Communauté
03 novembre 2021 Par Jacinthe Laforest
Donald DesRoches est le président du Collège de l’Île. «Ce qui continue à me motiver, après toutes ces années, c’est la même mission de travailler pour l’épanouissement de la communauté en français.»

Le président du Collège de l’Île , Donald DesRoches, n’a pas été autrement surpris, que la question du déménagement du Collège de l’Île vers Summerside, soit apportée à l’assemblée générale annuelle de la SAF’Île.  Ce qu’il trouve dommage, c’est de n’avoir pas encore de projet concret à présenter en contre-partie. 

Il faut se reporter en 1993, année de la création du Collège.  La région Évangéline était le choix naturel.  La population francophone et donc, la clientèle visée par le collège était à portée de main.  Il n’y avait pas d’école française à Summerside, ni à Prince-Ouest, Rustico et Souris.

Avec l’ouverture des écoles françaises dans les six régions, des familles qui restaient dans la région Évangéline pour l’école, entre autres, ont commencé à graviter vers Charlottetown et surtout Summerside. 

La tendance vers les villes est mondiale et même dans leurs pays respectifs, les étudiants internationaux sont dans cette mouvance.  «Nos étudiants internationaux, qui forment 80 % ou plus de notre clientèle cette année, choisissent d’habiter à Charlottetown, plutôt qu’à Wellington.  Dans ce contexte, mon inquiétude fondamentale, c’est qu’au bout de quelques années, le Collège de l’Île sera exclusivement à Charlottetown.  Je n’ai rien contre Charlottetown, mais si tous nos étudiants sont à Charlottetown, ils feront des stages en milieu anglophone, et verront un patient francophone de temps en temps.  L’expérience ne sera pas la même.  Nos étudiants internationaux doivent apprendre le français pour étudier avec nous.  C’est important qu’ils sachent que ce n’est pas pour rien, que leur travail en français est valorisé et que leur présence comble un grand besoin», insiste le président DesRoches. 

En ce moment, le principal avantage de Wellington, dans les arguments en sa faveur, est la présence du foyer de soins communautaires Le Chez-Nous

«On a une entente avec Le Chez-Nous pour les stages de nos étudiants et pour nous, le Chez-Nous a une grande valeur pédagogique.  C’est le seul établissement à l’Île où nos étudiants peuvent vraiment comprendre à quel point des soins de santé en français sont essentiels.  Cela dit, ils choisissent tout de même d’habiter à Charlottetown et de suivre leurs cours théoriques à distance.  Quand vient le temps des stages et des cours de laboratoire, qui sont à Wellington, le transport est très laborieux à organiser et coûte cher».

Une institution «normale», qui prendrait des décisions basées essentiellement sur l’efficacité, choisirait de rapporter toutes ses opérations en un seul endroit, là où sa clientèle se trouve, c’est-à-dire Charlottetown.  Par souci d’économie sur des dépenses non nécessaires, les lieux de stages seraient centralisés autour du campus de Charlottetown.  Les stages au Chez-Nous seraient abandonnés ou raccourcis, le laboratoire d’enseignement, qui se trouve actuellement à Wellington, serait déménagé à Charlottetown, ainsi de suite. 

Bien qu’elle ne règle pas tous les problèmes, l’option de Summerside apparaît comme un juste milieu.  En ce moment, le Collège n’est pas présent à Summerside.  Il s’agirait d’une présence entièrement nouvelle.  «Si on leur offre seulement le choix entre Wellington et Charlottetown, les étudiants choisiront Charlottetown.  On le sait parce qu’ils le font déjà.  Mais si on leur présente une option avantageuse à Summerside, il y a des chances que les étudiants choisissent de rester dans le comté de Prince.  Du moins, c’est le calcul que l’on fait», dit Donald DesRoches.  De Summerside, ajoute-t-il, c’est facile d’organiser un transport vers le Chez-Nous, où les étudiants font des stages.  Ça serait aussi réaliste d’organiser des sorties au Village musical acadien, et dans d’autres activités.  Lorsqu’ils seront appelés à choisir un milieu de vie, ils iront peut-être vers Évangéline, surtout, s’il y a du logement, ce qu’il n’y a pas actuellement. 

Peu importe les options, des investissements seront inévitables. 

Le campus de Wellington n’est pas adéquat et trop petit.  Il ne peut pas être reconstruit ni subir d’importants travaux d’aménagement (études à l’appui), entre autres pour des raisons environnementales.  Il est situé en milieu rural, dans une région où il n’y a pas de logements et où personne ne semble avoir d’intérêt à investir pour régler le dossier.  La région n’est desservie par aucun service de transport en commun. 

Le campus de Charlottetown est très petit. Les étudiants utilisent des classes du Collège Holland pour leurs cours.  Leur expérience d’étudier dans un collège francophone n’est pas optimale.  Par contre, il y a la ville, plus d’options de logement (même malgré la pénurie qui sévit là aussi), des salles de sport, des cinémas, du transport en commun, et une ambiance urbaine.  Rapporter toutes ses opérations à Charlottetown ne serait pas facile pour le Collège et serait très coûteux.

«Ma recommandation au conseil d’administration, c’est d’aller à Summerside.  On poursuit les démarches en ce sens.  Mais on est aussi sensible aux inquiétudes et aux conséquences que notre départ pour Summerside entraînerait pour Wellington», dit Donald DesRoches. 

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