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 Votre journal francophone de l'Île-du-Prince-Édouard

Le 26 août 2020

- Par Jacinthe Laforest

Hélène Bouchard a vendu son studio de danse au Mont Saint-Hilaire sur la Rive-Sud de Montréal pour démarrer son projet de production de lavande à Stanley Bridge.

 

Malgré le nom qu’elle a choisi pour son entreprise, «Picnic Girl», Hélène Bouchard avoue que le mode de vie qu’elle et son mari Claude Savard ont choisi pour leur seconde carrière est loin d’être un pique-nique.  «Les gens me visitent et me disent : “Vous avez une vie merveilleuse, idéale” et oui c’est vrai, mais c’est aussi une vie très éreintante», dit la dame qui par ailleurs, adore les pique-niques.

 

«Ça a toujours été mon surnom : Picnic Girl, parce que j’ai toujours aimé faire des pique-niques, en plein air, en plein milieu du salon, peu importe.  Et ça m’est resté.  Lorsque le temps de nommer mon entreprise est venu, c’est ce que j’ai choisi.  Et ce n’est pas par hasard si, sur mon logo, je suis entourée de six chiens.  J’ai eu pendant longtemps six petits lévriers italiens.  J’en ai seulement deux à présent».

 

Le choix de l’Île

 

Hélène Bouchard a passé une partie de sa vie au mont Saint-Hilaire, sur la Rive-sud de Montréal.  Danseuse, elle a toujours travaillé, non pas sur scène, mais dans l’enseignement, la chorégraphie, l’entraînement des danseurs et danseuses.  «J’aimais et adorais mon travail d’entraîneur et professeur, mais mon corps donnait des signes d’usure et mon équipe de soigneurs professionnels m’a recommandé d’arrêter.  Mon mari a pris sa retraite lors du déménagement.  Il était prêt à me suivre n’importe où dans le monde, mais évidemment, il préférait rester au Canada». 

 

Des trois projets sur la table à dessin des Bouchard-Savard, c’est celui de cultiver de la lavande à l’Île-du-Prince-Édouard qui a eu le dessus.  La propriété de Montréal a été vendue, une maison a été construite à Stanley Bridge et la ferme a pris forme. 

 

«Il faut quelques années pour que des plants de lavande deviennent productifs, et après quelques années, il faut les laisser se reposer, si on prend soin de nos plants.  On ne peut pas dire : on plante et c’est fini.  Pour maintenir une production et l’augmenter si possible, il faut constamment apporter de nouveaux plants et ouvrir de nouvelles sections.  Actuellement, sur la ferme, j’ai des plants qui sont à leur premier été, j’en ai qui ont deux ans et j’en ai qui sont pleinement productifs et qui devront être préparés pour leur année de repos.  C’est une rotation et un renouvellement constant.  On a toujours les mains dans la terre et des projets plein la tête». 

 

La lavande aime la chaleur et le soleil.  C’est une plante qui n’est pas capricieuse, mais toutes les variétés ne sont pas adaptées au climat de l’Île-du-Prince-Édouard.  À la ferme «Picnic Girl», Hélène choisit ses variétés avec soin pour leur résistance, leurs arômes et la qualité de l’huile essentielle qu’elles produisent.  Car l’objectif est de produire de l’huile essentielle de première qualité.  Plusieurs autres produits découlent de cette production. 

 

En raison des restrictions sanitaires, la boutique n’est pas accessible au public.  Les gens font leur choix d’après un présentoir et Hélène prépare leurs achats.

 

La COVID-19 modifie les priorités

 

«L’été 2018 a été notre première année de production d’huile.  Nous avons essayé de trouver quelqu’un à l’Île qui pourrait distiller notre production, mais ça n’a pas été possible.  Nous avons donc coupé nos fleurs et sommes partis sur-le-champ pour Batiscan (au Québec), où nos amis ont l’équipement de distillation requis.  Nous avons obtenu moins d’un litre et demi d’huile d’une excellente qualité, ce qui est un rendement étonnant pour la quantité de fleurs que nous avions».

