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Le 9 septembre 2020

- Par Jacinthe Laforest

Dans la maison des grands-parents adoptifs de Jacques Arsenault, la vie a repris son cours.  La priorité de la famille est la santé de Sylvie, qui poursuit son combat contre le cancer.

 

Avec cette phrase, Jacques Arsenault décrit l’état d’esprit qui habite sa famille depuis que le matin du 6 août dernier, leur maison de Mont-Carmel s’est envolée en fumée.  Un mois après le drame, le deuil se poursuit, au quotidien. «Notre maison était pleine de choses qui avaient de la valeur à nos yeux, et que nous avions envie de léguer à nos enfants.  Les instruments de musique étaient probablement les plus précieux.  Mon accordéon Concertina, le violon d’Arthur, le père de Jacques.  Mais il y a aussi d’autres petites choses.  J’avais une boite, elle était vide, en apparence, mais ma sœur l’avait remplie d’amour avant de me la donner.  Elle a brûlé», dit Sylvie Toupin.

 

Plusieurs petits trésors ont disparu, comme le coffret où Sylvie avait soigneusement conservé les dents de ses enfants, au prix de négociations très serrées avec la Fée des dents. 

 

Au fil des jours, les membres de la famille Arsenault-Toupin accueillent les petits deuils au moment où ils se présentent.  «On les vit, chacun à notre façon.  Zoé pleure, moi je parle, Jacques fait des projets et philosophe.  Alex aussi, vit son deuil différemment du nôtre, et on se laisse la place pour faire la paix avec nos petits deuils».

 

Sylvie Toupin vit avec un cancer depuis plus de deux ans.  Évidemment, l’incendie n’aide pas sa situation, mais curieusement, en raison de cette maladie, tous les membres de la famille avaient déjà mis leurs priorités en ordre. 

 

«Depuis que Sylvie a reçu son diagnostic, pour moi, tout ce qui n’est pas Sylvie et son bien-être est de moindre importance.  Oui, on a tout perdu.  C’est plate, mais ce n’est pas grave», dit Jacques Arsenault. 

La nouvelle de l’incendie s’est répandue presque aussi vite que les flammes ont pris possession de la maison.  Encore sous le choc, les Arsenault-Toupin ont été portés sur une vague d’amitié désintéressée et spontanée.  En quelques heures, leurs amis s’étaient mobilisés pour leur fournir tout ce dont ils pourraient avoir besoin.  «L’incendie s’est produit le jeudi matin, et après quelques jours à l’hôtel grâce à la Croix-Rouge, nous sommes arrivés ici le dimanche soir.  Les lits étaient faits, le frigidaire était plein et tout ce que tu vois était déjà là», dit Sylvie Toupin. 

 

Sylvie Toupin, Jacques Arsenault et leur fille Zoé ont revécu les événements du mois dernier et ce qui s’est produit depuis, lors d’une conversation avec La Voix acadienne.  Alex, le frère de Zoé, était absent.  (Photos : J.L.)

 

Nouvelle maison, mais pas vraiment

 

Les Arsenault-Toupin vivent maintenant à Abram-Village, dans la maison où la mère de Jacques, Joséphine, a grandi.  Curieux n’est-ce pas? Les coïncidences ne s’arrêtent pas là. 

 

Depuis de nombreuses années, cette maison appartenait à Rita Schyle-Arsenault.  Cette dernière, décédée plus tôt en 2020, l’avait acquise parce qu’elle y avait passé ses premières années à l’Île.  «C’est ici, dans cette maison, qu’elle est tombée amoureuse des Acadiens de la région Évangéline, même avant de devenir la belle-sœur de Jacques», rappelle Sylvie Toupin, excellente conteuse. 

 

Longtemps, la maison a été louée, mais durant les dernières années, elle était plus ou moins abandonnée.  «Tout le monde disait à Rita de la démolir, mais elle a décidé de la préserver.  Et c’est sur son souhait que j’ai commencé à travailler sur la maison, en faisant juste ce qui était nécessaire pour qu’elle soit habitable.  Rita a pu voir les travaux finis en octobre 2019.  C’est la seule fois qu’elle est venue.  Son idée, c’était d’en faire une résidence d’artiste.  Elle ne disait pas cela à tout le monde, mais c’était son but», dit Jacques. 

 

Ce sont les enfants de Rita et de Robert, lui aussi décédé, qui ont offert à la famille de s’installer dans la maison que Jacques avait rénovée au cours des trois derniers étés. 

 

«Le feu était là, devant moi»

 

Si la famille a eu la vie sauve, c’est largement grâce à la COVID-19.  Zoé explique : «J’avais décidé de venir passer deux semaines de vacances chez mes parents en mars.  Quelques jours après, l’état d’urgence a été déclaré et lorsque j’ai compris que je ne pouvais pas repartir, j’ai décidé de passer un bel été avec mes parents à Mont-Carmel». 

 

L’été se poursuivait, tranquille.  Le matin du 6 août, Zoé a été réveillée par des bruits inhabituels et des lueurs.  «J’ai regardé l’heure.  Il était trop tôt pour que le soleil se lève déjà.  J’ai ouvert le rideau et le feu était là, juste de l’autre côté.  On a réussi à sortir, et je suis retournée à l’intérieur chercher les téléphones.  C’était déjà irrespirable».

 

La maison des Arsenault-Toupin était au bout d’une longue allée, et était entourée de nombreux voisins, incluant les appartements pour personnes âgées de Mont-Carmel, et plusieurs autres maisons habitées.  Par chance, les vents étaient relativement calmes, et avec l’action concertée des pompiers de plusieurs casernes, toutes les maisons autour ont été sauvegardées. 

 

Le conjoint de Zoé, William Duong, a pris en main lamise sur pied de la campagne «GoFundMe», qui se poursuit d’ailleurs (www.gofundme.com/f/arsenault-toupin-family-house-fire).  Il est aussi toujours possible de faire des dons par l’entremise de la Caisse populaire Évangéline-Central. 

 

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