lu beaucoup et je n’ai jamais cessé de m’éduquer, autant pour bien accompagner les gens dans le deuil que pour les accompagner dans leur projet de mariage.  Je passe beaucoup de temps avec les gens, pour leur permettre de vivre pleinement les rituels.  Lorsque j’étais à Palmer Road, j’ai commencé à accompagner des couples sur le point de se marier pour une pleine journée, pour qu’ils soient à l’aise avec moi et aient l’occasion de poser desquestions.  Ça semble leur apporter beaucoup», dit le célébrant dévoué qui croit être le seul à avoir intégré cette pratique. 

Dans les mois et les années qui viennent, le père Albin Arsenault aura maintes occasions de poursuivre son chemin en tant que «pèlerin d’espérance».

 2 pere albin

3 pere albin

4 pere albin

5 pere albin

Abonnez-vous à La Voix acadienne pour recevoir votre copie électronique ou la version papier

Communauté