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Le 11 août 2020

- Par Jacinthe Laforest

La résidence d’été du prêtre à la retraite a été construite par son père Polycarpe.  La maison est une oasis de paix et de musique, sur le bord de l’eau, au bout du chemin Polycarpe et Rosida.  (Photos : J.L.)

 

En temps normal, un 50e anniversaire de prêtrise serait accompagné par une messe, un souper, des hommages.  Mais l’été 2020 n’est pas normal, si bien que, sans passer totalement inaperçu, le 50e anniversaire d’ordination de père Éloi Arsenault ne sera pas non plus célébré publiquement.

 

«Je préfère presque ça, plutôt que de recevoir d’autres honneurs.  J’aime participer à la vie communautaire, avec mes talents et mon amour des gens, mais pas être au centre de l’attention», a-t-il dit avec modestie, lors d’une récente rencontre à sa résidence d’été à Saint-Chrysostome dans la région Évangéline. 

 

C’est Polycarpe Arsenault, le papa de père Éloi, qui a dirigé la construction de cette belle maison pour son fils, au bout du chemin qui porte désormais le nom de Chemin Polycarpe et Rosida (Arsenault). 

 

«On fait des rencontres de famille ici.  On joue de la musique, c’est près de la mer.  Toute la famille aime y venir».

 

Au moment de célébrer ses 50 ans d’ordination, le père Éloi revient sur ses jeunes années, alors qu’il était tiraillé entre le goût d’avoir une famille et l’appel qu’il ressentait alors.  «Tout jeune, je savais que je voulais rester au service des gens.  J’étais ce genre de personne.  J’étais serviable, je visitais les vieux.  Je voyais que le prêtre de la paroisse pouvait se consacrer entièrement aux autres et c’était pour moi un idéal qui m’attirait, même si au fond, je ne comprenais pas bien pourquoi je ne pouvais pas aussi me marier et avoir des enfants».

 

Adolescent, le jeune Éloi a quitté ses parents et ses frères et sœurs pour aller faire son cours classique (baccalauréat.es Art) de sept ans au petit séminaire de Nicolet, au Québec.  Un baccalauréat et une maitrise en théologie au grand séminaire lui ont demandé cinq années de plus.  De longues études au cours desquelles l’appel qu’il ressentait s’est confirmé. 

 

«J’avais appris à apprécier la culture québécoise et j’aurais pu avoir une paroisse au Québec.  Le besoin était grand là aussi, et ça m’a tenté.  Mais dans mon cœur, c’était clair que si j’avais choisi cette voie, c’était pour revenir vers ma communauté, ma famille, et les gens que je connaissais.  J’ai été ordonné à Charlottetown par l’évêque de Nicolet, le 15 août 1970.  J’ai choisi cette date parce que je voulais me placer sous la protection de Notre-Dame de l’Assomption et aussi parce que c’était le jour de la Fête nationale des Acadiens, comme on disait dans ce temps-là».

 

Très tôt dans son sacerdoce, il est apparu au jeune prêtre que les raisons invoquées par l’Église catholique pour interdire le mariage aux prêtres «ne tenaient pas debout». 

 

«Qui est l’église pour refuser à certaines personnes l’accès aux sept sacrements légués par le Christ pour nous soutenir sur notre chemin.  Le mariage des prêtres et l’ordination des femmes.  Très tôt dans mon ministère, et encore maintenant, j’ai parlé ouvertement de l’option du mariage pour les prêtres et de l’ordination des femmes». 

 

Même avec ses doutes, le père Éloi Arsenault a choisi de rester dans la même voie, avec le soutien de sa famille.  «Si je n’avais pas eu le soutien de ma famille, si je n’avais pas pu m’impliquer dans la Société Saint-Thomas-d’Aquin, si je n’avais pas pu créer le Centre Goéland, les camps TISOU, les camps d’expérience chrétienne pour les jeunes, les scouts catholiques du Canada, et chanter et jouer de la musique et partager ma joie de vivre, je crois que j’aurais abandonné.  Je dis souvent à ma famille, mes frères et mes sœurs, que je n’aurais pas pu continuer sans leur amour et leur présence.  J’ai toujours voulu rester présent dans la communauté, pour vivre ce que les gens vivaient, partager leurs émotions, leurs succès, leurs joies et leurs peines.  Dans mon ministère, j’ai pleuré avec ceux qui pleurent et j’ai ri avec ceux qui rient.  J’ai toujours essayé d’être présent le plus possible.  J’ai pu vivre et partager ma culture, et la faire progresser aussi, je pense». 