 

Le plan d’affaires de «Picnic Girl» n’incluait pas la distillation.  Pour Hélène Bouchard, c’était plus censé de collaborer avec une distillerie existante que de posséder son propre équipement.  La COVID-19 est arrivée et a forcé l’entreprise à prendre une décision coûteuse : acheter un alambic.  «C’était ça ou perdre notre récolte, ce à quoi je ne pouvais me résoudre.  Alors nous avons fait notre recherche, acheté et installé notre machine, qui a une capacité de 100 litres de fleurs à la fois.  Nous coupons nos 100 litres de fleurs, nous les compactons dans la machine et quelques heures plus tard, la distillation est finie et nous recommençons avec une autre coupe». 

 

Le second produit d’importance issu de la distillerie est l’hydrolat (de l’eau parfumée), dans ce cas-ci, de l’hydrolat de lavande, en très grande quantité.  C’est cet hydrolat qui sert de base à la fabrication de plusieurs produits alimentaires savoureux aux roses, fraises, framboises, bleuets ou pêches, toujours en combinaison avec l’hydrolat de lavande.  Les produits alimentaires sont faits avec les fleurs fraîches qui poussent sur la ferme.

 

«Mes produits sont très populaires.  Autant les flacons d’huile essentielle pure que mes produits alimentaires.  Cet été, le service aux clients est plus compliqué, mais les gens visitent les jardins et après regardent les échantillons sur l’étagère extérieure et je prépare leur commande, une à la fois.  Ils sont tous bien patients.  Il n’y a que moi qui entre dans la boutique, cet été en tout cas».

 

Distillerie

 

Le samedi 1er août était consacré à la distillation.  Cette journée-là, Claude, le mari d’Hélène, supervisait l’opération.  «Il faut surveiller, récolter l’hydrolat au fur et à mesure, et préserver l’huile qui reste en surface», dit le militaire de carrière à la retraite.  À son arrivée à l’Île, il y a quelques années seulement, il a travaillé dans la construction pour apprendre l’anglais.  Il travaille maintenant à Anciens Combattants Canada, un emploi qu’il adore. 

 

Pendant la conversation, un mouvement sur le gravier attire l’attention.  «C’est notre petit copain, le “suisse”.  Nous lui laissons de quoi grignoter.  Ça nous divertit pendant que nous surveillons le processus», disent Claude et Hélène qui, en effet, ne semblent pas du tout effrayer l’animal. 

 

Abeilles au rendez-vous

 

Ailleurs, sur le terrain, les parterres de lavande sont soigneusement aménagés pour minimiser l’impact des mauvaises herbes, sans avoir à utiliser le moindre produit de contrôle chimique à l’aide.  Les fleurs de lavande sont amplement fréquentées par des abeilles sauvages, en très grande quantité, mais aussi par des abeilles provenant de ruches du voisinage, abeilles qui n’ont pas exactement la même apparence. 

 

«Les fleurs de lavande n’ont pas besoin d’être pollinisées, mais les abeilles les adorent et le miel de lavande est une vraie gâterie.  Alors, éventuellement, j’aimerais produire du miel», dit Hélène, qui caresse aussi d’autres projets, qu’elle garde comme surprise pour l’année prochaine, comme l’ajout de petits animaux pour amuser les enfants.  L’ajout d’aires de pique-nique est aussi dans les plans. 

 

«Ma ferme, c’est plus que les produits qui en sortent.  C’est la paix, la sérénité, le soin de la terre et l’éducation aux vertus de la lavande, à un mode de vie plus équilibré.  Les gens viennent ici et ils trouvent de la nourriture pour leur âme.  Ça fait partie des valeurs et des objectifs qui me guident dans la poursuite de mon projet».

 

Ce bourdon gourmand s’en donne à coeur joie dans les fleurs de lavande.

 

«Picnic Girl» est facile à trouver sur Facebook. 

 

Depuis qu’Hélène et Claude vivent à l’Île-du-Prince-Édouard, leur fils et sa conjointe, tous deux jeunes retraités de la danse professionnelle classique, sont venus vivre à Charlottetown pour créer leurs projets. 

 

C’est dans cette fiole de 1000 ml que l’huile essentielleest récoltée de même que l’hydrolat.

 

Des plants à différents degré de maturité émergent de la toile géotextile utilisée pour contrôler les mauvais herbes et conserver la chaleur du sol.  (Photos : J.L.)

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