FacebookTwitterRSS

 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 2 décembre 2020

- Jacinthe Laforest

Deux ans après avoir vendu sa ferme, Martin Gallant a repris le volant d’un tracteur.  Ça fait 25 ans et tant que la santé sera avec lui, il tracera des sillons dans la terre.

 

Martin Gallant a été élevé sur la ferme de ses parents, à Mont-Carmel.  Devenu propriétaire, il a mené la ferme jusqu’en 1993, année où il a vendu.  Deux années après avoir conclu la vente, il reprenait le volant d’un tracteur, parce que le travail de la terre lui manquait trop.  En 2020, il travaille encore sur la même ferme, qui s’appelle maintenant Farmboys Inc.  

 

Martin dirigeait la ferme paternelle avec l’aide de son frère, Jean-Benoit.  Après le décès de ce dernier, Martin a commencé à trouver que le travail de la ferme était exigeant, et lorsque c’est devenu clair que ses enfants ne prendraient pas la relève, il a mis une affiche «À vendre», au bord de la route.   

 

En très peu de temps, une offre est tombée.  «C’était un gars des États-Unis qui avait déjà une ferme à l’Île et qui voulait agrandir, pour installer son garçon.  On lui a vendu.  Son fils a tenu la ferme deux années, mais finalement, ça n’a pas marché.  La ferme a été revendue, morceau par morceau», dit Martin Gallant. 

 

Une retraite trop tranquille

 

Tous deux retraités, Lorraine de sa carrière d’enseignement et Martin, de la ferme, les deux partenaires ont construit leur nouvelle maison «plus petite» à Saint-Raphaël.  

 

Une fois la maison construite, la routine avait repris son cours.  Lorraine a ses propres passe-temps, le crochet, la couture, le casse-tête et autres, mais Martin lui, avait besoin de bouger.  «Je connaissais un gars de Arlington Farms et je lui ai demandé une journée s’il aurait du travail sur les tracteurs.  Je ne voulais pas travailler à longueur d’année, mais le printemps et l’automne, ça faisait mon affaire.  Et c’est comme ça que j’ai commencé à travailler là, en 1995, et j’y retourne chaque année».

 

Martin avait coutume de jaser avec le vieux propriétaire dont les fils ne voulaient pas reprendre la ferme paternelle.  Ce sont plutôt les petits-enfants du vieux propriétaire qui ont pris la relève.  «Ils ont repris la ferme et ça s’appelle maintenant Farm Boys Inc.  Ils cultivent les pommes de terre comme leur grand-père.  Ils sont très bons avec leurs employés.  C’est comme une grande famille»

 

Martin et Lorraine Gallant ont célébré leur 61e anniversaire de mariage le 12 août dernier.  (Photos : J.L.)

.

Le passage des générations

 

Martin Gallant a toujours aimé conduire les tracteurs.  Mais les tracteurs qu’il conduit aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux qu’ils conduisaient dans sa jeunesse.  «Maintenant, c’est mené par des GPS.  Quand vous voyez les sillons très droits, c’est parce qu’il y a un ordinateur à bord.  J’ai appris à faire marcher cela, et je suis bien dans ces machines, avec la radio, l’air climatisé, et c’est confortable.  Je travaille au moment des plantations, le printemps et de nouveau pour la récolte à l’automne.  C’est idéal pour moi», se satisfait Martin Gallant.  

 

Dans leur nouvelle vie de jeunes retraités, Lorraine et Martin ont pris l’habitude de passer plusieurs mois en Floride chaque hiver.  «On avait notre campeur.  On allait toujours à la même place.  On s’est fait beaucoup d’amis, de partout et aussi, de l’Île.  On est allés à un rassemblement juste pour le monde de l’Île qui était en Floride, et il y avait de 600 à 700 personnes.  On n’était pas les seuls, c’est certain.  On a arrêté d’y aller il y a trois ans environ.  C’est un long voyage, et on se sentait moins capables.   Mais il faisait beau par là», disent les deux oiseaux qui ont mis fin à leur migration annuelle.  

 

Fermier et bûcheron

 

Martin a donc renoué avec un plaisir hivernal qui consiste à entretenir la fournaise à bois de sa maison.  «Ça me donne quelque chose à faire, l’hiver.  Ça me permet de bouger un peu.  En plus, je coupe mon bois.  Sur la vieille terre, il y avait de grands arbres qui sont tombés quand Dorian est passé.  Eux (les propriétaires) ne voulaient pas le bois, alors j’ai travaillé là-dessus.  Ce sont des grosses bûches.  Je les fends, je les coupe, je les laisse sécher.  C’est du travail et ça me tient en forme».

 

Dans la charmante maison de Martin et Lorraine, il y a de multiples preuves de l’habileté manuelle de la reine du foyer.  Des rideaux au crochet, un ange tout de dentelle en haut du sapin qui attend encore d’être décoré, des centres de tables et des décors muraux de courtepointe ornent les murs et les meubles.  Sur les murs de la jolie maison, on trouve de nombreuses photos des enfants et petits-enfants et ils pourront bientôt ajouter la photo de leur premier arrière- petit-enfant. 

 

Trois des quatre enfants de Martin et Lorraine habitent à l’Île.  Ils se voient donc régulièrement, en respectant les distances prescrites.  Leur fils Jules, qui habite à Ottawa, est venu passer des «vacances» au chalet de ses parents, cet été.  «Il avait apporté son ordinateur pour pouvoir travailler, et sa femme aussi, avec l’appui de leur employeur.  On a fait mettre internet au chalet spécialement pour ça.  Ils sont restés en isolement le temps qu’il faut et après, on a fait une belle fête, avec tous les enfants.  C’était bien.  On n’a pas internet à la maison alors ça faisait longtemps qu’on ne les avait pas vus».  

 

Martin et Lorraine font leur vie tranquille.  Ils profitent de leur bonne santé qui leur permet de poursuivre leurs activités.  Lorraine est la seule parmi ses frères et sœurs qui est encore de ce monde, et c’est la même chose pour Martin.  «Ils nous attendent en haut, mais nous ne sommes pas pressés».

 

Martin pour sa part, dit que tant que la santé sera là, il restera un fermier. 

 

Les photos de famille ornent les murs de la maison.  Quatre enfants, cinq petits-enfants, et bientôt un arrière-petit-enfant. 

 

La photo de la maison et de la grange qui n’existent malheureusement plus.

L'Île-du-Prince-Édouard en images