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10 Mars 2022 Par Jacinthe Laforest / IJL – Réseau.Presse – La Voix acadienne
Léo et Éva Richard se sont mariés en 1951.  «Quand on était jeune, c’était le carême à l’année longue», dit Léo. 

Le mercredi 2 mars était le Mercredi des Cendres, le premier jour du carême 2022.  À cette occasion, La Voix acadienne a rencontré quatre résidents du foyer de soins communautaires, Le Chez-Nous, à Wellington, pour recueillir quelques souvenirs de cette période spéciale de l’année.  Les résidents ont été choisis par l’administration.  

Marianne Arsenault se souvient du carême comme d’une période très spéciale.  «Nos parents nous faisaient penser de faire despénitences.  Je me souviens surtout de nos sacs de carême.  C’était ma grand-mère Jacqueline, qui nous faisait nos sacs.  Tout le long du carême, si on recevait un bonbon ou une gâterie, on le mettait dans ce sac.  À Pâques, on étalait nos affaires et on les mangeait», dit Marianne.  

Le sac de carême était un simple petit étui en tissu avec une «amarre».  «Je ne pense pas que d’autres familles avaient cela.  C’était juste chez nous, les 14 enfants de Joséphine et Arthur à Jos Bibienne», précise Marianne.  

La dame se souvient que pendant le carême, il fallait «s’accorder avec les autres et ne pas se moquer».  «Ce n’était pas juste pendant le carême, mais je pense que durant ces semaines-là, les adultes en profitaient pour faire des petites interventions religieuses», dit-elle.  

Pour l’enfant qu’elle était, le carême est associé à l’interdiction de manger des sucreries, mais elle affirme que ses frères et sœurs et elle-même n’ont jamais connu la faim, ni pendant le carême, ni durant le reste de l’année.  «Ma mère faisait des miracles avec la nourriture, et mon père, Arthur, a toujours eu confiance dans la providence.  Même quand il perdait un emploi, il nous disait de ne pas nous inquiéter, que le bon Dieu ne laissait pas les petits oiseaux mourir de faim.»

En grandissant, lorsqu’elle a eu ses propres enfants, les contraintes du carême étaient moins sévères.  «Mes enfants n’ont jamais eu de petits sacs de carême», dit-elle. 

Irène Arsenault, née Bernard, se souvient que toute jeune, avant même qu’elle commence à aller à l’école, sa grand-mère, Madeleine Bernard, l’emmenait à la messe très tôt le matin (en cheval et carriole) pendant le carême.  «C’était ma grand-mère qui conduisait.  L’hiver, ça allait bien.  On passait à travers le “mocauque“ entre Saint-Philippe et l’église de Baie-Egmont.»

Irène, aînée de 15 enfants, se souvient qu’on disait aux enfants qu’il fallait faire des pénitences.  «On se passait de certaines choses à manger.  Je ne me souviens pas que ça me dérangeait.  Je n’ai jamais été facile à déranger. Mais c’était un soulagement quand Pâques arrivait.»

Irène a enseigné six ans avant de se marier avec Tilmon Arsenault.  «Avec mes 11 enfants et la business de construction de bateaux de mon mari, j’étais bien trop occupée pour m’assurer que tout le monde fasse le carême.  Et puis, c’était devenu moins sévère», dit-elle.  

Léo et Éva Richard ont eux aussi gardé des souvenirs des carêmes du temps qu’ils étaient enfants.  «Asteure, le carême, on s’en aperçoit pas, mais dans le temps, c’était pas mal strict», dit Léo Richard.  

Le plus jeune de neuf enfants, devenu orphelin de père à 4 ans, se rappelle que des gens arrêtaient de fumer et de boire pendant le carême, qui finissait, dit-il, le Samedi Saint à 12 heures.  «Si tu mangeais avant 12 h, tu mangeais du poisson.  Si tu mangeais après 12 h, tu pouvaismanger de la viande.»

Alors que Léo est natif de Mont-Carmel, Éva vient de Saint-Philippe, à Baie-Egmont.  «On restait à quatre milles de l’église.  Quand la semaine sainte arrivait, les chemins étaient trop laids pour aller à la messe en chevaux.  On y allait à pied», dit Éva.  Par chance, une parente habitait non loin de l’église et il arrivait que les enfants y passent une nuit pour couper sur les heures de marche.  

«Pendant le carême, il fallait faire des pénitences.  On promettait de faire des sacrifices, mais des fois, on les faisait pas.  On oubliait», avoue-t-elle.  

Léo Richard, qui a grandi non loin de l’église de Mont-Carmel, est resté marqué par le nombre de messes qu’il y avait pendant la semaine sainte.  «Ça commençait le mercredi, jusqu’au dimanche.  Je me rappelle des lamentations.  À un moment donné, ils corvaient les chandelles.»

Ni Léo ni Éva n’ont été marqués par l’absence de viande dans le menu du carême.  «Je ne me souviens pas de ce qu’on mangeait.  Ça ne devait pas être si différent du reste de l’année.  Dans ce temps-là, on faisait carême à l’année longue», dit Léo.  

Careme aines2Irène Arsenault, née Bernard, est l’aînée d’une famille de 15 enfants.  Elle se souvient que toute jeune, sa grand-mère l’amenait à la messe le matin les jours de carême.

Careme aines3Marianne Arsenault se souvient que sa grand-mère Jacqueline donnait des petits sacs de carême à ses petits-enfants.  (Photos : J.L.)

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