 

À la veille de son 50e anniversaire de prêtrise, le père Éloi a rassemblé ses principales réalisations sur une carte manuscrite recto-verso.

 

Années de retraite

 

Depuis qu’il a pris sa retraite il y a dix ans, le père Éloi a continué à servir de différentes façons, à divers endroits dans le monde.  Les dernières 10 années, il a passé ses hivers au Mexique.  Avec quelques autres personnes, il a aidé la petite communauté de Volcanes à s’affranchir de la pauvreté entraînée par le manque d’éducation.  «Cette année, nous avons trois jeunes filles qui se sont rendues à l’université, et deux d’entre elles seront médecins dans deux ans.  Autrefois, ces jeunes filles auraient quitté l’école en 3e année pour aller trier des déchets au dépotoir avec leurs parents», s’indigne le père Éloi Arsenault. 

 

Au cours de ses dix années dans le groupe de soutien à Volcanes, le père Éloi estime avoir rapporté 192 000 $, pour l’école, pour payer les enseignants.  «Mon rôle dans l’organisation, c’était de ramener des fonds.  Pendant dix ans,j’ai fait des appels aux gens de l’Île et ils ont toujours été très généreux.  Je faisais aussi des quêtes spéciales sur les bateaux de croisière où j’ai été aumônier.  L’an dernier, je leur ai dit que je voulais m’impliquer d’une autre façon.  Je trouve que les gens d’ici ont fait leur part, et que c’est le temps d’organiser le financement d’une autre manière, plus stable».

 

Le père Éloi est tout de même inquiet de la situation qui prévaut à Volcanes.  Au fil des années, la situation s’était améliorée, car les hommes avaient commencé à travailler dans l’industrie touristique à Puerta Vallarta.  Or, en raison de la pandémie, le tourisme est au point mort et l’argent n’entre plus à Volcanes.  «L’argent qu’on a ramassé pour les éduquer va servir à leur fournir de la nourriture pour les garder en vie».

 

Le service continue

 

Même en passant ses hivers au Mexique depuis dix ans, le père Éloi Arsenault conserve son lien privilégié avec sa communauté et aussitôt qu’il revient du sud, au printemps, il commence à recevoir des
demandes. 

 

«Chaque été, je célèbre des mariages, des baptêmes, des funérailles.  Cette semaine, j’ai été appelé au chevet de mourants pour leur donner les derniers sacrements.  Les gens m’appellent parce qu’ils sont à l’aise avec moi.  Ils me voient rire avec ceux qui rient, danser avec ceux qui dansent, et pleurer avec ceux qui pleurent.  Je suis un des leurs.  D’ailleurs, quand j’ai été ordonné, j’ai averti les gens que j’allais porter mes jeans et mes chemises dans ma vie de tous les jours, et que je ne voulais pas qu’on me mette sur un piédestal».

 

Malgré ce souhait de rester un gars comme les autres, le père Éloi Arsenault a souvent été récompensé, décoré, honoré par des plaques, des médailles, des certificats, qui sont à présent bien en vue sur les murs de sa résidence d’été.  «Ça fait manière de honte tout ça.  Il y a quelques semaines, une de mes sœurs m’a demandé où étaient tous les cadres et les médailles que j’avais reçus.  Quand elle a su que c’était dans des boîtes au grenier, elle m’a dit de sortir ça et de les mettre sur les murs, pour me rappeler ce que j’ai fait et ce que les gens ont fait avec moi.  Alors je l’ai écoutée et je les ai affichés.  C’est presque comme un musée des 50 dernières années». 

 

 

 

Ces collections de photos réalisées par Marie Bernard de Mont-Carmel illustrent quelques périodes dans la vie du père Éloi Arsenault.  (Photos : J.L.)

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