La médiation culturelle est une nouvelle façon d’intégrer des œuvres d’art sur la place publique. L’artiste ne se contente pas de créer une œuvre pour embellir ou animer un espace. La création de l’œuvre doit obligatoirement s’appuyer sur une participation citoyenne. En période de pandémie, les options pour la participation citoyenne étaient limitées, mais l’artiste Lucie Bellemare a pu tirer son épingle du jeu. Son œuvre de métal réalisée à l’ÎPÉ sera installée à Shédiac plus tard en août.
C’est par une journée venteuse, plus tôt en juillet, que La Voix acadienne s’est rendue sur le site de la construction de la gigantesque œuvre d’art, qui mesurera pas moins de 20 pieds de haut, une fois installée.
«Le processus a été plus long que prévu. La COVID a tout ralenti. Le métal a été livré en retard, et mon soudeur Cyrus Gallant n’était pas toujours disponible parce qu’il a ses propres clients. Vu que je travaille dehors, je dépends de la météo. Et en plus, je ne pouvais pas me rendre au Nouveau-Brunswick pour la composante de participation citoyenne», résume Lucie Bellemare, son pinceau à la main, parlant tout en continuant son travail de retouches.
Pleine d’inventivité, Lucie Bellemare a toutefois réussi à stimuler la participation citoyenne au moyen de quatre ateliers virtuels, au cours desquels elle a demandé aux participants d’identifier, et d’illustrer par un symbole, la partie d’eux-mêmes qui est restée intacte malgré les succès qui ont pu transformer leur vie et en dépit des épreuves et les misères qu’ils ont rencontrées.
Car il faut bien le dire, l’œuvre sur laquelle Lucie Bellemare travaille depuis plusieurs mois est destinée au Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour, à Shédiac au Nouveau-Brunswick. «Peu importe qui on est, ce qu’on vit, je pense qu’il reste toujours dans notre être profond une parcelle de lumière qui ne s’éteint pas, tant qu’on est en vie. Certains diraient une âme, d’autres l’appelleraient autrement, mais je pense que ça reste et qu’en cherchant bien, on peut l’illustrer. Je veux intégrer ces symboles à mon œuvre. Ceci étant dit, je comprends fort bien que des femmes victimes de violence ne soient pas toujours prêtes à cette introspection. C’est pourquoi certains espaces seront laissés libres, pour illustrer cet état d’esprit», souligne-t-elle.
Le Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour, offre des services de counselling et de soutien et est ouvert à toute personne vivant une situation de crise, de troubles de santé mentale, ou des moments difficiles, ainsi qu’à toute victime de violence familiale et à ses enfants. Une maison d’accueil a ouvert ses portes à Shédiac, permettant ainsi aux femmes de se sentir en sécurité et de réorienter leurs vies.
Une œuvre créée dans un esprit de médiation culturelle devient justement un instrument de médiation, un intermédiaire apte à recevoir des émotions variées, à susciter des questionnements, à sensibiliser un milieu à une réalité précise, tout en servant de repère visuel impossible à manquer.
Lucie Bellemare a obtenu le contrat de cette œuvre en répondant à un appel d’offres de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick au début de l’année 2020.
Le contrat lui a été octroyé alors même que la pandémie commençait, ce qui explique le retard. Cependant, elle s’est sentie appuyée et respectée dans son intégrité et sa compétence artistique tout au long de ses échanges avec l’AAAPNB.
«Je suis devenue membre de l’AAAPNB pour avoir du soutien. Ils s’occupent de leurs artistes, ils les protègent contre l’exploitation et ils protègent leurs œuvres aussi. Dans le passé, ça m’est arrivé de voir mes œuvres dénaturées, sans avoir de recours. Je me suis sentie respectée comme artiste de voir que pour cette œuvre-ci, on me demandait d’élaborer un plan d’entretien. Mon œuvre est solide. Elle a été vérifiée par des ingénieurs et je l’ai peinte avec des peintures spécialisées», rappelle l’artiste.
D’ici quelques jours, l’œuvre sera transportée au Nouveau-Brunswick pour être installée.

L’œuvre de Lucie Bellemare sera installée au Centre de ressources et de crises familiales Beauséjour à Shédiac.
