Communauté
06 juillet 2021

La SAF’Île et toute la communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard ainsi que tous les Franco-Alliés, sont affligés par le caractère sensationnaliste et irresponsable d’un des acteurs majeurs de la presse locale.  À l’ère des réseaux sociaux et de la toute puissante communication, chacun a voix au chapitre et peut se présenter comme un référent sur un sujet donné ou un spécialiste. Chacun est libre par la suite d’adhérer, de consulter des avis et sources complémentaires pour se forger sa propre opinion.  

En revanche, le journalisme est une profession.  L’équipe éditoriale a une responsabilité et un devoir d’éthique vis-à-vis de la société et de ses lecteurs. L’opinion de Claude Forest à l’égard de la culture francophone de l’Île, qui selon cette personne n’a pas de futur, a été ainsi publiée par The Guardian dans l’édition du 3 juillet sans aucun contexte, sans aucune donnée probante ou explication justifiant la publication de cette opinion.  La publication comme telle de cet article nous amène à nous interroger sur l’intention du journal et le message qu’il veut faire passer. 

La légitimité et les sources 

Il semble que l’auteur soit un éducateur ou une éducatrice francophone qui a enseigné et étudié à l’Île-du-Prince-Édouard. Il paraitrait en outre qu’il ou elle ait vécu à l’Île en 1995 soit il y a plus de 25 ans. Il est difficile de comprendre si cette personne est retournée exercer depuis. Peu d’informations quant à son parcours, sa formation et sa légitimité à donner une opinion n’est citée ou donnée.   

Les centres scolaires-communautaires 

L’auteur.e évoque les “ ‘french’ schools” avec des guillemets “without yielding results” soit qui ne donnent pas les résultats escomptés. On ne connaît pas les résultats auxquels cette personne se réfère.  

L’évocation de la construction de l’École la Belle Cloche est en réalité un centre scolaire –communautaire - Le Pavillon de l’Est, un modèle très spécifique à la communauté acadienne et francophone qui héberge un centre de la petite enfance, un service de garde après l’école, un centre culturel communautaire et une école de langue française. Aucune mention n’est faite sur le fait que ces institutions ont lutté pendant plus de 15 ans pour obtenir une infrastructure moins précaire et un accès adéquat à l’éducation en contexte linguistique minoritaire.  

La langue française en contexte minoritaire 

L’auteur.e évoque les écoles anglophones qui proposent l’étude du français comme seconde langue mais aucune mention n’est faite sur les écoles anglophones qui proposent également des programmes d’immersion francophone et leurs effectifs. L’auteur.e écrit de plus « qu’il semble » que la langue française n’est pas plus parlée depuis 1995 et que tout est fait en anglais à l’île sauf subventions. Malheureusement, une telle déclaration non fondée dépeint une image très différente de notre réalité sur le terrain où nous nous efforçons d’engager la communauté insulaire et de faire valoir la richesse de sa diversité linguistique et culturelle. 

L’évocation des médias francophones est particulièrement amère. La Voix acadienne, le journal communautaire qui existe depuis près d’un demi-siècle, est mentionné indirectement mais n’est même pas nommé expressément. L’auteur.e déclare par ailleurs avoir effectué un « mini sondage » qui démontre que « très peu de gens » écoutent la seule émission francophone de Radio Canada (Le Réveil), qui n'a pas été nommée expressément non plus.  

Ces médias jouent un rôle essentiel dans la reconnaissance et la préservation de la langue française et la culture acadienne qui sont importantes pour la province. Ils demeurent des outils précieux pour mettre en évidence tous les secteurs d’actualité de la communauté de l’Île et continuer son avancement.  

Malgré la conclusion sans équivoque de l’auteur.e de l’article affirmant que tout est fait en anglais à l’Île, nous souhaitons clamer haut et fort que la culture francophone est bel et bien vivante à l’Île ou ailleurs comme le prouve notamment l’existence des médias, des écoles, des centres de la petite enfance, des bibliothèques, des organismes communautaires, des postes gouvernementaux bilingues.  

L’auteur.e du texte cite le redémarrage de l’économie dans le contexte de la pandémie pour justifier ses déclarations choquantes disant qu’il n’y a pas d’avenir pour le français ou que la cause est perdue.  

La pandémie d'envergure mondiale engendrée par le virus COVID-19 a eu un impact considérable et aucune personne ou organisme n’a été épargné par ce fléau. Cette crise a particulièrement fait ressortir les lacunes et les dangers sécuritaires dont les populations marginalisées et fragilisées font l’expérience.  

Les Insulaires ont un attachement particulier à leur presse locale et font particulièrement confiance à leurs journaux locaux pour les nourrir d’informations qui favorisent la compréhension claire et précise. Les Insulaires comptent aussi sur du journalisme sérieux et responsable qui nous livre des informations basées sur une analyse fine, structurée et largement documentée pour mieux appréhender, entre autres, la réalité du français dans la province. 

Nous déplorons donc les effets négatifs d’une telle publication qui ont un impact néfaste sur les efforts de collaboration entre communautés qui essaient de cimenter les liens qui les unissent, en allant au-delà des différences de langues et de cultures. 

La SAF’Île souhaite encourager tous les citoyens à s’interroger sur la société qu’ils veulent bâtir et transmettre aux générations futures. Notre communauté est riche, ouverte, inclusive et elle est bien vivante. Évidemment, elle fait face à de nombreux défis comme toute communauté en situation minoritaire mais elle s’organise et avance. La communauté acadienne et francophone de l’Île-du-Prince-Édouard nourrit un profond espoir car elle croit dans les valeurs du Canada. 

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