L’antenne acadienne de l’Acfas, Acfas Acadie, a été officiellement lancée à la fin de l’année 2019. La pandémie a frappé juste au moment où le regroupement préparait ses premières activités. Ce n’était que partie remise. Le tout premier «Bistro des sciences en français» de l’Acfas Acadie à Charlottetown a eu lieu le vendredi 26 novembre sur le campus de l’université prince-édouardienne.
Il est déjà question d’un nouveau rendez-vous en mars prochain.
L’Université de l’Île-du-Prince-Édouard n’est pas la première université à laquelle on pense quand il est question de recherches en français et pourtant, un nombre étonnant de professeurs parle français. Le tout premier «Bistro des sciences en français a réuni trois chercheurs dans trois domaines différents : Sanda Badescu en littérature, Sami Khedhiri en mathématique et Christian Lacroix en biologie.
Sanda Badescu, du Département de langues modernes, s’est interrogée sur l’impact du coronavirus qui en quelques mois, a entièrement bouleversé et transformé notre monde, nous poussant à repenser et restructurer notre quotidien.
«Cela a changé notre rapport à notre espace habituel et notre perception de cet espace. Or, l’espace, et plus particulièrement notre rapport individuel et collectif à l’espace, est un thème qui depuis des siècles a été exploré à fond dans la littérature. Notre vieux et toujours jeune Marcel Proust nous prête main-forte en termes d’évaluation de l’espace clos, personnel et familier», assure-t-elle.
Sa recherche sur les notions d’espace dans la littérature française sera étalée dans un article qu’elle espère voir publier d’ici environ deux ans, dans une revue spécialisée.
Christian Lacroix du Département de biologie, a parlé de son travail de recherche sur l’aster du golfe du Saint-Laurent avec ses collègues du parc national. L’espèce en question est menacée et figure parmi plusieurs autres au Canada sous la protection des espèces à risques.
«Pourquoi s’intéresser à une plante menacée et tenter de la sauver? Parce que les recherches nous disent que chaque espèce qui disparaît entraîne des répercussions sur 30 autres formes de vie», précise-t-il.
Sami Khedhiri, de l’École des sciences mathématiques et informatiques, avoue que la plupart de ses travaux de recherche sont en anglais. «J’ai un manuscrit récent en français que j’ai essayé de publier, mais cela s’avère un défi si on vise à publier dans une revue scientifique de haut niveau, ce qui signifie généralement une revue avec un facteur d’impact élevé. Pour moi, la question principale est la suivante : si on souhaite publier en français, comment peut-on intéresser les éditeurs des revues de haut niveau à accepter nos travaux?»
Cette question de l’obligation de publier et les notions «de facteurs d’impact» élevé ou bas ont monopolisé une partie de la discussion qui a suivi les présentations formelles.
«Un facteur d’impact ou FI (tel que décrit dans Wikipedia) est un indicateur qui estime indirectement la visibilité d’une revue scientifique. Pour une année donnée, le FI d’une revue est égal à la moyenne des nombres de citations des articles de cette revue publiés durant les deux années précédentes. Ces facteurs d’impact, qui mesurent une certaine visibilité, sont considérés par certains gestionnaires de la recherche et certains chercheurs comme des critères pertinents: une revue, avec un FI élevé, serait ainsi considérée comme plus importante (parce que plus visible: plus lue et plus citée) qu’une revue avec un FI faible. Ces facteurs d’impact ont une influence certaine dans le domaine de la publication scientifique».
Cette façon de calculer l’impact d’une revue ne fait pas l’unanimité. Publier dans une revue à FI élevé, n’est pas la garantie qu’un article sera cité. Mais cela contribue à la réputation du chercheur et de l’institution où il travaille, d’où une pression accrue de publier en anglais.
La recherche en français est-elle la même qu’en anglais?
Selon les participants au premier «Bistro des sciences en français» à Charlottetown, il n’existe pas de recherches qui peuvent se faire seulement en français. Un chercheur anglophone peut très bien s’intéresser à un sujet francophone. Cependant, deux chercheurs (un francophone et un anglophone) ayant des connaissances semblables et travaillant sur un sujet semblable, arriveront-ils aux mêmes résultats? «C’est une excellente question, mais nous n’avons pas de réponse. Les deux chercheurs ayant grandi dans des milieux différents, ils ont des référents qui leur sont propres et qui peuvent les influencer ou les orienter sur des pistes que l’autre ne considérerait pas», ont commenté quelques professeurs.
Carlo Lavoie est le président du volet prince-édouardien d’Acfas-Acadie et selon lui, c’est important de permettre à des chercheurs francophones d’échanger en français et de parler en français de leurs travaux de recherches, même si ceux-ci se font en anglais, surtout dans une université comme UPEI. Carlo Lavoie se réjouit aussi de l’annonce par le gouvernement du Québec sur la création d’un Service d’aide à la recherche en français au Canada, un service qui vise l’égalité réelle des francophones dans l’univers de la recherche.
Ce tout premier Bistro des sciences était présenté par le Département de langues modernes d’UPEI, en collaboration avec le Bureau de la recherche d’UPEI (Programme d’appui aux colloques et ateliers) et l’Acfas-Acadie.

Carlo Lavoie, professeur au département des langues modernes à UPEI, était l’animateur de ce premier Bistro des sciences. Il est le représentant de l’Île au sein de l’Acfas Acadie.

Sanda Badescu, professeure au département des langues modernes, parle de ses recherches en littérature, en ce qui a trait au rapport à l’espace. Un sujet d’actualité depuis la pandémie.

Shami Khedhiri est professeur au département de mathématiques. Ses travaux portent sur l’établissement de modèles de prédictions. (Photos : J.L.)