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15 juillet 2021 Par Marcia Enman
Cette photo a été prise il y a quelques jours dans une rencontre avec Rita Arsenault qui nous a raconté tellement de choses intéressantes. Une dame avec une mémoire incroyable qui va célébrer son 100e anniversaire de naissance prochainement! (Photo : Marcia Enman)

Une centenaire, une raconteuse d’histoires, une dame comique, Rita Arsenault se souvient de beaucoup et elle partage des souvenirs.

Née le 24 juillet 1921, dans quelques jours Rita Arsenault va célébrer son 100e anniversaire de naissance.  «On ne fera pas une grosse fête, vu qu’elle vit au foyer Summerset à Summerside et que les restrictions de santé publique sont encore sévères, mais on invite les gens qui la connaissent à lui envoyer une carte par la poste. Ça lui fera vraiment plaisir », indique sa fille aînée, Marie.  

Rita est la fille de feus Cyrus Gallant et Mélanie Arsenault.  Dans la famille il y avait seize enfants.  Mais en grandissant, elle se souvient seulement de huit enfants.  Certains sont décédés en enfance, ce qui arrivait souvent puisqu’on ne détectait pas certaines maladies, tandis que l’un de ses frères est mort de la diphtérie et l’une de ses sœurs de l’appendicite au jeune âge de treize ans, faute d’être capable de l’amener pour des soins assez vite à cause d’une tempête.

«On n’avait pas grand-chose en grandissant, on était pas mal pauvre comme c’était le cas dans plusieurs familles dans ce temps», indique Rita.  «Mon père avait une vache, quelques cochons et des poules et il plantait un jardin immense afin de nourrir sa famille».  À l’époque, c’était le papa qui était le gagne-pain pour la famille, l’épouse s’occupait des enfants et du ménage de la maison.  

Son père Cyrus était le bedeau pour le Père Francis Xavier Gallant, un prêtre très sérieux et très exigeant. «Mon père s’occupait de la ferme pour le curé de l’église.  Il travaillait la terre, prenait garde aux animaux, aux récoltes et devait aussi faire les travaux nécessaires dans l’église», explique la centenaire.  «Il était payé 35 $ par mois.  Je me souviens qu’il devait se lever à 2 h du matin pour aller faire du feu à l’église pour être certain que l’église soit réchauffée pour la messe du dimanche », souligne Rita.

Récolte des patates

«À l’automne, mon père nous demandait d’aller ramasser les patates sur la ferme du Père Gallant, c’était de l’ouvrage dur, à genoux et nous étions obligés de porter les gros paniers remplis de patates.  On avait hâte à la dernière journée! Ce grand jour arrivé, je me souviens d’être à table pour un repas chez Père Gallant quand il se lève et fait le tour de la table en plaçant 2 dollars à chacun à notre place.  Il s’agissait de notre paie pour une semaine de travail à ramasser les patates», explique Rita.  

«Ça n’a pas pris de temps pour que je termine de manger et que je coure par chez nous.  Je me suis accrochée dans un arbuste de framboises et un nid d’abeilles, mais je ne me suis pas arrêtée.  Je suis rentrée à la maison et tout de suite j’ai rempli une commande à travers le catalogue Ea-
ton.  Je me rappelle exactement ce que j’avais commandé : un étui à crayons avec un couvert qui glissait pour la fermeture, des crayons et un «scrapbook». Que j’étais excitée!», indique-t-elle.

Pour ses souvenirs d’école, Rita se souvient bien de la petite école avec le poêle au centre et les grandes cours pour jouer à l’extérieur.

Mariage et famille

Rita a marié Eddy à Arcade à Joe Mocauque, que le public a connu comme l’un des plus grands violoneux de l’Île-du-Prince-Édouard.  Souvent Rita se trouvait être nommée «la femme à Eddy» et se souvient d’avoir pensé : j’ai pourtant un nom, c’est RITA! Mariée à l’église de Baie-Egmont le 23 octobre 1946 à 7 h du matin puisqu’on ne devait pas manger le déjeuner avant d’aller communier. Ce même jour se mariaient deux autres couples pendant la même messe par le Père Nazaire Poirier. 

«Je ne me souviens pas que ma famille assistait, je suis certaine que ma mère n’était pas là puisqu’elle devait préparer le déjeuner pour les nouveaux mariés en plus des invités qui comptaient la parenté et les voisins», explique Rita. «On a mangé de la “balogna” et des œufs pour déjeuner». 
Une lune de miel a suivi au Maine par autobus.

Rita et Eddy ont déménagé à Charlottetown où Eddy a trouvé un emploi dans la construction et y a travaillé pendant une dizaine d’années.  En juin 1957, le couple décide de revenir vivre à Saint-Chrysostôme avec déjà des enfants.  D’autres enfants s’ajoutent, en tout Rita donne naissance à huit enfants, dont cinq sont encore vivants.

«Élever une famille n’était pas facile. On a eu des temps difficiles. Mais, on a survécu comme plusieurs autres», souligne Rita.  

Rita raconte que n’ayant pas beaucoup d’argent pour payer pour des soins, elle se souvient de son fils qui avait un gros mal d’oreille au milieu de la nuit.  Elle ne savait plus quoi faire pour l’aider. Elle se lève, elle ramasse la carte de St Jude et va prier au bord du lit de son fils en prenant la petite carte et la mettant sous son oreiller.  

Le lendemain matin, quand elle va pour faire les lits, elle se dit qu’il faut qu’elle remette la carte sainte sur son bureau.  Elle lève l’oreiller et, à sa surprise, retrouve une enveloppe de Simpson Sears.  Étant fatiguée et n’allumant pas les lumières pour ne pas réveiller son mari, elle avait ramassé la mauvaise carte sur son bureau.  «I guess que c’est la preuve que l’on doit simplement avoir de la foi», dit-elle.

Rita Arsenault continue ses petites histoires comiques, mais cette prochaine histoire n’est pas vraiment comique : «Autour des années ’30 on ne pouvait certainement pas se permettre financièrement d’amener un enfant au docteur/dentiste, même si je ne sais pas si on connaissait des dentistes. Alors le papa de cette jeune fille du village qui avait un énorme mal de dents, a été faire des arrangements avec M. X pour qu’il arrache la dent à sa fille.  Alors le plan est de se rencontrer dans une maison abandonnée.  Quelques jours plus tard, le papa et la fille marchent pour environ un mille à cette maison abandonnée.  M. X arrive prend ses pinces (pliers) de son habillement tout sale de fermier et arrache la dent de la jeune fille.  Il n’avait certainement pas désinfecté l’équipement.  On ne verrait jamais cela au jour d’aujourd’hui.  En plus que c’était moi la jeune fille», conclut Rita.

Durant la pandémie

Les enfants apprécient beaucoup passer du temps avec leur maman et pendant la pandémie ça été très dure pour Rita de ne pas voir ses en-
fants comme ça été pour ses enfants de ne pas la voir. Sa fille aînée a eu l’idée de lui envoyer chaque jour une petite histoire qu’elle (Rita) leur avait racontée à un moment de leur vie juste pour la faire rire.  En plus, Marie s’assurait de faire des petites illustrations aux histoires. En voici l’une :  Rita reçoit un appel pour voir si elle et Eddy deviendraient hôtes pour un couple du groupe des Elder Hostel.  Rita répond ça sonne le fun mais je dois demander à Eddy et je vous reviens.  Eddy assis dans sa chaise qui surveille la télévision et elle lui demande, Eddy pas vraiment enthousiaste de l’idée répond : absolument pas !  Rita retourne au téléphone et dit, il a dit oui ! Ce couple d’Elder Hostel reste ami pour la vie avec Rita et Eddy.

La Voix acadienne désire féliciter Rita Arsenault pour ses 100 ans et on remercie la famille de nous avoir donné l’occasion de rencontrer cette femme remplie d’histoires et de souvenirs.  Il s’agit de la troisième femme centenaire que l’on met en vedette dans le journal dans les dernières semaines, on a de bons gènes à l’Île-du-Prince-Édouard. 

Eddy et Rita Arsenault la journée de leur mariage.  (Photo : Gracieuseté)

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